Quel est le fondement théologique de l’icône et, plus largement, de l’art ? Son statut ? Sa place dans la vie chrétienne ? On sait que la tradition orientale accorde à l’icône, « fenêtre ouverte sur la gloire », un statut « quasi sacramentel », là où la tradition occidentale, plus attentive au lien entre le sensible et le spirituel, relève la valeur pédagogique de l’image, dans une étonnante diversité de styles.
Le Christ, « Image du Dieu invisible », Dieu rendu visible à nos yeux, révèle et accomplit le sens de l’image. Mais toute image n’est pas théophanie. Entre vérité et apparence, entre iconographie et idolâtrie, comment statuer sur l’image ? Au concile de Nicée II en 787, face aux assauts iconoclastes, l’Église se prononce solennellement en faveur des saintes images. La postérité n’a toutefois souvent retenu de ce concile que sa « décision pratique », rétablissant l’usage des saintes images en montrant la légitimité de leur vénération – bien distincte de l’adoration due à Dieu seul.
L’A. commence donc par revisiter dans un premier temps la confession de foi des Pères de Nicée II en en scrutant un passage essentiel trop peu étudié : « [Une des traditions de l’Église est] l’expression du modèle à travers la représentation par l’image, en tant qu’elle entre en consonance avec l’histoire de la proclamation de l’Évangile en vue de confirmer l’Incarnation du Verbe de Dieu, véritable et non selon l’apparence, et qu’elle contribue pour nous à un profit semblable ; car les choses qui se désignent l’une l’autre se réfléchissent aussi l’une l’autre avec une grande clarté quant à leur signification ».
La polarité entre image et histoire, présente au cœur de cette définition, guide donc la réflexion de l’A. : « Ce que les images ravivent “corporellement”, c’est l’histoire où s’est laissé voir une fois pour toutes, dans l’hypostase du Fils, le mystère trinitaire tout entier » (p. 25). Pour étudier ce rapport de l’image à l’histoire, à la dynamique historique de la Révélation, l’A. convoque d’abord l’œuvre de Balthasar pour déployer la figure christologique qui récapitule selon le théologien de Bâle la création et l’histoire. À partir de cette première explicitation du trio images-histoire-prototype, l’A. affine sa réflexion en s’appuyant sur la phénoménologie de la chair de Maurice Merleau-Ponty et sur la théologie biblique de Paul Beauchamp attentive à la consistance des figures au sein de la récapitulation christologique. L’image a une consistance charnelle, tout comme la Révélation tout entière a lieu « de la chair à la chair » : chair du Christ crucifié, accomplissant la densité de toute chair ; chair de l’artiste, dont l’empreinte est gravée dans la chair de l’image ; chair des Écritures et de l’histoire…
La lecture de l’ouvrage est ardue, mais les enjeux sont importants.
Collection Cogitatio Fidei
Éditions du Cerf, Paris, septembre 2022
512 pages · 24,00 EUR
Dimensions : 13,5 x 21 cm
ISBN : 9782204151962