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Le Seigneur n’était pas dans le feu

Élie. Cantate sur le silence de Dieu

Anne Lécu

Anne Lécu offre régulièrement à quiconque veut cheminer avec la parole de Dieu une lecture priante de la Bible, à partir d’un thème ou d’un personnage. C’est sûrement le premier atout de ce petit ouvrage : la dominicaine ouvre au lecteur l’espace de sa propre lecture de l’Écriture, faite d’étude et de liberté. Les éclairages patristiques ainsi que les jeux d’échos et d’approfondissement entre les deux testaments s’enrichissent encore de la présence de poètes, de Pierre Emmanuel à Péguy. Le texte d’Anne Lécu peut alors servir de guide ou d’encouragement pour renouveler notre propre lecture.
Ici, c’est Élie que nous accompagnons. Le prophète, rempli d’un zèle jaloux pour son Dieu, massacre sans état d’âme les 450 prophètes de Baal, après avoir sommé Dieu lui-même de se révéler dans l’éclat. Mais lorsqu’il fuit Jézabel et ne trouve plus le courage d’avancer, il avoue : « C’en est trop, Seigneur, reprends ma vie » (1R 19,4).

Anne Lécu médite ainsi la grande traversée du prophète. Il est le témoin ardent d’un Dieu qui est feu : à sa demande, le Seigneur consume le sacrifice du Carmel par le feu, et c’est encore sur un char de feu qu’il le fera monter jusqu’à lui. Quels signes plus éclatants peut-on donner de la présence ardente de Dieu ? Pourtant, à l’heure de l’angoisse et des remises en question, Élie attend Dieu, et quand le feu vient il confesse : « le Seigneur n’était pas dans le feu » (1 R 19,12). « Tout ce qu’Élie croit savoir de Dieu ne s’effondre-t-il pas à cette seconde ? » (p. 119)

Anne Lécu médite ainsi cet épisode : « Lorsque s’écroulent ou s’effacent les représentations de Dieu que nous nous sommes accordées, nous avons avec Élie un compagnon sûr, capable de nous accompagner dans ce tourment » (p. 119). Elle souligne ainsi avec délicatesse que, comme le prophète, nous fabriquons pour une part les formes sous lesquelles nous reconnaissons Dieu – jusqu’à ce que Dieu se dégage de nos enfermements.

Au cœur de cette méditation, l’auteur prend une seule fois la parole à la première personne, pour témoigner : « « Le Seigneur n’était pas dans le feu » : C’est pour écouter [ce verset] que j’ai écrit ce livre, simplement pour l’écouter » (p. 119). On lui sait gré de mettre au cœur de sa prière et de la nôtre cette question sans cesse renouvelée : comment tenir quand le Dieu que l’on croyait avoir reconnu n’est plus là ? Au-delà du jeu d’écho et d’approfondissement auquel se livre l’auteur, il reste surtout ce petit verset. Dieu s’est laissé trouver dans le feu, et pourtant c’est une évidence, il n’est pas dans le feu. Il reste simplement – et ce n’est pas si simple en réalité – à l’écouter.

Éditions du Cerf, Paris, février 2025

192 pages · 20,00 EUR

Dimensions : 13,5 x 21,5 cm

ISBN : 9782204166676

9782204166676

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