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Le salut de l’Eglise est dans sa propre conversion

Joseph Doré

Faut-il présenter l’auteur de ce livre, Mgr Joseph Doré, sulpicien, théologien, auteur, évêque de Strasbourg et depuis 2007 évêque émérite ? Au cœur de sa retraite active, il garde un emploi du temps intense, consacrant son énergie à la recherche et à la publication ainsi qu’à des conférences. Répondant aux multiples sollicitations de croyants de tous bords désemparés face aux événements cruciaux révélés à l’intérieur de l’Église, il articule sa réponse dans plusieurs ouvrages de circonstance : en 2012 il publie Peut-on vraiment rester catholique ? Un évêque théologien prend la parole (Bayard) pour dire à quoi il tient vraiment, pourquoi, comment et jusqu’où. En 2014, il analyse dans Être catholique aujourd’hui. Dans l’Église du pape François (Bayard), l’espérance que le pape François apporte à l’Église. Le troisième et dernier ouvrage de cette trilogie, plus institutionnel et plus pratique, est publié en 2021. L’A. y mène une réflexion approfondie autour de huit orientations programmatiques, structurées par chapitre et énoncées avec grande clarté et fine pédagogie. En plus, il opte de loger toute réflexion nécessaire à l’aune de son expérience personnelle de croyant, de théologien et de pasteur (p. 56). Il entraîne ainsi le lecteur dans un voyage passionnant pour affronter l’interrogation soulevée par tant de chrétiens, concernant non seulement un rester chrétien et un être catholique, mais aussi, un être d’Église et même un faire Église, comme il l’affirme d’emblée dans son entrée en matière (p. 15).

Dans le chapitre 1, l’A. place son lecteur face à la radicalité de la question qui concerne l’avenir de l’Église. À partir de son témoignage autobiographique, il esquisse de manière vivante le contexte d’Église sur plus de cinquante ans.

Le chapitre 2 énonce la gravité de la situation à l’intérieur de l’Église décrite au fil de sa biographie personnelle en repartant des années Jean-Paul II.

Au chapitre 3 retentit la netteté de l’interpellation à la conversion en quatre étapes qui articulent de nouveau son expérience personnelle avec son vécu ecclésial : sa formation théologique et son imprégnation conciliaire (p. 66) au moment du concile œcuménique Vatican II préparant un aggiornamento et une ouverture ; son expérience de professeur de théologie à l’Institut Catholique de Paris collaborant au fameux Rapport Dagens (1996), qui est appelé ensuite Lettre des évêques aux catholiques de France en vue de réfléchir et organiser ecclésialement les choses de l’Église (p. 68) ; son appel pastoral à l’évêché de Strasbourg ainsi que sa rencontre avec l’évêque de Milan, le cardinal Carlo Maria Martini ; enfin depuis 2013, sa participation personnelle au combat de François pour une nouvelle donne ecclésiale où toute l’Église est interpellée en vue d’un vrai changement largement souhaité.

Ainsi se pointe la nécessité d’une conversion (chapitre 4) tant au niveau personnel qu’au plan institutionnel. Il faut poursuivre le nettoyage des écuries d’Augias. Au-delà des graves problèmes de pédophilie et de pédocriminalité révélés, l’A. invite à une re-com-pro-mission : le re indique un nouveau choix, le com signifie de jouer ensemble le jeu, le pro fait passer au-delà des propres intérêts, la mission incite à la mise en acte (p. 121). Ce qui ne va pas sans cultiver quelques vertus que l’A. prend soin d’éclaircir.

Dans un long chapitre appelé Transition, Mgr Doré précise les moyens pratiques et les modalités concrètes pour la conversion à la mission. Il pointe le moment actuel de crise dans l’Église comme kairos pour la conversion, porteur de possibilités insoupçonnées. Mais de quoi et vers quoi s’agit-il de se convertir ? Un retour aux deux fondamentaux du christianisme s’avère indispensable : à savoir le retour au cœur de la foi chrétienne et la reprise d’un style d’existence sous le signe de l’amour. De façon très pédagogique et logique, il examine le premier axe qu’est la foi dans la société actuelle selon les trois verbes savoir, dans le sens de réfléchir et de penser la foi (il y a bien des choses à savoir en matière de christianisme et de foi chrétienne), ensuite le verbe comprendre (il y a un vrai bonheur à comprendre d’après Kierkegaard : on n’existe toujours que dans ce qu’on a compris), et enfin le verbe décider. Quant à la foi, il y a ce qu’il s’agit de croire (l’objet de la foi) et il y a celui qui est appelé à poser l’acte de croire (le sujet de la foi). Toute démarche de croyant se fait à travers divers relais que sont les témoins historiques et le Credo professé en communauté. Pour illustrer la décision personnelle d’adhésion, l’A retrace et questionne lucidement son parcours personnel de croyant, de théologien, de pasteur qui s’est confronté à chaque étape de sa vie et de sa formation à l’homme dénoncé, parce que conditionné soit par l’économique, soit par l’inconscient (Freud), à l’homme révolté contre tout ce qui déshumanise (Albert Camus) et à l’homme augmenté pour passer à une trans-humanité, un homo-deus selon les chercheurs de la Sillicon Valley californienne. Avec force il avoue que la personne de Jésus de Nazareth a toujours emporté son adhésion de foi et de confiance, parce qu’il a révélé un Dieu radicalement ami de l’homme. Son parcours éminemment personnel s’énonce comme une orientation universelle.

Le chapitre 6 analyse le second axe de la foi chrétienne, à savoir la charité. L’amour révélé par Dieu en Jésus attend en réponse l’amour qui est le cœur de toute vie humaine. Il explicite la triple originalité de l’amour chrétien dans son rapport à Dieu, à l’autre et à soi-même, ensuite les caractéristiques de sa mise en œuvre selon l’Évangile et enfin comment l’amour éclaire la conversion à la mission, thème central de cet ouvrage. Mais vers qui est envoyé l’Église qui se reconnaît en condition incontournable de partenariat obligé (chapitre 7). Trois types de partenaires différents sont pris en considération : la personne avec sa singularité et son autonomie propres, le monde avec ses inter-faces économico-socio-politico-culturelles qui se situent entre l’Église et la société séculière et enfin les diverses religions.

Dans le chapitre 8, le dernier et le plus long, l’A. se concentre sur l’institution elle-même et son exigence de réformabilité. Comment s’organise-t-elle et fonctionne-t-elle au cœur de son institutionnalité ? Trois étapes décrivent l’Église en tant que communauté qui comporte une ministérialité diversifiée, celle-ci mettant en œuvre la synodalité.

En prenant congé, Mgr Doré le fait encore dans un rythme ternaire en énonçant des regrets, en partageant des découvertes et en formulant des remerciements.

Cet ouvrage, puissamment et pédagogiquement structuré – l’auteur prend soin d’énoncer et de synthétiser clairement ce qu’il va développer et il récapitule ce qu’il vient d’expliciter – permet au lecteur de suivre la pensée du théologien-professeur dans son argumentation dense, serrée et pourtant claire et lumineuse.

Collection Forum

Salvator, Paris, novembre 2021

350 pages · 23,00 €

Dimensions : 15 x 22 cm

ISBN : 9782706721700

9782706721700

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