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La science. L’épreuve de Dieu ?

Réponses au livre Dieu, la science, les preuves

François Euvé

Si l’auteur ne l’explicite pas, l’éditeur l’affiche en couverture : cet essai est une réponse au livre de M.-Y. Bolloré et O. Bonassies, Dieu, la science, les preuves. Paru en 2021, cet ouvrage, qui connut un certain succès, veut montrer qu’après des siècles où les progrès de la science et de la technique ont semblé entraîner la fin des religions ou l’inanité du concept de Dieu devenu, selon le mot prêté à Laplace, une hypothèse inutile, le temps est venu où la complexité de la science contemporaine, ses zones d’indétermination et de relativité, l’infini des mondes qu’elle découvre, conduisent à considérer l’existence de Dieu comme un postulat crédible, pour ne pas dire rationnel, et à montrer que les avancées de la science confortent les données de la foi. Telle n’est pas la position de l’A., théologien jésuite, qui s’en explique dans son instructive préface et ne croit pas que le mélange des genres soit profitable aux deux partis (p. 14).

Déblayant clairement le terrain, sans faire l’économie d’analyses précises, il pose d’abord la question de l’existence de Dieu, objet ou non de preuves, pour s’intéresser ensuite à la démarche scientifique et à la manière dont elle constitue son objet, avant de réfléchir aux interactions – sans confusion – entre science et foi. De quel Dieu en effet s’agit-il dans ces débats ? D’un Dieu qui se prouve – et les cinq voies synthétisées par Thomas d’Aquin sont rappelées – ou d’un Dieu qui s’éprouve, qui reste le Tout Autre présent à l’homme de façon personnelle, à travers des signes ? Le parcours de la science moderne est aussi problématisé : elle s’est constituée, à partir du XVIIe siècle, grâce à l’usage des mathématiques et en décrivant les phénomènes selon un schéma mécaniste ; mais les théories plus récentes de la relativité et de la mécanique quantique, de l’interdépendance et de la complexité des éléments, obligent à renoncer à une approche purement objective du monde. Tout ceci, conclut l’A. révèle une autre manière d’envisager la science, moins positiviste (…) Ces nouvelles théories posent des questions d’ordre philosophique, peut-être même existentiel (p. 54). Mais est-ce à dire qu’elles permettent de réintroduire Dieu ? de poser de façon nouvelle la question des relations entre science et foi, couramment résolue en montrant qu’elles se situent sur deux registres différents ?

Dans sa dernière partie, la plus originale, l’A. tente de rechercher une articulation possible entre ces deux domaines, étant sauves la liberté de recherche des scientifiques et la reconnaissance, selon l’expression de Vatican II de la juste autonomie des réalités terrestres (GS 36, 2). Il plaide ainsi pour une approche multiple du monde qui, au regard objectif du physicien, joindrait la perspective plus libre et gratuite du poète, et qui garderait, tant la théologie que la science, de toute tentation totalisante. Hors de toute tentative concordiste, le voisinage de la science et de la religion pourrait-il conduire à une aide mutuelle ? (p. 131). La science ne pourrait-elle pas purifier la foi des superstitions, et la religion aider la science à ne pas se laisser enfermer en une sorte d’idolâtrie d’elle-même ? La médiation de la philosophie ne serait-elle pas nécessaire à ce double travail, en redonnant à voir la science, non comme une pourvoyeuse de techniques efficaces, mais comme une aventure de l’esprit, et à considérer la religion comme un champ ouvert à la raison et à la liberté (p. 137) ? Cette réflexion exigeante, mais exprimée de façon toujours claire et pédagogique, est complétée par quelques pages d’entretien avec le physicien Étienne Klein.

Salvator, Paris, mai 2022

186 pages · 18,00 EUR

Dimensions : 13 x 20 cm

ISBN : 9782706722547

9782706722547

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