Quel catholique romain assistant à un office célébré selon les rites de l’orthodoxie n’a pas été saisi par le déploiement de sa beauté à laquelle concourent chants, encens et icônes, mais aussi par son aspect mystérique qui paraît réserver sa signification aux initiés ou du moins aux habitués ? C’est précisément pour aider à passer du mystérieux au mystagogique, c’est-à-dire pour permettre de dépasser la fascination afin d’approcher la compréhension du mystère, que Mgr Job, hiérarque parisien il y a quelques années, aujourd’hui métropolite de Pisidie, s’est attelé à une explication précise et rigoureuse de tous les éléments de la Divine Liturgie.
La Divine Liturgie – l’équivalent de la messe catholique ou de la Cène protestante –, dans son formulaire le plus couramment utilisé, attribué à Jean Chrysostome, fait donc l’objet d’un commentaire minutieux pour chaque étape, de la préparation initiale – habillement, préparation des dons… – à l’action de grâce finale. Chaque geste ou objet du culte est rattaché au verset biblique ou à la coutume antique qui le justifient, et commenté par des écrits des Pères ; sont aussi indiquées les prières que doit réciter le célébrant ou le diacre avec l’explication de leur contenu théologique. On voit, par exemple, que chaque moment de la liturgie correspond à une étape du mystère du salut, de la naissance du Christ pendant la « prothèse » (office « secret » avant le début de la célébration) au don de l’Esprit, après la communion. Ainsi les rites qui peuvent surprendre un esprit occidental par leur nombre et leur précision, acquièrent une signification qui permet de les comprendre comme une catéchèse en acte.
L’ensemble qui cite abondamment les commentaires byzantins, en particulier ceux de Maxime le Confesseur et de Nicolas Cabasilas, sait aussi utiliser les travaux contemporains d’historiens de la liturgie tel le jésuite Robert Taft. On mesure par là l’érudition de l’auteur, mais aussi son talent pédagogique qui rend passionnante une matière a priori aride et permet de ne pas s’arrêter à des apparences qui pourraient sembler folkloriques. À travers les descriptions et explications affleure constamment le sens de la liturgie – de toute liturgie – à la fois ascendant en ce qu’elle est un culte rendu à Dieu, et descendant, en tant qu’œuvre de Dieu pour le salut du monde, manifestation « des cieux sur la terre ».
Malgré son grand respect des formes, Mgr Job se permet au passage quelques suggestions qui, selon lui, permettent de retrouver l’authenticité de la tradition ; mais, par leur retour aux siècles d’indivision, elles donnent aussi une ouverture œcuménique : il souhaite, par exemple, que la prédication soit toujours effective et placée après la lecture de l’évangile (p. 98) et soulève la question de la participation des fidèles (p. 75).
Si l’abondante bibliographie à la fin de l’ouvrage est précieuse, on regrettera seulement de ne pas trouver aussi un glossaire des termes techniques fréquemment utilisés.
Collection Voix de l'orthodoxie
Salvator, Paris, septembre 2024
230 pages · 19,00 EUR
Dimensions : 13 x 20 cm
ISBN : 9782706727474