Un périodique unique en langue française qui éclaire et accompagne des engagements toujours plus évangéliques dans toutes les formes de la vie consacrée.

La Beauté du Gange

Le Swami et la Carmélite II. Correspondance 1968-1973

Yann Vagneux Henri Le Saux Thérèse de Jésus

Voici le second volet de la correspondance suivie qu’échangèrent Thérèse, carmélite de Lisieux, désireuse de mener une vie de contemplation solitaire en milieu hindou, et son aîné Henri Le Saux (Swami Abhishiktananda), bénédictin breton qui avait rejoint Jules Monchanin dans l’intention de fonder en Inde de nouvelles formes de vie contemplative chrétienne en relation avec le patrimoine spirituel de l’Inde (pour le vol. I, qui couvre les années 1959 à 1968, cliquez ici). Marquée par la confiance et la franchise de la carmélite et par la discrétion du swami, la conversation se poursuivit régulièrement entre ces deux correspondants que diverses circonstances empêchaient de se rencontrer fréquemment. Ces échanges furent importants pour aider Thérèse à traverser des épreuves et surmonter des obstacles de toute nature. Il est cette fois encore question de problèmes de santé, d’adaptation culturelle, de relations en communauté, de renouvellement de visa…

Une difficulté majeure provenait de tensions entre la règle du Carmel et le projet de Thérèse, mûri dans la prière, d’une vie érémitique dans des régions où les communautés chrétiennes sont très minoritaires et leurs institutions peu adaptées à la rencontre spirituelle avec la majorité hindoue. Henri Le Saux, depuis son arrivée en Inde et au fil des années, avait rencontré semblables difficultés ; il avait fait l’apprentissage de la patience autant que de la ténacité et pouvait en outre comprendre et partager le projet de Thérèse. Il s’agissait de garder le cap, de gérer ouvertures et blocages, d’aborder des situations complexes et changeantes avec discernement. C’est dans ce quotidien souvent imprévisible que se creuse avec une grande rigueur le chemin spirituel de Thérèse, un chemin sur lequel le swami l’accompagne avec fermeté et discrétion.

Quelques brèves citations à titre d’exemple. Alors que Thérèse séjournait en un lieu éloigné de toute église : « Même ce jeûne eucharistique est bon parfois ; on apprécie mieux ensuite le mystère sacramentel. Mais il faut aussi des temps où on vive au-delà des signes. L’Ascension justement, c’est le dépassement des signes » (p. 50). Et deux mois plus tard : « Vous êtes réellement libre au fond de vous, et si peu à la surface, que je voudrais enfin chez vous l’explosion… qui enverrait aux quatre vents toute cette poussière de surface qui vous empêche d’être vous » (p. 55). Suite aux démarches entreprises auprès des instances romaines pour défendre son projet : « Les coups durs envoyés par le Seigneur ont leur raison profonde dans notre psychologie qui a besoin d’être ainsi terriblement remuée en vue de l’adapter à cette merveilleuse expérience intime qui est l’aube de Pâques au fond de la guha [grotte intérieure]… Ce moment d’absolu abandon vous était nécessaire pour faire face à l’avenir » (p. 143). Thérèse peut alors écrire pour sa part : « Le bon Dieu fait bien des petits miracles pour moi mais il ne semble pas vouloir faire celui de me rendre forte – c’est sans doute mieux ainsi : ne pouvant s’appuyer ni sur les forces du corps, ni sur celles de l’âme, on se trouve obligé de pratiquer la pauvreté spirituelle et son corollaire l’espérance » (p. 192).

Collection Ombres

Arfuyen, Orbey (68370), septembre 2023

264 pages · 19,00 EUR

Dimensions : 16 x 24,5 cm

ISBN : 9782845903555

9782845903555

Sur le même thème : « Religions en dialogue »