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L’exercice de l’autorité et l’obéissance volontaire dans les instituts religieux

Implications pratiques pour la santé et la sécurité de la personne

Alexandre-Marie Taille (de la)

Une fois n’est pas coutume, nous voici devant une thèse de droit canonique, présentée en 2017 déjà à l’Université Saint-Paul d’Ottawa, et qui comporte, comme l’a bien vu son préfacier le père W. Kowal, o.m.i, en plus d’une approche classique, une manière originale d’actualiser l’exercice de l’autorité et de l’obéissance, en adaptant « les concepts de santé et de sécurité bien établis dans la sphère séculière » (12). Les deux premiers chapitres forment un très utile parcours raisonné de ce qu’il en est de l’autorité et de l’obéissance des religieux selon le Code de 1983, puis selon tous les documents magistériels ultérieurs, depuis Éléments essentiels (1983) jusqu’à Faciem tuam, Domine (2008). « Parallèlement à ce développement canonique et magistériel » s’est établie, dans le monde séculier, une culture en faveur de la paix et du bien commun, mais aussi de la santé et de la sécurité dans le monde du travail, est-il relevé au début du troisième chapitre ; il est consacré à la mise en évidence, via l’examen des organisations mondiales, « des caractéristiques particulières de la vision du monde séculier sur le travail », pour « permettre de la confronter avec celles de la vie religieuse » quant au thème traité – l’exemple choisi étant celui de l’État français, en matière de Sécurité sociale des ministres du culte et des congrégations religieuses, aussi bien que de prévention des risques psychosociaux liés au travail (harcèlement moral, harcèlement managérial). Voilà qui interroge l’Église dans ses propres pratiques.

Le quatrième chapitre propose donc une relecture de l’autorité et de l’obéissance dans un institut religieux, à l’aide de cette insistance universelle sur la santé et la sécurité. Or, les normes juridiques en ce domaine sont rares et dispersées dans le Code, si bien qu’un Code complémentaire (cf. canon 587 § 4) pourrait s’y adjoindre, à partir des principes évangéliques, canoniques et civils. À titre illustratif, les pratiques pour la prévention de la santé et la sécurité de trois diocèses (Ottawa, Boston, Poitiers) sont examinées, ainsi que la « Charte des personnels de la santé » (1995) du Conseil pontifical pour la pastorale des services de la santé. De même que beaucoup d’instituts se dotent de documents pour la prévention des abus sexuels, il s’agirait donc d’envisager les contours de la santé et de la sécurité dans la vie fraternelle et d’en offrir une description (191) : les risques psycho-sociaux (RPS) seraient ainsi pris en considération, tenant compte des particularités de la vie religieuse en communauté, du charisme et des saines traditions (195). Un domaine de recherche s’ouvre ainsi, qui permettrait aux autorités responsables « d’interpréter des comportements abusifs... et d’agir avec plus de diligence » (198). Ce n’est pas dire qu’on n’ouvrirait pas la porte à d’autres déviations (les membres des instituts peuvent aussi recourir indûment contre les contraintes de leur état de vie), mais d’imposantes annexes et une importante bibliographie achèvent de convaincre qu’on ne peut laisser en friche un domaine aujourd’hui si prégnant.

Collection Patrimoines

Éditions du Cerf, Paris, juillet 2020

276 pages · 25,00 €

Dimensions : 15 x 22 cm

ISBN : 9782204140317

9782204140317

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