Superbement écrit, ce récit, préfacé par V. Margron qui en montre les singularités, rapporte en première personne, revenues à la mémoire à partir d’un épisode médical actuel, les dévastations qu’entraîne un seul abus subi autrefois par un jeune garçon à jamais blessé dans sa virilité sexuelle (dans un milieu non clérical, et par un compagnon plus âgé). Trois analyses, une médication longue parmi d’autres traitements, une conversion au catholicisme, une vie professionnelle socialement fatigante et un mariage solide plus tard, le jeune philosophe des années 68 offre aujourd’hui, sous le mode narratif qu’on a dit, de puissantes réflexions sur l’impossible pardon, le poids des circonstances qui ont pu jouer sur l’abuseur, les milieux particulièrement propices aux dérives quand l’autorité y est sacralisée, le spirituel comme lieu où se cherche une forme de toute-puissance sur soi, sur les autres et sur Dieu… Et surtout, il peut énoncer les traits spécifiques de l’abus de garçons, finement décrits, dont l’introjection de la violence, et par là, la tendance à la répétition de l’abus sur la génération suivante : « en abusant de lui, une figure d’autorité a délégitimé son sexe et son genre » (p. 145). Ainsi, le tissu de toute relation a été rompu et s’est définitivement ouvert sur un vide qui reste non pas à combler, dit la finale, mais à accueillir comme cheminement de renaissance.
Salvator, Paris, mai 2023
160 pages · 16,00 EUR
Dimensions : 13 x 20 cm
ISBN : 9782706724770