Superbement écrites, ces pages nous offrent une traversée autobiographique de celui qui a découvert, tardivement, « l’altérité qui lui est échue comme une aptitude créatrice » (p. 13). Certes, la « neurodiversité » ou forme d’autisme qui est la sienne ne représente pas toutes les autres, mais ce récit en première personne offre le partage des difficultés et des richesses de ce vécu d’altérité qu’est la neurodivergence (p. 17) : et c’est là avant tout l’histoire d’un processus de libération.
La Première partie, « De la connaissance de soi », rapporte le vécu douloureux de celui qui se sent relié de l’intérieur au poids de présence des autres, seul mais pas isolé, respiré autant qu’il respire les choses infimes qui constituent le monde (p. 32-33). Son fonctionnement neuroatypique une fois reconnu, au bout de cinq décennies, le « porteur » du syndrome d’Asperger mit du temps à s’approprier le diagnostic : « si ce que l’on nomme mon autisme fait indéniablement partie de ce que je suis, ce que je suis excède cette appellation » (p. 47)… « Seul ce consentement plénier à ma solitude d’identité pouvait m’affranchir de la dépendance mortifère à l’égard d’une compréhension extérieure » (p. 53). Il a donc fallu accueillir la « troublante étrangeté » d’une « identité d’exode » qui ouvre à « une existence aventureuse vécue comme un chemin de création » (p. 59). Ce sera la Deuxième partie, intitulée « l’ouverture à la neurodiversité ». Considérer les troubles du neurodéveloppement (TND) comme autant d’expressions à part entière de la neurodiversité humaine renouvelle complètement le regard : « la complexité polyphone de l’humaine condition rutilait de splendeur sous mon regard émerveillé » (p. 65). Comprendre l’autisme comme une autre intelligence (ainsi que le dit le titre) permet de valoriser la neurodiversité, de « préserver un espace d’inventivité où les richesses de la différence peuvent fructifier au service du bien commun » (p. 83) ; et cette altérité reconnue, qui émancipe de la rigidité du normatif, est le levier d’une création continue (p. 93). Alors la perception s’approfondit : « Il y a en moi un fonds sans fond de silence qui est vie, pure densité de présence rayonnante… (p. 101), « dont je crois que la Source transcendante est un Dieu d’Amour » (p. 104). Ainsi s’annonce la Troisième partie : « Créer ». Un travail sur le corps, l’ouverture sans interprétation, la fréquentation des géants de l’esprit forment la discipline qui désature l’esprit. Mais il s’agit aussi de « donner corps au vécu d’altérité », par la parole et par l’écrit qui rejoignent « un certain vécu d’universalité (p. 116). On sait gré au poète-philosophe d’avoir consacré un chapitre à l’ascèse philosophique, où il s’applique à dégager une ligne d’intelligibilité « qui confère à son discours un rythme circulaire autour d’un centre » (p. 126) – une ligne circulaire en somme... Reste l’expérience poétique, qui va au-delà encore : « j’expérimente que le mystère de mon être est incommensurable à mon autisme » (p. 133). L’Amour est donc « imprenable », titre le dernier chapitre, tandis que l’envoi estime que « par-delà soi, il y a l’ample Vie ».
Oui, cet autisme « est un don reçu, une grâce qui a été faite, un talent qui a été confié » (p. 143) et nous voici avec l’auteur au seuil du mystère de la communion (p. 144).
Collection Forum
Salvator, Paris, février 2025
152 pages · 18,00 EUR
Dimensions : 13 x 20 cm
ISBN : 9782706728037