Comment intéresser nos contemporains au message de l’Évangile ? À cette question répond ce remarquable ouvrage de synthèse en prenant comme point de départ la question anthropologique. Pour l’archevêque émérite du diocèse de Dijon, auteur de nombreux ouvrages autour des questions du rapport des chrétiens au monde et de l’Église, de son unité et de sa doctrine sociale, « l’homme contemporain ne s’appartient plus ». « Formaté dans sa pensée, standardisé dans ses comportements », placé sous le règne de la technologie et sous le paradigme de la consommation, souvent sans autre perspective, « il doute d’avoir l’esprit libre. Du sens de la vie, on ne parle plus. De la vie après celle-ci, jamais » (p. 302-303). C’est à cet homme-là en peine de lui-même que s’adresse la prédication vigoureuse de Jésus, « l’appel à la conversion en vue du Règne de Dieu ». La parole est sans détour : « L’Église n’a pas d’autre mission que de confesser Jésus comme Christ et d’attirer à lui tout homme en recherche du sens de sa vie. La porte d’accès au mystère de l’homme est la parole inséparable de la personne de Jésus. Qui entre par cette porte découvre qu’en Jésus l’humanité trouve son accomplissement » (p. 10). « Jésus restera toujours l’avenir de l’homme » (p. 308).
L’ouvrage se déploie en 4 parties et 16 chapitres suivis d’un « envoi » : en 2030, à l’occasion du deuxième millénaire de la mort et résurrection du Christ pour notre salut, saurons-nous lui rendre le vibrant hommage qu’il mérite ?
La première partie, « Accomplissement », présente la prédication de Jésus en soulignant sa puissance d’interpellation, les grands retournements qu’elle implique (se perdre pour se gagner, le pouvoir comme service), sa radicalité et son universalité. Elle conduit le lecteur à poser son regard sur la personne même de Jésus confessé comme « Christ et Seigneur » par les chrétiens.
La deuxième partie déroule « Le récit chrétien » – protologie, anthropologie, histoire du salut et eschatologie. Le ch. 5, « L’Esprit, le monde et l’homme » articule science et foi autour de la cosmologie et des sciences du vivant ; il met en valeur la présence incontournable de l’esprit, irréductible à la matière. Le ch. 6 « L’homme : corps animé et esprit » est une remarquable synthèse d’anthropologie chrétienne qui articule finement langage biblique et catégories grecques. « Le mystère de l’homme, c’est son esprit » (p. 139), qui est « comme un transistor à l’aide duquel nous captons les messages qui structurent notre univers mental et parmi lesquels nous pouvons opérer un tri » (p. 123). Au terme, il est question de « la vie ressuscitée », déjà commencée avec le baptême. « Toute notre existence en Christ est une dynamique de transformation qui a son point d’orgue dans notre résurrection finale » (p. 165).
Pour l’A., l’appel du Règne est capable de résonner dans le cœur de tout homme. Aussi, dans une troisième partie, « Jésus au-delà du christianisme », il parcourt la réception de la prédication de Jésus dans différentes traditions non-chrétiennes : le judaïsme, l’islam, les religions et philosophies asiatiques, les philosophes occidentaux, avec une attention aux semences du Verbes, à l’action de l’Esprit, à l’universalité du salut. Vient en conclusion une présentation de la réflexion chrétienne sur l’universalité du salut, depuis la formule « hors de l’Église, nulla salus » jusqu’aux affirmations du Concile Vatican II et la question de la méditation universelle du Christ.
De l’appel du Règne à l’identité de Jésus confessé comme Christ et Seigneur, de sa personne à son inscription dans le grand récit chrétien puis à son élargissement dans différentes traditions philosophico-religieuses, l’ouvrage se conclut naturellement par une méditation sur l’Église qui intègre largement une perspective œcuménique. « L’Église est au service du Règne. Elle doit être le signe auquel la croissance du Règne de Dieu est reconnaissable » (p. 258). « Le meilleur moyen de relancer la dynamique œcuménique est de mettre toutes les Églises devant leur mission d’annoncer le Règne de Dieu » (p. 278-279). Pour l’A., « la morale pratique est le premier degré possible de l’unité du genre humain, avant celui de la foi (…) Il revient donc à l’Église de toujours reproposer à la société humaine le profil anthropologique de l’être humain vivant en société : sa nature de personne dotée d’une dignité inaliénable, libre et solidaire des autres » (p. 283).
À l’heure des déconstructions en tout genre, cet ouvrage foisonnant renouvellera la prédication du message chrétien de ceux qui voudront bien le lire avec attention.
Éditions du Cerf, Paris, septembre 2022
312 pages · 22,00 EUR
Dimensions : 14 x 21,5 cm
ISBN : 9782204151948