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Ils voulaient mourir, ils ont éclairé ma vie

Un prêtre engagé dans la prévention du suicide

Éric Lestage

Le témoignage du P. Lestage pourrait se lire d’une traite si le sujet qu’il aborde n’était aussi grave. Avec toujours grand respect et légèreté, nous sommes emmenés dans les dédales de la société et du cœur humain, pour y chercher la lumière. L’auteur nous fait part des chemins par lesquels il a été conduit à fréquenter d’abord le monde des SDF durant ses études, puis celui des jeunes le samedi soir en même temps qu’il recevait les premières confidences de Sandrine, tentée par le suicide, et qui apparaîtra tout au long du livre. Alexandra, Véronique et Marie la rejoindront au fil des pages, car l’entourage du P. Éric dans ses diverses créations est en grande partie féminin.

Il est parfois un peu difficile de suivre la chronologie précise des événements, mais cela n’entrave en rien la fluidité de lecture. L’un des grands axes autour desquels se construit la pédagogie de l’auteur est cette double question : comment accueillir, comment écouter ? Et l’un des grands mérites de ce prêtre troubadour – il joue de la guitare, enseigne la gymnastique et réalise des spectacles de mime – est de sans cesse chercher conseil auprès de professionnels de la santé (physique et psychique), d’amis et même de personnes en difficulté. Il ne veut prendre la place de personne dans ce processus d’accompagnement de celles et ceux que la mort attire, mais plutôt remplir une case vide, offrir une écoute d’un type autre que ce qui existe déjà. Et cela avec la modestie et les tâtonnements inhérents à qui se sait dépassé par l’ampleur de la tâche. « Je ne savais que dire, comment faire » dit-il à plusieurs reprises. Et son témoignage est parsemé de réflexions, d’aphorismes qui s’apparentent parfois aux apophtegmes des Pères : « La parole prend du temps, elle a besoin de l’espace nécessaire pour prendre racine, se nourrir de lumière et d’eau, pousser en dehors de la terre, se laisser voir par le reste du monde » (p. 47), « Être attentif à ce qui ne demande qu’à naître. N’est-ce pas un des chemins du vivant ? » (p. 131)...

Vers la fin de l’ouvrage, on trouve une réflexion brève mais importante sur « Être chrétien et suicidaire » (p. 157-159), ainsi que deux fictions. La première est un dialogue entre l’auteur et « saint » Judas (p. 161-177). Quoiqu’un peu longue, cette rencontre imaginaire permet à l’auteur de partager de manière imagée une part de sa pédagogie. La seconde fiction, dans une annexe qui clôt le livre, met en scène un prêtre qui raconte comment il s’est retrouvé en état suicidaire (p. 185-191).

En sait-on beaucoup plus sur la tentation du suicide et les manières de la détecter ou d’y faire face, après lecture de ce témoignage ? Pas vraiment. Il faudra pour cela consulter des ouvrages plus techniques et spécialisés. Mais le lecteur se sentira désormais concerné, et capable d’un petit quelque chose, si infime soit-il. « Le suicide est multifactoriel, sa prévention aussi. Chacun a sa place dans la prévention du suicide. Nous ne serons jamais trop nombreux pour faire reculer la mort » (p. 69).

Salvator, Paris, mai 2023

190 pages · 17,00 EUR

Dimensions : 14 x 21 cm

ISBN : 9782706724787

9782706724787

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