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Histoire d’un tison arraché du feu

Autobiographie de la sœur et novice de la petite Thérèse

Céline Martin

Voilà un ouvrage bien déroutant, accessible déjà depuis 2011 sur le site des Archives du Carmel de Lisieux. Il s’agit de l’autobiographie de Céline Martin (1869-1959), rédigée en 1909, avant que ne commence le procès de béatification de Thérèse ; Céline (sœur Marie de la Sainte-Face, puis sœur Geneviève de Sainte Thérèse, puis sœur Geneviève de la Sainte-Face et de Sainte Thérèse, et enfin, sœur Geneviève de la Sainte-Face) a alors 40 ans et l’adresse à la prieure de l’époque, Mère Marie-Ange de l’Enfant-Jésus. Elle reprendra son texte en 1931 pour Mère Agnès de Jésus (Pauline Martin), qui n’en prendra connaissance qu’en 1941, après le décès de sœur Marie du Sacré-Cœur (Marie Martin), et Céline le complètera encore en 1946. Cette vie est sans doute comme un tison arraché du feu, selon l’expression de l’auteur, qui laisse deviner ses combats contre la chasteté (thème-clé de l’ouvrage, écrit l’introduction, 21) et ne cache rien des attaques démoniaques subies, ni des visions qui les apaisent – dont celle de la Sainte Face, qui lui permettra de peindre la toile qui la rendit si célèbre (p. 339-340 ; cf. p. 332 et p. 81).

Comme celui de Thérèse, le récit s’ordonne en trois parties (p. 245) : jusqu’à la maladie du père, jusqu’au départ pour le Carmel, le temps du Carmel. Toujours partagée entre les plaisirs de ce monde et l’attrait du seul amour du Christ, la pétulante jeune femme qui s’adonnait à toutes sortes de choses artistiques (p. 143) et s’est un moment crue damnée (p. 130) jusqu’à la tentation du suicide (p. 112), finit par se décider, Thérèse aidant, à choisir le Carmel (longtemps sans droit de vote au chapitre, p. 234, qu’elle obtint seulement en octobre 1929) plutôt que la mission canadienne que lui offrait le père A. Pichon (p. 227). Dirigée par Thérèse à l’insu de Mère Marie de Gonzague (p. 269), elle retrouvera peu avant la profession solennelle et au fil du temps des manifestations du démon qu’il faudrait examiner de plus près, comme mériteraient d’être mieux considérées les citations scripturaires peu connues dont s’émaille un récit qui, par ailleurs, ne manque pas de morceaux d’humour (p. 251).

Ce qui déconcerte plus d’une fois (outre la mise en page brouillon, qui aurait pu mieux refléter la table des matières), c’est qu’on a l’impression d’une copie par rapport au modèle, pour reprendre un mot de la p. 51 (qui l’applique à la Sainte Vierge). Céline aussi a une vision prémonitoire de son père (p. 226), elle aussi désire faire des surprises à Jésus (ainsi mon rêve sera réalisé, p. 292), les torrents de l’Amour ont débordé en son cœur (p. 307), elle doit s’arrêter, craignant même d’avoir été trop loin et cependant, que cette peinture est loin de la réalité (p. 314), son désir de sauver les âmes va jusqu’à la folie (p. 318), elle s’offre au martyre de rester dans cet enfer (sans offense) pour que le cœur de ceux qu’une voix maudite décourage d’avoir foi en Dieu soit pardonné… (p. 364). Comme si on rejouait Thérèse, mais en basse intensité... Certes, il y a le rayonnement que Céline a pu offrir en reproduisant la Sainte Face, mais sa compréhension de la souffrance (si l’homme ne veut pas dégénérer, il faut qu’il souffre, il faut qu’il se mortifie…, p. 80), et son anthropologie résolument dualiste (p. 132, 221, …), sans compter quelques moments de modestie apprêtée (p. 206, 275) – sans doute marquée par l’époque – sont derechef plus déconcertants qu’inspirants.

Collection Témoins de vie

Éditions du Carmel, Toulouse, mars 2022

484 pages · 20,00 €

Dimensions : 15 x 20 cm

ISBN : 9782847137873

9782847137873

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