L’auteur, dominicain, offre à un large public une réflexion qui vise à faire comprendre que la vertu de douceur n’a rien à voir avec une forme de nonchalance ou de mollesse. Il exprime d’ailleurs à plusieurs reprises sa crainte de voir la douceur confondue avec une forme de relativisme voire d’indulgence à l’égard du péché (ex. p. 115). La douceur est en fait la vertu des forts, d’où ce titre : « Hardi les doux ! ». On peut dire qu’au terme du parcours, l’objectif est atteint. La douceur apparaît bien comme une victoire obtenue patiemment sur la colère. Elle est un ajustement « de la colère afin que le bien visé soit accompli selon la droite raison » (p. 52).
Les trois premiers chapitres sont consacrés à la révélation de la douceur par le Père, à la douceur paradoxale du Fils et finalement à la douce onction de l’Esprit-Saint. Sans aucun doute, le P. de Beauregard veut ainsi situer la douceur à sa juste hauteur et montrer qu’il s’agit, comme il le dit dans la conclusion, d’une vertu qui nous rend plus parfaitement humains tout en « nous rapprochant des mœurs divines » (p. 163). Les deux chapitres suivants se concentrent sur la vertu morale de douceur et le combat pour la douceur envers autrui. C’est donc un regard ample, à la fois théologique et moral, que l’auteur nous invite à porter sur la douceur. On ne le suivra peut-être pas dans certaines options d’interprétation, notamment lorsqu’il aborde Jésus et son œuvre. Ainsi, est-il certain que Jésus éprouve humainement la passion de colère mais que celle-ci soit d’avance régulée par la raison en fonction de sa divinité (p. 52) ? Pierre devait-il réellement être « exposé à la colère de Jésus d’autant plus qu’il était destiné à être le chef de l’Église » (p. 63) ? Il n’est pas non plus évident qu’il y a aujourd’hui, chez les baptisés « une prégnance des péchés de colère, d’impatience, de violence physique et morale, un bouillonnement intérieur, tout âge et tous sexes confondus » (p. 133).
L’expérience des confesseurs à laquelle le P. de Beauregard fait appel, devrait révéler tout autant la prégnance du découragement, des doutes, de l’hédonisme etc. Quant à voir en Kant et Luther « deux spectres qui hantent le catholicisme français contemporain » (p. 103), c’est sans doute aller un peu vite en besogne, ce que l’auteur lui-même reconnaît quelques pages plus loin (p. 106). Quoi qu’il en soit de ces légères réserves, ce livre a le mérite de mettre le lecteur au contact de sources de réflexions variées, allant des Pères de l’Église aux auteurs contemporains, pour le questionner et l’éclairer sur la vertu de douceur et le cheminement vers la sainteté. L’ancrage thomiste est par ailleurs patent tout au long de l’ouvrage.
Éditions du Cerf, Paris, septembre 2024
168 pages · 18,00 EUR
Dimensions : 13,5 x 21 cm
ISBN : 9782204162418