En bon journaliste qu’il est resté, l’A. écrit vite et bien. Une écriture dynamique, aisée à lire, qui donne le goût de poursuivre, mais peut aussi paraître parfois ne pas creuser suffisamment un thème. Et cependant c’est bien à partir de thèmes ou plutôt de questions transversales qu’est organisé ce livre ; il ne veut pas être une biographie du pape – lui-même s’est déjà raconté à plusieurs reprises – mais plutôt une exploration des chantiers ouverts par ce pontificat, s’inscrivant dans la tradition, en ce qui concerne la question sociale par exemple, mais aussi demeurant pour certains déroutant et iconoclaste. Les titres des chapitres mettent en lumière cet aspect, de façon parfois un peu provocante : « l’accueil des homosexuels », « le moralisme à l’index »… Mais surtout l’analyse est placée, comme l’indique le titre, sous le signe de l’anticonformisme, symbolisé pour l’A. par l’amour de François pour le tango, musique populaire résonnant dans les quartiers de Buenos Aires et dansée jusque sur la place Saint-Pierre pour fêter son anniversaire, « indice interprétatif de l’histoire d’un homme à la personnalité complexe » (p. 17). Il ne s’agit pas de réduire cet anticonformisme à des choix qui ont paru prendre le contre-pied des rites pontificaux habituels, ni d’y voir seulement le reflet d’un tempérament impulsif, mais d’y reconnaître la manifestation de la grande liberté intérieure du pape qui, à la suite de deux de ses auteurs de prédilection, Romano Guardini et Michel de Certeau, cherche à dépasser les polarisations et aime les marges.
Nombreuses citations à l’appui, ce sont donc les grands accents du pontificat qui sont évoqués et souvent illustrés d’anecdotes : le souci des pauvres et des migrants, la conversion écologique, le dialogue interreligieux, la synodalité… Si l’empathie de l’A. confère souvent à ses analyses un ton admiratif devant l’inventivité et la générosité des initiatives de François, il sait aussi débusquer les failles et les limites de son modèle ; ses contradictions aussi : sa communication très personnelle et spontanée qui lui attire la sympathie des foules, mais peut aussi se révéler contreproductive ; un idéalisme – à rebours de son réalisme habituel – provoqué par sa répulsion devant la violence et la guerre, qui brouille son action diplomatique…
Publié pendant la vacance du siège apostolique, l’ouvrage n’hésite pas à imaginer le successeur de François, non en se livrant au vain jeu des pronostics, mais en brossant trois portraits-types – Jean XXIV, Pierre-Paul ou Grégoire XVII – selon que le corps cardinalice penche plus ou moins vers la continuité du changement ou un raidissement défensif. On sait maintenant ce qu’il en est advenu.
On ne verra peut-être pas là un « bilan », comme l’annonce le sous-titre, il y faudrait plus de temps et des analyses plus approfondies ; mais on y trouvera un rappel intéressant, parfois émouvant, des joies et des espérances qu’aura ouvert ce pontificat en mettant l’Église en mouvement, au diapason des bouleversements sociaux et politiques du monde.
Salvator / Emmanuel, Paris, mai 2025
192 pages · 14,00 EUR
Dimensions : 13 x 20 cm
ISBN : 9782706729720