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Dom Gérard Calvet (1927-2008)

Tourné vers le Seigneur

Yves Chiron

Sollicité par les moines de l’Abbaye Sainte-Madeleine du Barroux d’écrire la biographie de leur fondateur, Dom Gérard Calvet, l’historien Y. Chiron, déjà bien connu pour ses ouvrages sur Pie IX, Pie X, Benoît XV, Pie XI, Jean XXIII, Paul VI, a relevé un défi de taille ! La prouesse tient à l’ampleur des archives exploitées, au parcours délicat de Dom Gérard au cœur de la période tourmentée qui a suivi le concile Vatican II, ainsi qu’au désir du biographe de « ne pas s’en tenir aux éléments extérieurs qui réduiraient Dom Gérard à un fondateur de monastère et à un résistant traditionaliste » (p. 14). Entré dans l’ordre bénédictin en 1950, Dom Gérard quitte son monastère avec l’accord de son père abbé en 1970, avec au cœur un projet de « fondation d’un monastère bénédictin d’esprit traditionnel », parce que « les réformes et les adaptations entreprises dans nos communautés depuis la fin du Concile » ont laissé « insatisfaits certains religieux plus attachés aux formes traditionnelles qui les avaient attirés naguère vers l’idéal monastique » (p. 243). Rejoint par plusieurs jeunes, il organise, dans une métairie à Bédoin (Vaucluse), la vie de la nouvelle petite communauté, fondée sur la Règle, la rectitude doctrinale et la liturgie traditionnelle. Mais ce que son supérieur et l’évêque d’Avignon considèrent prudemment comme une simple « expérience », Dom Gérard le voit déjà comme un monastère, brûlant les étapes canoniques, recevant les vœux perpétuels des jeunes moines et faisant conférer les ordres mineurs à plusieurs jeunes par Mgr M. Lefebvre. Sommé par son supérieur de mettre fin à l’entreprise, Dom Gérard lui oppose un non possumus, ignorant plusieurs avertissements canoniques, jusqu’à son exclusion de la Congrégation de Subiaco et sa suspension a divinis par l’évêque d’Avignon en 1975. La rupture s’aggrave encore en 1979, quand Dom Gérard soutient la fondation d’un monastère traditionnel féminin, qui fera lui aussi rapidement l’objet de mises en garde. En 1980, expulsé de la métairie devenue de toute façon trop exiguë, Dom Gérard entreprend la construction d’un monastère au Barroux, quelques km plus loin. Il faudra attendre plusieurs années, et beaucoup de souffrance, pour que le sensus ecclesiae l’emporte. En 1983, Dom Gérard sollicite sa réintégration dans l’Ordre bénédictin, « en exprimant [son] regret le plus sincère de tout ce qui a pu motiver [son] éviction de l’ordre » (p. 400). Un long processus de retour aboutit en 1988, alors même qu’intervient dans cette même période la décision romaine d’autoriser – à certaines conditions – la célébration de la messe traditionnelle.

Le Barroux, Éditions Sainte-Madeleine, février 2018

688 pages · 29,00 €

Dimensions : 15 x 22 cm

ISBN : 9782372880077

9782372880077

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