Un périodique unique en langue française qui éclaire et accompagne des engagements toujours plus évangéliques dans toutes les formes de la vie consacrée.

Dieu chemin faisant

Itinéraires de la Mission de France

Roch-Étienne Noto

Créée en 1941 par les évêques de France et jusqu’ici confiée à des prêtres et à des diacres, cette célèbre institution, « sans fondateur, bien qu’elle soit une fondation » (p. 118), avance aujourd’hui vers de nouvelles dispositions canoniques qui favoriseront l’inclusion des laïcs à ce charisme apostolique (Mgr H. Giraud, en postface). En 15 petits chapitres de 6 pages chacun, l’auteur, lui-même diacre de la Mission de France, en rappelle d’abord l’histoire : l’ouverture du séminaire à Lisieux sous le patronage de Thérèse de l’Enfant-Jésus, sa fermeture en 1953 avec l’arrêt de l’expérience des prêtres-ouvriers, sa réouverture à Pontigny quand Pie XII fit de la Mission de France une prélature (1954), son extension en France et en Algérie puis ailleurs, la fondation en 2002 de la Communauté Mission de France (CMDF) pour intégrer ses partenaires religieux, religieuses, équipes associées et laïcs dans une seule structure. C’est le Manifeste de cette Communauté élargie qui va scander les chapitres suivants : fidélité à Dieu et aux hommes dans le triple engagement (fidélité à l’Incarnation, dépouillement de soi, service du frère) d’une communauté missionnaire qui participe à la construction commune du monde par le travail professionnel, annonce d’un « Évangile à hauteur d’homme » par une présence juste, dialogale et solidaire. Il s’agira donc aussi de démocratie politique, de lutte contre le racisme, de fraternité universelle et de démocratie sociale. Puisque les pauvres prennent aujourd’hui les visages de l’incroyant, du païen, du lointain, la MDF reconnaît, avec la jeune Thérèse, l’incroyance comme une possible voie mystique et voit le salut s’opérer au cœur du péché du monde (« le salut, c’est le désespoir surmonté, traversé, passé » (p. 59), en raison de la présence universelle de l’Esprit. Engagée dans une « écologie d’espérance, de liens et d’ouverture aux pauvres », portant un regard positif mais prudent sur les basculements du monde, la MDF « aventure le Christ » là où l’humanité se construit et se trouve en péril, puisque là se joue l’avenir de l’Évangile. Il s’agit donc aujourd’hui de porter l’Évangile aux païens (et non, comme aux débuts, de revivifier une conscience déchristianisée) et, pour être crédible, d’articuler la question de l’écologie à celle du social en s’appuyant sur une posture spirituelle qui ne cherche que la vérité, obéit au réel et veille dans la nuit – que ce soit en Chine ou chez les « frères du chemin » de l’islam. Il reste la tâche de dire à l’Église ce qu’on a découvert du Christ « étendu dans l’histoire », et de l’Esprit à l’œuvre dans l’humanité des hommes, à travers l’expérience de la non-puissance : « Nous ne changeons rien de la vie des gens » – Ainsi se risque la foi dans un monde déchristianisé.

Salvator, Paris, août 2022

130 pages · 15,00 EUR

Dimensions : 13 x 20 cm

ISBN : 9782706722691

9782706722691

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