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De l’homme divisé à l’homme divinisé

Dostoievski, une anthropologie chrétienne

André Brombart

« C’est la beauté qui sauvera le monde ! » Qui ne connaît cette citation célèbre ? Mais qui connaît sa véritable origine et son auteur ? Dostoïevski la met dans la bouche d’un personnage secondaire, Hippolyte, épris d’absolu, idéaliste et vulnérable, maladif et rempli de contradictions, au cœur de l’une de ses œuvres magistrales, L’Idiot. « La beauté est une chose qui a un secret. Le diable et le bon Dieu luttent ensemble, avec, pour champ de bataille, le cœur des gens », déclare Dmitri, l’aîné des frères Karamazov, à son jeune frère Aliocha. La vie du célèbre romancier russe Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski (né à Moscou le 30 octobre 1821 et mort à Saint-Pétersbourg le 28 janvier 1881) est marquée par des épreuves terribles (épilepsie, père assassiné, condamnation à mort suivie d’un simulacre d’exécution, bagne et déportation, dettes, addiction au jeu). Ses propres meurtrissures lui ont appris à sonder le cœur humain avec profondeur et lucidité. Ses œuvres peuplées d’hommes et surtout de femmes, meurtris et humiliés par leurs semblables, témoignent de son génie romanesque, de ses analyses psychologiques pertinentes, de son anthropologie visionnaire. Pour lui l’homme est à la fois prisonnier et libre, habité par le bien et le mal, traversé par le péché et la grâce. « Peut-on vivre avec tant d’enfer au cœur et dans la tête ? » demande Aliocha Karamazov, figure lumineuse. Les personnages surgissent par centaines dans son œuvre, tous différents, individualisés : criminels, débauchés, ivrognes, meurtriers, malades psychiques, révolutionnaires, demi-saints, cortège de femmes douces, de jeunes filles, de prostituées. Ce « sourcier de l’âme » plonge au cœur de tout être humain jusqu’à cette « finitude assoiffée d’infini ». Qui a su mieux que Dostoïevski explorer les tortueux méandres de l’âme et dire les tourments de ces êtres divisés : princes du mal tentés par le bien, anges livrés au mal ? Ce dédoublement de la personnalité revient comme un thème lancinant dans chacun des romans, au point que Dostoïevski, parlant du Double, confiait à la fin de sa vie : « Je n’ai jamais rien exprimé de plus sérieux que cette idée-là ! » À travers les drames de sa vie, au-delà des contradictions de son œuvre, Dostoïevski préserve la présence du Christ innocent, crucifié pour le rachat des péchés, comme le centre rayonnant où convergent toutes les souffrances. Déjà, en sortant du bagne, il avait formulé cet étrange Credo : « Croire qu’il n’y a rien de plus beau, de plus profond, de plus attachant, de plus viril et de plus parfait que le Christ ». Pourtant l’existence de Dieu restera pour lui une interrogation sans réponse. L’auteur de ce livre, religieux assomptionniste et Assistant du Supérieur Général des Assomptionnistes de 2005 à 2011, se révèle fin connaisseur du romancier russe. Avec passion, compétence et clarté, il esquisse le portrait de tant de personnages qui ont accompli le cheminement conduisant de la division à la divinisation de l’homme, fruit pascal qui échappe à toute description : car c’est Dieu et lui seul qui divinise l’homme divisé. À chaque personnage son propre chemin salutaire ! À chacun de nous, le nôtre !

Paris, Parole et Silence, juin 2020

146 pages · 14,00 €

Dimensions : 14 x 21 cm

ISBN : 9782889591725

9782889591725

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