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Correspondance

1874-1941

Léonie Martin

Précédé d’une introduction brève et d’une chronologie de la sœur la plus « atypique » de Thérèse de Lisieux, suivi d’un dictionnaire biographique et autres index utiles, ce recueil de la correspondance de Léonie Martin-sœur Françoise-Thérèse (368 lettres et fragments), annotée par le même Stéphane-Marie Morgain, pourrait vite paraître ennuyeux, en raison de son style plus suranné encore que celui de Thérèse, et des indéfinies répétitions des mêmes insuffisances qui pèsent sur « la pauvre Léonie », toujours tentée par la mort plus que par la vie ; mais il constitue en fait un précieux témoignage direct de la réception progressive de la doctrine thérésienne et des aléas de la gloire posthume. C’est une enfant longtemps abusée par une employée de la famille (« mon enfance et ma première jeunesse se sont passées dans la souffrance, dans les épreuves les plus cuisantes », p. 576 ; un « esclavage » de 8 ou 9 ans, p. 694) qui entre et sort successivement chez les Clarisses et les Visitandines, et qui sait ce qu’elle doit à l’intercession céleste de sa sœur « omniprésente dans la correspondance et dont l’influence sur l’itinéraire spirituel est profonde et efficace » (p. 15). Qu’on en prenne seulement pour preuves ces émouvantes résolutions de retraites annuelles, toujours envoyées au Carmel pour approbation de Mère Agnès et des autres sœurs Martin, et qui sont curieusement formulées en prenant Thérèse (qu’elle répugnait à ce qu’on nomme « la Petite Thérèse », p. 682) comme interlocuteur et témoin. Celle qui a conduit le deuil des funérailles et de l’inhumation de sa jeune sœur (4 octobre 1897) est ainsi conduite par elle, d’époque en époque, à consentir à la vie (elle annonce régulièrement sa mort, des dizaines d’années avant sa fin), même « laide et mal coiffée », « inférieure sous tous rapports » (p. 173) à ses sœurs carmélites, alors qu’elle se dit sujet d’attachements déraisonnables aussi bien que d’aversions incoercibles pour ses supérieures successives. Une « petite âme », en fait, malade plus souvent qu’à son tour, mais qui, bien qu’elle « déborde de tendresse et d’amour pour son trio (lexovien) plus cher que la vie » (p. 215), exige dans son testament que ses souvenirs thérésiens demeurent acquis à la Visitation (p. 355). Deux ans avant sa mort, elle se traite encore de « vraie poule mouillée » (p. 638), mais sans elle, que saurait-on de l’apaisement qu’une âme si éprouvée peut trouver dans la pensée somme toute austère de la jeune docteure de Lisieux ?

Éditions du Carmel, Paris, février 2023

784 pages · 27,00 EUR

Dimensions : 15 x 20 cm

ISBN : 9782847138139

9782847138139

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