Un périodique unique en langue française qui éclaire et accompagne des engagements toujours plus évangéliques dans toutes les formes de la vie consacrée.

Les Franciscains à la rencontre des cultures

Vincenzo Brocanelli

N°2007-2 Avril 2007

| P. 83-94 |

Modérateur général pour les missions, l’auteur expose comment la conscience missionnaire de la toute la famille franciscaine rejoint aujourd’hui le modèle proposé par François dans la rencontre de Damiette : « sans procès ni dispute », « annoncer la Parole de Dieu », ou encore, rencontrer l’autre et cheminer avec lui. Ainsi les jeunes franciscains sont-ils formés, dans la diversité des cultures, à « devenir des artisans de réconciliation et de fraternité universelle.

Pour les frères franciscains résonne encore clair et fort la parole de François : le Seigneur « vous a envoyés dans le monde entier pour que, de parole et d’action, vous rendiez témoignage à sa parole et que vous fassiez savoir à tous qu’il n’y a de Tout-Puissant que lui [1] ». Cette vocation a alimenté une forte conscience missionnaire chez François. Ce qui lui a conféré un dynamisme spirituel, de l’audace dans les initiatives et de la créativité dans les formes, la sollicitude et la mobilité nécessaires pour s’adresser à tous, des simples fidèles aux gouvernants, à travers tous les pays, de l’Europe à l’Afrique, du Maroc à l’Égypte.
Cette même conscience anime la famille franciscaine de nos jours. Celle-ci est en train de renouveler son engagement à témoigner de l’amour de Dieu pour toute l’humanité, de tracer de nouveaux chemins pour rejoindre l’homme contemporain et d’offrir une préparation adéquate à ceux qui se sentent appelés à la même vocation que celle de François d’Assise ; ce sera le plan de notre réflexion [2].

Les changements actuels

Les sociétés occidentales sont de plus en plus et vraiment multiculturelles : elles connaissent un processus accéléré de globalisation. Nous vivons en Europe une période de changements rapides et radicaux, ou plutôt, selon certains intellectuels, nous vivons un changement rapide et radical d’époque. Le contexte actuel où nous sommes appelés à vivre et vers lequel nous sommes envoyés pour y témoigner de notre foi et de notre espérance est le pluralisme culturel et religieux. « Le pluralisme constitue une chance pour la mission, parce qu’il invite à percevoir l’altérité et la diversité comme un espace possible de rencontre et de solidarité [3] ».
L’évolution des sociétés et des cultures a produit plusieurs dé-placements d’accents et de perspectives dans la vision de la mission à l’intérieur même de l’Église. Aujourd’hui nous sommes passés des missions de l’Église, comme activité particulière parmi tant d’autres, à une Église entièrement missionnaire dans son être fondamental. Nous sommes passés de petits groupes de personnes spécialisées qui s’en vont vers d’autres cultures et territoires (les « missionnaires ») à une responsabilité missionnaire commune à tous les chrétiens, hommes et femmes, à tous les baptisés. Nous sommes passés d’une conception géographique de l’évangélisation (les « territoires de mission ») à une vision anthropologique, dans laquelle le terme est l’autre, la personne humaine, avec sa culture et sa sensibilité religieuse partout où elle vit. Nous sommes passés d’une méthode d’enseignement de la doctrine catholique au partage d’une expérience de foi. Nous sommes passés d’une attitude de supériorité (de celui qui amène la vraie civilisation) à une attitude de respect, d’écoute et de valorisation de l’autre.
Envoyés par François d’Assise deux à deux, vers les quatre points cardinaux, les Franciscains sont présents aujourd’hui sur tous les continents parce que leur cloître, c’est le monde. Et leur présence est insertion parmi les gens, partage de la foi, dialogue, solidarité avec les pauvres, collaboration pour la réconciliation et pour la paix. Même dans notre monde occidental, où la société devient de plus en plus pluraliste, les Franciscains sont appelés à accueillir toute personne, peu importe sa culture ou sa religion, à travailler pour construire ensemble une nouvelle fraternité universelle.

La méthode franciscaine de la rencontre

Comment les Franciscains entrent-ils en relation avec les différentes cultures et religions, avec les personnes qui sont porteuses de cultures et de religions diverses ? Les différents termes ne peuvent se conjuguer que sous forme de rencontres où chaque partenaire est respecté dans sa spécificité. La catégorie de la rencontre est celle qui répond le mieux à l’exigence de tolérance et de cohabitation, au besoin de reconstruire l’unité des sociétés dans le respect des diversités [4], et elle exprime le style franciscain d’aller vers les autres.

L’icône de Damiette
Dès qu’il a reçu le don des premiers compagnons, François d’Assise les a envoyés deux par deux vers les quatre points cardinaux pour annoncer la paix et la pénitence (1208). Depuis lors, les Franciscains ont continué à marcher sur les routes de l’Italie, puis de l’Europe et même au-delà, vers l’Occident et vers l’Orient, jusqu’à quitter la chrétienté pour parvenir dans les mi-lieux arabes et musulmans (1220 : les premiers Franciscains arrivent à Marrakech, au Maroc, où ils trouveront le martyre). François lui-même, poussé par l’amour du Christ et le désir du martyre, a osé traverser les armées des chrétiens et des musulmans au proche Orient pour arriver en Égypte et y rencontrer le sultan Melek-el-Kamil à Damiette, en l’année 1219. Le voyage très risqué de François dans le campement du Sultan à Damiette est apparu à ses contemporains, et aussi à certains historiens d’aujourd’hui, comme insignifiant, sinon comme un véritable échec. En effet, François n’a pas subi le martyre qu’il recherchait et le Sultan ne s’est pas converti au christianisme.
Mais à Damiette a eu lieu un miracle, celui de la rencontre pacifique entre deux personnes, deux croyants appartenant à deux cultures et religions différentes, symboles de deux mondes en conflit. Ce fut le miracle de la rencontre dans le respect de la diversité, dans le dialogue et le partage, « sur la rive de l’autre [5] ». La rencontre de François avec le sultan à Damiette est aujourd’hui l’icône de la mission franciscaine. Cette expérience a tellement marqué François qu’elle lui a inspiré le chapitre 16 de la première Règle, dans laquelle le Poverello présente le « Statut » ou pro-gramme et méthode pour les frères qui veulent aller vivre parmi les peuples d’une autre religion. L’expérience des origines nous a laissé des points de repères très caractéristiques et très actuels.

« Aller » (1 Règle 16,3.5)
François parle explicitement – et il est le premier à le faire parmi les fondateurs d’Ordre qui l’ont précédé – « de ceux qui vont parmi les Sarrasins et autres infidèles ». Le verbe clef est le suivant : « aller », qui unit dans un même thème les trois chapitres 14, 15, 16 de la première Règle, et qui exprime la caractéristique fondamentale de la mission franciscaine : les frères « vont » de par le monde (chap. 14-15) et ils « vont » aussi au-delà de leur religion et de la chrétienté.
À travers cet « aller », le Frère mineur construit des relations interpersonnelles avec tous ceux qu’il rencontre sur son chemin. Et il est bien possible que le premier pont humain à construire soit justement les relations interpersonnelles entre des individus et des groupes séparés ou en conflit.

« Comme des brebis au milieu des loups » (1 Règle 16,1)
Le chapitre 16 de la première Règle s’ouvre par une citation de l’évangile de Matthieu : « Voici, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme des serpents et simples comme les colombes » (Mt 10,16). C’est la phrase évangélique qu’il avait entendue onze ans auparavant à la Portioncule et qui l’avait touché au point de le faire changer de vie [6]. Selon saint Bonaventure, sur le chemin vers Damiette, François aurait eu l’intuition que dans l’action qu’il entreprenait s’accomplissait exactement la phrase de l’Évangile : « Voici, je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups [7]. » Réfléchissant sur son expérience à Damiette, François se reconnaît et s’identifie quasi dans ce trait évangélique.

« Par divine inspiration » (1 Règle 16,3)
Les frères ne vont pas et n’agissent pas de leur propre initiative, mais sur ordre du Seigneur (« par inspiration divine »). Le Seigneur – et non pas un projet politico-ecclésiastique – est à l’origine de leur mission et de son contenu. La réalité et la forme de leur mission dérivent des paroles du Seigneur. L’aller en mission constitue une vocation particulière, un appel auquel le Frère doit donner sa réponse, rapide et responsable.

« Ceux qui vont parmi (inter) les Sarrasins » (1 Règle 16,3)
Les frères ne vont pas pour se battre (contra) contre les Sarrasins, mais pour vivre au milieu (inter) d’eux, pour partager leur vie et leur travail en visant la paix. Les frères refusent la guerre et la violence, au contraire ils veulent construire une solidarité fraternelle comme condition d’une vraie paix.

« Se comporter spirituellement » (1 Règle 16,5)
Les frères ne suivent pas l’esprit du monde, ils ne partent pas avec les armes et la force du pouvoir pour défendre ou reprendre une propriété. Ils vont vivre « dans l’Esprit du Seigneur », sans moyens et sans pouvoir, pour vivre spirituellement parmi eux en toute humilité et patience dans l’Esprit du Seigneur, et ainsi concrétiser la paix vraie et pure de l’Esprit (17,15) : la paix que le Seigneur a donné aux frères comme salut (14,2) et comme mission attestée par les œuvres (17,3).

Première manière : « Ne faire ni procès ni disputes » (1 Règle 16,6)
La manière pacifique de se comporter des frères est une marque générale de la manière d’aller de par le monde (cf. Rb 11,1-2 ; Rb 10,2-3). Dans le contexte des Sarrasins, le comportement pacifique indiqué par François signifie un choix précis, qui exclut toute forme de lutte violente ou apologétique.
Selon Jacques de Vitry, la présence exemplaire et pacifique des frères parmi les musulmans, accompagnée par la parole, suscitait la bienveillance et la réceptivité, tandis que la dispute provoquait le refus et la violence : « Tous les Sarrasins écoutent les dits frères mineurs tandis qu’ils annoncent librement la foi au Christ et la doctrine évangélique, mais seulement jusqu’à ce que, dans leur prédication, ils commencent à contredire ouvertement Mahomet comme trompeur et perfide. Alors ces impies s’insurgent contre eux, les frappent et les chassent hors de leurs villes ; et ils les tueraient même, si Dieu ne les protégeait pas de manière prodigieuse [8]. »

« Être soumis à toute créature humaine » (1 Règle 16 6)
« Subditus » est un terme clé dans la spiritualité franciscaine. Dans le testament (v. 23), François lui-même rappelle : « Nous étions illettrés et soumis à tous (subditi). » « Alors que l’Église officielle fait la guerre au nom du Christ et de l’Évangile, François proclame que “l’être soumis” est la première et la plus importante forme d’activité missionnaire » (Leonhard Lehmann).
François et ses frères vivent une situation d’humble présence, d’insertion au sein d’un autre peuple, d’acceptation des conditions de vie, des institutions publiques et des lois locales ; ils vont servir les pauvres et les pauvres eux-mêmes leur diront ce qu’ils doivent faire, ils vont sans programmes préfabriqués parce qu’ils leur seront présentés par les pauvres qui sont leurs maîtres. François veut « obéir » à la situation missionnaire, et veut d’abord « obéir » à l’Esprit et refuse donc le pouvoir, la supériorité, la violence, etc.

« Qu’ils confessent qu’ils sont tous chrétiens » (1 Règle 16,6)
Même si la première forme de mission du franciscain, c’est la pure présence, la proclamation silencieuse, il reste cependant lui-même et affirme son identité chrétienne personnelle. Il s’agit d’une « confession » par les œuvres, d’une confession qui se démontre par l’exemple de la vie.

Deuxième manière : « Qu’ils annoncent la Parole de Dieu » (1 Règle 16,7)
Dans la mission existe aussi la proclamation explicite, par la Parole de Dieu (et pas tellement avec ses propres mots ou par la diffusion d’idéologies). La mission est l’envoi pour annoncer la Parole, la bonne Nouvelle du Royaume de Dieu. Alors la parole ne sera que l’explication d’une réalité déjà vécue, une « invitation » à l’écoute, et aussi l’acceptation, mais sans obligations contraignantes ni pressions.

« Quand ils verront que cela plaît au Seigneur » (1 Règle 16,7)
Le moment propice sera indiqué par le Seigneur lui-même. Ce n’est pas toujours ni partout que l’on peut ou qu’il est opportun de parler en public de l’Évangile. Il faut toujours avoir l’oreille de l’esprit attentive aux signes que le Seigneur voudra nous donner : il convient de toujours discerner et de savoir lire les « signes des temps ».

« Ils ont abandonné leur corps au Seigneur… » (1 Règle 16,10)
Le missionnaire franciscain donne tout de lui-même, toute sa personne est mise à la disposition du projet de Dieu. Il y aura des difficultés, des souffrances, des refus, peut-être même des persécutions jusqu’au martyre : au moment de partir, le missionnaire s’est déjà donné entièrement. Et en temps de difficulté le Seigneur lui donnera la force nécessaire pour faire face au moment difficile qu’il doit affronter en demeurant fidèle à sa vocation.

La mission comme rencontre

L’expérience et l’enseignement de François d’Assise peuvent se résumer dans la catégorie de la rencontre. Vivre le commandement de Jésus, partir pour la mission évangélique, c’est aller construire des rencontres toujours nouvelles et interpersonnelles, rencontres avec tous et dans toutes les parties du monde. La manière de construire et de vivre ces rencontres selon l’esprit de l’Évangile et suivant les indications de François d’Assise, peut se synthétiser dans les points suivants.

La personne en premier lieu
Pour construire une relation authentique, il faut avant tout respecter la personne de l’autre, sans préjugés. Les franciscains ne privilégient aucune activité et n’imposent pas une doctrine, mais recherchent l’homme, la personne. Ils vont chez les gens, vers l’autre, ils considèrent chaque homme, chaque femme sans distinctions comme un frère ou une sœur parce que fils et fille du Dieu unique qui est notre Père. Les franciscains respectent chaque personne parce qu’ils découvrent en chacune le bien qui s’y trouve déjà et qui est l’œuvre du Dieu unique : c’est pourquoi il établit une relation « évangélique » avec tous, se faisant accueil, écoute et en développant des attitudes de sympathie et de courtoisie. Pour les franciscains, la personne compte d’abord et cela bien plus que la culture, l’éducation, le credo religieux.

Accueillir et respecter l’autre
Selon l’indication de saint François, nous allons parmi les gens, même parmi les non-chrétiens, et nous cherchons avant tout à établir des rapports de respect et de confiance. Les franciscains assument avant tout un regard positif sur l’autre, découvrent et reconnaissent les valeurs que l’autre porte en lui, le respecte. Et tout cela « pour l’amour de Dieu [9] », à cause de Dieu, parce que le bien procède de Dieu et doit se rendre à Dieu [10].
Respecter l’autre veut dire également respecter les voies particulières propres à la destinée de chaque individu. Comme le dit François, nous devons tous les accueillir, en tant que franciscains et chrétiens, confessant notre identité et respectant celle des autres. En cherchant et en travaillant ensemble, nous dé-couvrirons un jour une autre identité plus fondamentale et commune à tous, parce qu’universelle.

Vivre le partage
La réciprocité vécue à Damiette devient pour nous partage de la vie quotidienne, dans le sens qu’elle se fait « proximité » avec l’autre – ce qui veut dire pénétrer dans la condition de l’autre – et vit la « compassion », cette compassion par laquelle chacun prend en charge le poids et la recherche d’autrui. Chaque fois que François rencontrait quelqu’un, il partageait aussitôt quelque chose, parfois un morceau de son habit avec un pauvre, ou bien un geste de solidarité et d’amitié fraternelle, ou encore une prière ou un témoignage de foi et d’espérance.
L’essentiel de chaque rencontre, c’est de se rendre solidaire des faiblesses, des difficultés de l’autre. Accueillir et rencontrer, c’est partager son temps, sa compétence professionnelle, sa foi et – si nécessaire – partager aussi ses biens avec l’autre. Et le partage avec l’autre nous conduit à la vision de la mission comme « réciprocité ». Il n’y a pas de mission sans réciprocité, ce qui comporte la rencontre de l’autre. Une rencontre avec l’autre dans son histoire, dans sa mémoire et dans le récit qu’il peut faire de sa vie ; une rencontre où chacun prend un peu ses distances par rapport à ses propres sécurités ou ambiguïtés religieuses ; une rencontre où les blessures, les faiblesses et les limites des uns et des autres s’ouvrent au pardon de Dieu ; une rencontre à travers laquelle on recommence ensemble à construire le Royaume de Dieu sur terre [11].

Cheminer en compagnie de l’autre
Quand on rencontre quelqu’un, on fait un peu de route ensemble. Les franciscains qui rencontrent l’autre, se mettent en route avec lui dans la solidarité et dans la recherche d’une voie concrète de libération et de croissance intégrale. Nous, les franciscains, nous avons la vocation de cheminer en compagnie de tous, sans distinctions, pour construire ensemble une société plus conviviale, plus fraternelle, une société nouvelle où il y aura de la place et du respect pour tout un chacun.
Dans la vie de François, chaque rencontre fut l’occasion d’une nouvelle conversion ou d’une purification et d’une croissance spirituelle. Même nos rencontres, qu’elles soient de solidarité ou multiculturelles ou interreligieuses, contiennent un appel à la conversion intérieure. En découvrant et en accueillant les valeurs humaines et spirituelles vécues par les frères que nous rencontrons, même très différents, nous sommes provoqués à redécouvrir la beauté et la profondeur de notre foi, à la vivre avec plus de fidélité. Dans chaque rencontre, tous – que nous soyons chrétiens ou non – nous sommes appelés à enta-mer une démarche de conversion, chacun suivant le chemin qui lui est propre.
Grâce à l’autre que nous rencontrons, nous renouvelons aussi notre foi. « Le contact avec d’autres est stimulant. Il est vrai qu’il peut nous faire dévier, dans le sens étymologique d’éloigner du chemin qu’on suivait. Mais il peut aussi jouer le rôle d’une révélation et nous aider, chacun d’entre nous, à poursuivre notre propre chemin avec plus de vérité [12]. » Notre rôle primordial n’est pas tant de convertir les autres, mais de nous convertir avec eux, « pour se convertir ensemble à la nouvelle création. Il n’y a plus de “nous et eux”, la barrière a disparu dans l’interdépendance et l’espérance commune. L’autre est celui qui me manque pour que je sois ce que je suis. L’autre est celui qui me fait communiquer avec Dieu quand je m’efforce avec lui de découvrir le pro-jet du Père. L’autre m’est envoyé comme je suis envoyé à lui [13] ».
Cheminer ensemble signifie aussi vivre une sorte d’émulation dans le bien. Frère Jean-Mohammed Abd-El-Jalil, Marocain converti et devenu par la suite Frère mineur (1904-1979), témoin et protagoniste de la rencontre entre musulmans et chrétiens, a écrit dans son testament spirituel : « Nous devons approfondir et intensifier le sens du bien dans le monde…croire à cette force de Dieu, dont le foyer de conservation et d’irradiation est l’Église : et nous offrir nous-mêmes comme guides intermédiaires pleinement conscients et actifs (…) Entrer dans une noble émulation : en nous efforçant avant tout de leur rendre plus accessible la vérité complète, sous une forme qui réponde à leur culture spécifique [14]. » Favoriser et vivre les rencontres signifie aussi être vraiment Église, ce qui veut dire être « sacrement de la rencontre avec Dieu ».

Conclusion

C’est cette conscience et cette méthodologie missionnaire, à la suite de l’exemple de François d’Assise, que nous voulons transmettre à nos jeunes frères. À Bruxelles nous préparons nos jeunes missionnaires dans une fraternité internationale, multi-culturelle et inter-franciscaine (Frères mineurs, Conventuels, Capucins) pour apprendre à vivre l’unité du charisme et de la mission dans la diversité des cultures et de formation franciscaine. Ainsi demain, ils seront capables de devenir des artisans de ré-conciliation et de fraternité universelle. Les frères sont aussi accompagnés dans la rencontre de groupes et de personnes de cultures et religions différentes présents dans la ville de Bruxelles. Il ne s’agit pas de donner beaucoup de notions culturelles, mais plutôt de construire les personnes, de leur donner la possibilité de s’ouvrir vers l’autre, d’apprendre aux jeunes à avoir un regard positif, à valoriser les aspects positifs d’une autre culture ou sensibilité religieuse, et à vivre de manière positive les « chocs » culturels. Les franciscains sont envoyés pour développer et compléter par l’Évangile tout le bien qui existe dans l’autre et qui vient toujours de Dieu. Ainsi les jeunes frères apprennent à travailler avec toutes les personnes de bonne volonté pour construire ensemble les valeurs du Royaume de Dieu.

[1LOrd 9.

[2Conférence donnée en l’église Notre-Dame du Chant d’Oiseau, à l’occasion du congrès Bruxelles-Toussaint 2006.

[3C. DOTOLO, « Pluralismo e missione, questioni introduttive », in Euntes Docete I, 2005, p. 14.

[4Cf. M. AMALADOSS, Comment conjuguer unité et pluralité, Ed. de l’Atelier, Paris, 1997.

[5Cf. J. GWENOLE, Rencontre sur l’autre rive, Ed. Franciscaines, Paris, 1996.

[6Cf. 1 Cel 29.

[7LM IX,8.

[8J. DE VITRY, Historia Occidentalis, chap. 32,15.

[91 Règle 16,6.

[101 Règle 17,17-19

[11Cf. M. PIVOT, « Mission en réciprocité », in Spiritus, septembre 2004, p. 327.

[12G. COMEAU, Grâce à l’autre. Le pluralisme religieux, une chance pour la foi, Ed. de l’Atelier, Paris, 2004, p. 6.

[13P. LEFEBVRE, in Spiritus, sept. 2002, p. 341.

[14I francescani in Marocco. Vivere l’incontro con l’altro, Roma, 2004, p. 175.

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