Un périodique unique en langue française qui éclaire et accompagne des engagements toujours plus évangéliques dans toutes les formes de la vie consacrée.

La vie dans l’Esprit

Albert Chapelle

N°2003-2 Mars 2003

| P. 113 -121 |

Le texte du père Chapelle que l’on va lire, sobrement intitulé « La vie dans l’Esprit », est un inédit qui nous a été confié. C’est avec une grande joie et en reconnaissance profonde que nous le publions in memoriam. Ce n’est pas un « traité » de spiritualité chrétienne, mais il offre le déploiement de ce qui en fait son essence théologale au fondement de toutes spiritualités singulières historiquement nées d’une actualisation charismatique de l’Évangile. « La vie spirituelle du chrétien catholique récapitule en des gestes et des paroles l’histoire du salut, la dispensation de la révélation. » On trouvera cette proposition organiquement déployée en quatre titres : Histoire et Esprit, Le Christ, L’Eucharistie et La vie trinitaire. La concision, diamantine, et la densité pourtant très simple de l’énoncé font de chaque phrase, de chaque mot, une invitation à une action de grâce éblouie en présence de cette participation inouïe à la vie divine offerte à chacune de nos vies, à chacune de nos morts.

La « spiritualité » chrétienne ne peut être justement caractérisée comme expérience, idéologie ou culture. Le terme paraît aujourd’hui incertain, car il suggère des théories et des pratiques de type religieux sans indiquer pour autant la vie dans l’Alliance et l’Esprit de Dieu.

La vie spirituelle du chrétien catholique récapitule en des gestes et des paroles l’histoire du salut, la dispensation de la révélation. Chacun est appelé à vivre singulièrement la plénitude de l’économie divine. La vie dans l’Esprit est communication à chacun pour tous de la totalité du Mystère.

C’est dans la foi que se reçoit la vie dans l’Esprit Saint ; c’est dans la lumière de la foi qu’elle se laisse penser. L’expérience individuelle ou la psychologie religieuse sont inadéquates à l’aperception de la communion à la vie divine accordée aux fidèles de notre Seigneur Jésus Christ. La vie chrétienne ayant part au mystère de Dieu est aussi mystérieuse que lui. Elle a part sans réserve à la plénitude de sa grâce ; mais la conscience qu’elle a d’elle-même est toujours inadéquate au mystère qui la suscite, l’habite et l’attire. Les souvenirs et la compréhension d’un chacun sont conditionnés par nos particularités humaines. Seule la lumière de la foi dans la révélation divine recueillie dans l’Écriture et la Tradition enseignent au chrétien ce qu’il vit. Seule la foi lui donne accès au secret de sa vie dans l’Esprit.

Pour méditer théologiquement la « spiritualité chrétienne », notre vie dans l’Esprit Saint de Jésus Christ, nous laisserons notre regard suivre le mouvement de la révélation divine. Il caractérise en propre la vie spirituelle du chrétien et son intelligibilité. Notre réflexion s’articule dès lors dans les moments suivants. La vie spirituelle nous a été donnée dans l’histoire sainte (1) ; elle est récapitulée dans le Christ Jésus (2) ; offerte et célébrée dans l’Eucharistie de l’Église (3) ; elle est communion à l’intimité trinitaire (4).

Le dessin esquissé laisse deviner ce que notre propos ne détaillera pas : l’agir chrétien soutenu par les vertus, les dons, les béatitudes et les fruits de l’Esprit : par vie dans l’Esprit Saint, nous entendons davantage ici l’être chrétien, la source de son agir. Nous n’évoquerons guère non plus les actes habituels de la vie chrétienne : la prière et les gestes de la miséricorde spirituelle ou corporelle. Nous méditons théologiquement le mouvement qui anime la vie spirituelle de chacun, tout comme il s’est déployé et se condense dans l’économie du salut.

Histoire et Esprit

Le don de l’Esprit nous prévient comme une grâce, il nous précède dans l’histoire. La vie spirituelle ne s’improvise pas, elle ne se tire pas d’elle-même, elle ne boit pas à sa propre source. Elle se reçoit d’en Haut ; elle jaillit comme toute vie des générations et des enfantements de l’histoire.

L’histoire sainte est le déploiement de la prévenance divine qui s’est révélée depuis la création et l’élection d’Abraham. Elle se laisse reparcourir tout entière par ceux que Dieu appelle à rejoindre le don originel et à reconnaître l’élection dont ils sont gratifiés. Comme l’histoire sainte, la vie spirituelle est choix de Dieu, promesse et accomplissement, défaillance et repentir, rupture et renouvellement de l’Alliance indéfectible. Comme toute l’histoire sainte, notre vie spirituelle est enracinée dans une humanité blessée, mais toujours vivace, encore et toujours à éduquer à la sagesse. Comme l’histoire sainte d’Israël, la vie spirituelle de chacun s’inscrit dans la chair et reçoit d’elle de paraître au jour de son Créateur. C’est grâce à autrui que l’histoire se construit, c’est d’autrui, de qui nous précède, nous instruit et nous enseigne, que s’édifie chaque vie chrétienne.

Cette docilité à la tradition reçue des anciens ne caractérise pas seulement la perpétuelle « deutérose » (du grec deuterosis, répétition, ndlr) qui a façonné l’histoire du peuple de Dieu dans l’Ancien et le Nouveau Testament. La même docilité à la voix vivante de l’Évangile qualifie l’humilité constitutive de la vie dans le pardon et l’espérance. C’est par l’Esprit Saint et suivant l’histoire de ses opérations salutaires que la vie chrétienne se laisse conduire et initier à la charité.

L’Écriture Sainte atteste cette action de l’Esprit dans l’histoire humaine comme une révélation du Verbe de Dieu dans la parole et l’action des hommes. La vie spirituelle ne peut donc être un cri primai puisqu’elle est réponse articulée à la Parole qui la précède, l’accompagne, la soutient et la rejoint. La vie dans l’Esprit est écoute de la première parole : « Ecoute, Israël, tu aimeras le Seigneur ton Dieu... » et l’histoire sainte n’atteint pas son terme sans que se redouble cet appel à l’amour : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

Tu aimeras..., impossible histoire, don de l’Esprit. Notre vie spirituelle ne s’accomplit pas en se rétractant dans l’indistinction des commencements ; elle est jaillissement, élan et donation jusqu’à la fin. Ce n’est pas le recueillement dans une intériorité vide, le mutisme désaffecté de l’indifférence aux malheurs du monde et au bonheur du chrétien. La vie dans l’Esprit est silence de l’écoute et réponse empressée d’un Fiat : elle est charité.

Telle est la leçon de l’histoire, tel est le fruit de l’Esprit. « Aimez-vous les uns les autres, de l’amour dont je vous ai aimés » (Jn 15,34).

Le Christ

Le commandement nouveau trahit le Cœur dont il jaillit. Il atteste l’Homme Dieu qui aime en homme de charité divine et invite ses frères au même amour. L’ordre de la charité caractérise la vie spirituelle et manifeste la grandeur authentique de notre Seigneur Jésus Christ. La vie dans l’Esprit est vie dans le Christ, par lui et avec lui. Il est le Dieu véritable : l’union au Christ fait la vérité de la vie dans l’Esprit. Le Seigneur qui est notre serviteur souffrant est le Dieu à aimer de tout notre cœur, de toute notre pensée, de toute notre âme et de toutes nos forces ; il est le plus proche et le plus lointain prochain à aimer comme nous-mêmes.

La vie spirituelle est amour du Verbe venu dans la chair. Chacun est retenu par un des innombrables traits de son visage. Il est le sauveur et il est l’époux. Il est le maître et l’ami, le frère et le compagnon. La vie spirituelle de chacun habite comme en son lieu propre, et sans peut-être le connaître, un des mystères de la vie de notre Seigneur, de son Incarnation et de sa Nativité à sa Passion et à sa Résurrection. Sa douceur et l’humilité de son cœur nourrissent notre vie dans l’Esprit Saint.

Cette splendeur se révèle de nuit. Notre vie dans l’Esprit est cachée avec le Christ en Dieu. Son Nom peut être sur nos lèvres sans que nous contemplions sa gloire. Nous l’aimons sans l’avoir vu. Mais ces mystères d’enfouissement du Verbe dans l’enfance humaine et la passion de la mort attestent sa proximité ineffaçable avec la condition humaine. Il ne marque aucune distance et proscrit tout éloignement.

Tout espace imaginé vide en dehors de la présence et de l’action de Jésus Christ est privation de Dieu, extinction de l’Esprit. Sans le Christ, nous ne pouvons rien faire et il n’est point de spiritualité chrétienne. Celle-ci se flétrit et périt quand elle se disjoint si peu que ce soit de sa Source, de son Chef, de sa Tête, fût-ce au nom de l’abstraction du sensible, de la fascination de l’Un, de l’infinité de la pensée ou de l’immensité du cœur. En dehors du regard de Jésus Christ, il n’y a pas de vie spirituelle. Sans la lumière de son visage, la lumière nous est enlevée sur Dieu et sur le monde.

La vie spirituelle du chrétien est cœur à cœur personnel et d’esprit à esprit, le corps à corps de l’homme avec l’Ange. Toute méconnaissance de Jésus Christ est oblitération de la singularité de la personne, et la submersion dans l’impersonnel laisse sans Dieu et sans espérance. La vie spirituelle du chrétien est émergence hors du cosmique ou de l’inconscient, émerveillement de la personne comme être de don. Hors de Jésus Christ, pas de salut pour la personne et pour l’amour. Hors de Jésus Christ, il n’y a pas d’accès à Dieu. Il est le Grand Prêtre de notre unique Sacrifice.

L’Eucharistie

La vie dans l’Esprit est donnée, elle est christique, elle est eucharistique.

La vie dans l’Alliance est accordée dans l’histoire comme la grâce et le sacrement de notre rédemption. Elle s’accomplit dans l’Acte du Christ et le don de l’Esprit. Elle trouve son terme mais aussi sa racine dans l’Œuvre par laquelle se noue, se renouvelle et se consomme l’union à Dieu qui fait notre béatitude. Cette œuvre sainte de la bonté divine est le sacrifice du Christ, si nous en retenons la définition augustinienne (Cité de Dieu, X). C’est dans ce sacrifice que s’ouvre la porte de l’intimité divine et que l’union à Dieu nous est offerte comme le don paternel et fraternel d’une adoption filiale. La vie dans l’Esprit est sacrifice pascal, joie de l’accès à Dieu et à sa charité plus forte que la mort ; épreuve de l’arrachement à l’égoïsme mortifère, délivrance du mal et reconnaissance de la grâce.

La vie morale et l’ascèse chrétiennes demeurent sous le signe de la Croix glorieuse dont l’Eucharistie de l’Église est le mémorial et le sacrement quotidien. La vie dans l’Esprit qui nous assimile à l’acte salvifique de Jésus Christ en déploie la plénitude. L’unique sacrifice du Fils unique ne se répète pas, il embrasse et intègre dans son acte d’offrande tous les frères que le Père lui donne de génération en génération. Elevé de terre, il attire à lui tous les hommes, il leur donne sa vie, partage la charité et fait d’eux un seul Esprit et un seul Corps. Le mémorial sacramentel du sacrifice rédempteur, l’Eucharistie, fait l’Église qu’il rassemble et unit à Dieu.

Celui qui s’est donné une fois pour toutes s’offre tous les jours à la bonté du Père pour nous intégrer dans la même offrande quotidienne. Vivre dans l’Esprit du Christ, c’est être associé, c’est s’associer, à ce geste de réconciliation. C’est chaque jour et en chaque heure recevoir et rendre cette charité créatrice, sans frontière ni mesure.

La vie dans l’Esprit est eucharistique. Elle est coopération volontaire à l’œuvre du salut du monde. Elle est l’élan d’une vie qui se donne en retour, le don du cœur qui rend amour pour amour. Elle est communion ecclésiale à la charité répandue en nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. Par la grâce de l’Esprit, nous portons en notre chair le surcroît de charité dispensé dans la passion du Christ ; nous édifions le Corps. En Lui rassemblés, nous louons – et nous bénissons, nous adorons et nous glorifions Celui par qui, dans l’Esprit Saint, nous recevons le vouloir et le faire. Notre communion se fait le signe et l’instrument de l’Alliance avec notre Créateur et notre Rédempteur. En acte de rassemblement et d’offrande, l’Église fait l’Eucharistie ; elle célèbre le sacrifice qui la sanctifie ; elle rend grâce pour l’Auteur de la grâce qui se la configure et se l’unit comme son Epouse.

La vie dans l’Esprit est don reçu et rendu d’une communion qui ne supporte ni confusion ni séparation. Elle est l’imprescriptible face à face d’une alliance ; elle connaît la distinction et le respect propres à l’union conjugale. La vie dans l’Eucharistie discerne dans le sang répandu le cadeau des épousailles divines. Elle a toujours le violent parfum du sang versé, du martyre. La vie spirituelle n’est pas apatheia insensible, elle frissonne toujours de l’émoi qui implore, intercède, sollicite, quête, demande mais aussi donne et abandonne, puisqu’il est vulnérabilité de l’amour.

L’adoration de l’Eternel dans le temple de l’Église et des âmes est reconnaissance de l’Amour qui meut le ciel et la terre ; elle est offrande propitiatoire et imploration désolée puisque l’Amour n’est pas aimé. Désolation et ténèbres de qui se trouve, dans le repas eucharistique, assis à la table des pécheurs. Consolation et universelle complaisance de l’Esprit puisqu’en chacun des enfants des hommes, le Père des deux reconnaît son Fils Bien-Aimé.

La vie eucharistique est renouvellement incessant et débordement d’un amour qui prend les traits de la pitié, de la compassion et de la miséricorde sans perdre l’élan du don et la joie de l’émerveillement du Créateur devant sa créature, du Père face aux enfants qu’il engendre en son Fils unique.

La vie dans l’Esprit est eucharistique et ecclésiale, offrande mortifiante et communion dans la paix, service d’adoration et d’intercession, joie des épousailles, intimité filiale. La liturgie sacramentelle peut être discrète, même secrète, dans le cœur fidèle ; elle est la source et le sommet de la vie chrétienne : elle donne accès à Dieu. La vie spirituelle est initiation à la vie trinitaire.

La vie trinitaire

La spiritualité chrétienne n’est pas à mesure humaine ; elle n’est pas déterminée par l’expérience corporelle ou psychique. Elle demande la rectitude morale ; elle ne s’y réduit pas ; elle la suscite même plus qu’elle n’en résulte. Elle n’est pas sagesse rationnelle, intuition ineffable, science occulte, pas plus qu’elle n’est ensorcellement du monde ou magie du cœur. Docile au Logos staurou, à la parole de la croix, la vie dans l’Esprit est dans le Fils Bien-Aimé communion à l’intimité du Père. Le Verbe de Dieu a pris chair et s’est fait homme pour que l’homme soit régénéré et divinisé.

Cette communication de la vie divine a le réalisme des plus surprenantes paroles de l’Évangile. Bienheureux les pauvres... Aimez vos ennemis. Elle est participation à la vie de Celui qui est caché en ce monde, à sa providence constante, à sa sagesse créatrice, à sa charité invincible, inépuisable. Les exigences communes de la charité évangélique attestent cette participation à l’amour divin, surnaturel : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés, de l’amour infiniment saint, indéfiniment vulnérable dont je vous ai aimés. Si la patience nous permet de posséder nos âmes, c’est qu’elle a dans l’Esprit l’éternelle assurance du Créateur du ciel et de la terre, de Celui qui appelle par leur nom ses étoiles et ses élus.

La vie dans l’Esprit nous est donnée dans l’histoire, par le Christ, comme l’Eucharistie de son Église ; elle est divinisation et participation par grâce à ce qu’est Dieu par nature. Dieu par participation : tel est notre appel. Nous n’en sommes pas moins hommes, puisque le Christ nous révèle en sa Personne cet admirable échange d’alliance et de noces qui fait de la créature humaine le partenaire tant aimé de son Dieu. Tel est le mystère absolu, tout simple, dont nous sommes redevables, invités à la simplicité du regard qui reconnaît en chaque don le bien unique et premier, en chaque présence la même présence du Père, en chaque œuvre et en toute passion la patience du Verbe incarné, en toute intimité un surcroît de la vie de l’Esprit Créateur.

Pour humaine qu’elle soit, la vie spirituelle n’en est pas moins divine et sainte. C’est une vie ; elle est donc engendrée. Elle naît du Père de toute lumière et de toute bénédiction. Il nous engendre parce qu’il est Père ; Il nous engendre en son Fils unique en qui Il trouve de toujours toute sa complaisance. Fils dans le Fils, un seul et même Fils, telle est par grâce d’adoption la condition des enfants des hommes aimés du Père en Celui qui est par naissance éternelle le Fils tout aimé.

Si notre vie c’est le Christ, c’est pour être un avec Fui et en Fui dans l’amour de Celui qui l’a envoyé. Comme il est un avec son Père et le Père un avec Lui, nous sommes un en Lui, identifiés à Lui par l’Esprit Saint, par l’Amour commun du Père et du Fils. Pas moins aimés que le Christ, puisque tout aimés en Lui, pas moins simples que Lui, puisqu’en Lui, l’unique, uniques comme Lui.

La vie chrétienne eucharistique est dense de l’unité parfaite du Père et du Fils dans l’Esprit de puissance et de paix. Comme Il jaillit de l’Un et de l’Autre en témoin et en gage éternel de leur unité, l’Esprit Saint jaillit de nous qui, aimés dans le Fils, aimons le Père qui nous reconduit à son Fils venu dans la chair. Le Saint-Esprit qui nous habite procède, jaillit du Père et du Fils ; il procède et jaillit aussi de nous, puisque nous ne faisons qu’un seul Fils en Jésus Christ.

Chacun, unique, déploie une singulière nuance de l’amour divin et laisse apparaître sous les yeux émerveillés du Père et du Fils un visage original de l’éternel amour. Dignité singulière de la personne humaine qui, par grâce et dans le Christ, donne au Père d’aimer Celui qu’il engendre et au Fils d’aimer Celui vers qui il se tourne éternellement. Inimaginable responsabilité impartie à chacun par grâce, gratuitement, par surcroît. Dans le Christ, chacun donne au Père d’engendrer et au Fils d’être l’Aimé dans la docilité et l’amour. Dans l’Esprit Saint, chacun par surabondance de la Charité reçoit de donner au Père et au Fils d’être Dieu, notre Dieu.

Les mots défaillent pour dire la simplicité d’un amour éternellement prévenant, toujours inventif, jamais lassé d’être surpris et émerveillé puisqu’il est celui du Père. Simplicité cachée de l’amour dont la sagesse filiale ne se laisse pas surprendre sans se rendre en retour et se donner encore, et rejaillir sans fin, toujours à neuf. Jamais lasse de deviner et d’accourir, de s’abandonner et de se renouveler.

Dans l’intimité de la vie trinitaire, la vie dans l’Esprit unit dans le même élan le Père et ses enfants, le Créateur et toutes ses créatures. La charité célébrée par saint Paul (1 Co 13) embrasse dans le même temps Dieu et le prochain ; c’est celle du Christ et elle nous presse. La spiritualité chrétienne ignore l’indistinction de l’unité abstraite du multiple par l’éros de la raison humaine. Elle vit de l’unité simple et vive dont l’agapè divine connaît la sagesse et le secret.

Le chrétien vit dans la foi. C’est par la foi, dans son obscurité et sa discrétion, que la vie spirituelle se laisse initier au mystère de Dieu et des hommes, au mystère de l’Emmanuel.

Chacun de nous est plus affectivement marqué par tel ou tel trait de l’inépuisable richesse qui fait notre vie. Personne n’éprouve tout ensemble et chaque jour tous les trésors de la sagesse et de la science révélés dans le cœur du Christ. Mais à la louange de la gloire, il nous faut dire la vérité de ce que nous croyons, à. de le ressentir, et nous réjouir du trésor dont nous vivons pour ne pas le gaspiller davantage.

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