Un périodique unique en langue française qui éclaire et accompagne des engagements toujours plus évangéliques dans toutes les formes de la vie consacrée.

La vie spirituelle chrétienne

Enzo Bianchi

N°2000-1 Janvier 2000

| P. 35 -52 |

Baptismale, la consécration religieuse fait entendre, de manière plénière, toutes les harmoniques de la vie spirituelle chrétienne commune. Les moyens qui lui sont appropriés varieront sans doute selon les impulsions spécifiques de l’Esprit et le discernement « du temps où nous sommes ». Le texte du P. Enzo Bianchi, fondateur de la communauté monastique de Bose (Italie) nous provoque à une réflexion en profondeur, en amont des déterminations plus spécifiques de telle ou telle « spiritualité », et qui ne peut que nous conduire à redécouvrir la sève dont se nourrira la variété des fruits.

Je voudrais avant tout tenter de tracer, pour autant qu’il est possible à travers une brève méditation, le profil de la vie spirituelle chrétienne et par conséquent indiquer quels sont les moyens qui permettent de la vivre en plénitude selon la mesure de la foi vécue et des dons reçus. Il importe de dire tout de suite que la vie spirituelle n’est pas une vie en plus ou au delà de la réalité quotidienne, mais qu’elle est vécue dans l’existence humaine de tous les jours, sans évasions et sans exemptions ; on ne doit donc pas l’opposer à la vie matérielle « corporelle », parce qu’étant vécue par un humain, un être terrestre, elle regarde toute sa personne, et même sa chair.

Il faut aussi dire que l’expression « vie spirituelle » est très ample, jusqu’à en être ambiguë, parce qu’elle concerne tous les hommes, chaque homme, qu’il soit croyant ou non, qu’il soit chrétien ou adepte d’autres voies religieuses : en effet, c’est une dimension de l’expérience humaine, justement parce que tout homme vit « spirituellement » [1].

Quand dans l’homme surgit la demande de sens, quand l’homme attiré par la connaissance de lui-même commence à explorer ce qui lui est intérieur, quand il commence à observer le monde, à écouter, à penser, à méditer, à interpréter et par conséquent à choisir, à décider, à assumer des sentiments et des comportements, alors commence en lui la vie spirituelle.

Le fondement de la vie spirituelle est l’exigence de sens qui habite l’homme ; pour trouver ce sens il doit donc chercher, vivre, expérimenter en profondeur : voici pourquoi la vie spirituelle peut aussi être dite vie intérieure. D’ailleurs, quand nous pensons à la vie spirituelle d’une personne, nous cherchons précisément à entrevoir ce qu’il y a de plus profond en elle, ses motivations ultimes, son fondement vital, ses idéaux.

L’oracle de Delphes continue à demander : « Homme, connais-toi toi-même ! » [2] ; il demande une intériorisation, une vie intérieure, une intégration des expériences et des événements vécus pour parvenir, tout en acceptant l’énigme qui nous habite, à interpréter ce que nous sommes. Les demandes : « Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Quel est le feu qui brûle dans notre cœur ? Qui sont les autres pour nous ? » doivent être répétées à l’intérieur de cette structure dialogique intérieure qu’est la conscience et ainsi ouvrir des itinéraires de sens, et donc d’espérance. Et pourtant, si cette vie intérieure ou spirituelle appartient à chaque homme, qui peut, ou bien la développer ou bien la laisser en friche, l’abandonnant, surtout aujourd’hui, « à cette uniformisation de l’intimité à laquelle tendent les sociétés conformistes » (U. Galimberti), la vie spirituelle chrétienne la transcende et n’appartient pas à tous mais à ceux qui « se laissent guider par l’Esprit de Dieu » (cfr Ga 5, 18) : la vie spirituelle chrétienne est donc une vie rendue possible seulement à cause de l’Esprit Saint créateur qui la fait être, qui l’inspire, qui la soutient, qui la porte à une plénitude impossible à atteindre par les forces humaines [3]. Cette vie spirituelle chrétienne a des relations avec la vie spirituelle-intérieure humaine, mais la transcende : elle peut seulement être, en effet, une réponse de foi, d’espérance, de charité à Dieu qui appelle, qui se laisse raconter par Jésus Christ, qui se fait présence efficace dans l’Esprit Saint.

La vie spirituelle chrétienne naît de la parole adressée par Dieu au chrétien dans le baptême : « Tu es mon fils ! », fils dans le Fils Jésus Christ, et donc fils bien-aimé, fils appelé à « respirer l’Esprit Saint », participant ainsi à la vie même de Dieu [4].

Une vie intérieure – et extérieure – animée et régie par l’Esprit Saint est ainsi la vie spirituelle chrétienne qui est narrée ou expliquée par de nombreuses expressions de Paul : « vie cachée avec le Christ en Dieu » (Col 3, 3), vie qui est le Christ lui-même (cfr Col 3, 4), vie de « l’homme intérieur qui se renouvelle de jour en jour » (2 Co 4, 16), « vie nouvelle » dans laquelle le chrétien chemine (cfr Rm 6, 4), jusqu’aux affirmations vertigineuses, quasi indicibles : « Ce n’est plus moi qui vis, mais c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20), et encore : « Pour moi vivre, c’est le Christ et mourir m’est un gain » (Ph 1, 21).

Ici cependant, il faut aussitôt faire attention et veiller à ne pas tomber dans l’équivoque d’une vie qui prétendrait être « spirituelle » seulement à travers l’expérience chrétienne liturgique ou gnoséologique : non ! C’est l’expérience pratique, c’est une science, une connaissance donnée surtout à travers une conformation réelle de sa propre vie à la vie de Jésus Christ.

C’est cette pratique qui fournit les éléments de la spiritualité chrétienne, synergie « de la grâce sanctifiante qu’est l’Esprit Saint » (K. Rahner) et de l’esprit de l’homme avec un « e » minuscule. Mais où commence l’action de l’Esprit de Dieu et où finit celle de l’esprit de l’homme ? Qui peut le dire ? Impossible de circonscrire le domaine de la grâce dans son rapport à l’être humain... C’est une respiration qui est en nous tellement profonde qu’à un certain point, ce n’est plus la nôtre : un autre respire en nous ! « Respirer, ô invisible prière », écrivait Rilke. La prière : gémissement de l’homme ou gémissement de l’Esprit ?

Mais après cette introduction réfléchissons à la vie spirituelle chrétienne, cette vie de Dieu dans la vie de l’homme.

Avec ce que nous avons tenté d’esquisser, il est donc compréhensible que pour la vie spirituelle on ait pensé à préciser un lieu, une source, un organe symbolique : c’est le cœur humain qui a fourni l’image la plus adéquate, pour l’être intérieur le plus profond de l’homme, pour son être faisant palpiter, vivifiant tout le corps, pour son être fragile « de chair [5]... » Ainsi dans la tradition biblique, puis dans la tradition chrétienne, le cœur est l’organe de la vie spirituelle, en tant que siège de la pensée, de la volonté, de l’amour.

Oui, en nous il y a cet espace qui cependant, à cause du péché est réfractaire, contradictoire à l’Esprit Saint, qui est « cœur de pierre » (litho-kardia), « cœur endurci » (sklero-kardia), mais cœur que l’Esprit peut changer avec notre consentement en « cœur de chair » (cft Ez 36, 26 et 2 Co 3, 3), cœur capable dans son intégralité d’aimer Dieu et les frères (cfr Dt 6, 5 et Rm 5,5), cœur qui sait écouter (cfr 1 R 3, 9 et Lc 8, 15), cœur demeure de l’Esprit Saint (cfr Ga 4, 6). Le prophète Isaïe requiert des fils d’Israël qu’ils « retournent au cœur » (redite ad cor : Is 46, 8) et l’apôtre Jacques demande aux chrétiens : « Sanctifiez votre cœur » (Jc 4, 8) : ceci est la vie spirituelle... [6]

Dieu

La vie spirituelle veut être une expérience de Dieu, du Dieu qui, rencontré, connu, aimé, devient celui qui façonne toute la vie du chrétien et lui donne sens. Mais Dieu étant « celui qu’on ne peut voir sans mourir », selon l’adage biblique (cfr Ex 33, 20), « celui que personne n’a jamais vu », répète le Nouveau Testament (cfr Jn 1,18 ; 1 Jn 4, 12-20), comment peut-on en faire l’expérience ? Eh bien, le croyant connaît une expérience qui transcende sa propre intelligence et qui concerne son cœur, sa volonté et son agir, une expérience qu’il traduit avec des paroles humaines : je sens, je crois que Dieu est présent. Il arrive que ces paroles, à certaines heures, « collent » tellement aux sentiments de celui qui croit qu’elles semblent être des récits, des narrations de ce que quelqu’un a vu, elles sont pleines d’autorité et paraissent fiables ; à d’autres moments, prononcées à des heures d’aridité, elles sont si faibles qu’elles donnent lieu au doute. Et pourtant celui qui passe à travers ces terres tantôt luxuriantes, tantôt désertiques continue à croire, à adhérer, à sentir un lien avec le Dieu vivant et se sent témoin de la présence et de l’absence de Dieu, auditeur de sa parole et de son silence...

L’homme est un être quaerens, un chercheur, et dans cette disposition il est aussi capable de Deum quaerere, de chercher Dieu, au moins par le fait que l’altérité radicale signifiée par la mort préside à sa recherche de sens. Cependant dans le christianisme, c’est Dieu qui vient vers l’homme, qui cherche l’homme et lui propose l’aventure de l’alliance ; l’expérience spirituelle dans laquelle c’est Dieu, à travers l’Esprit Saint, qui se fait sentir proche et vivant.

« Dieu personne ne l’a jamais vu, mais le Fils unique engendré qui est tourné vers le sein du Père nous en a fait le récit (exeghésato) » (Jn 1, 18), et c’est grâce à cette explication, à cette icône historique, humaine, vivante (cfr Col 1, 15) que nous pouvons aller à Dieu (cfr Jn 14, 6). Oui, Dieu reste toujours celui qui, le premier, appelle l’homme à lui et l’attire par l’intermédiaire de Jésus le Messie (cfr Jn 6, 44-65), le Fils, en lui disant : « Tu es mon Fils bien-aimé » (Mc 1, 11) et en attendant la réponse-gémissement qui crie : « Abba ! » (reconnaissance de Dieu comme Père) et qui dans l’amour et dans la liberté lui dit : « Me voici, je suis prêt à faire ta volonté ! » (cfr Ps 40, 8 et He 10, 7).

Cette rencontre entre Dieu et l’homme est possible seulement grâce à la puissance de l’Esprit Saint, parce que Dieu est Esprit (Jn 4, 24) et que c’est lui qui rend le chrétien demeure de Dieu, capable de le rencontrer, de l’accueillir [7]. Ce n’est pas tout : l’Esprit qui vient dans le croyant donne lui-même un commencement à la vie spirituelle engendrant l’homme comme fils de Dieu. Cette parole dite par la voix du Père et portée par l’Esprit Saint sur Jésus plongé dans le Jourdain est redite de façon nouvelle au chrétien naissant : voici la vie filiale, voici la vie fraternelle avec Jésus, voici la vie de l’Esprit en nous... Certainement, cette nouvelle création qui advient dans le baptême doit être ensuite assumée par le chrétien, lequel dans la vie doit incessamment consentir au développement cohérent de la grâce sanctifiante ; nous pourrions dire que le chrétien doit tout préparer en soi pour une acquisition cohérente de l’Esprit Saint.

Cependant il faut veiller, surtout de nos jours, à ce que la rencontre avec le Dieu qui vient soit rencontre avec le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob, le Dieu Père de notre Seigneur Jésus Christ, Parole faite chair, le Dieu qui dans l’Esprit Saint nous sauve et nous accorde en don sa propre vie, la vie divine. Ce qui doit être poursuivi dans la vie spirituelle doit être en effet la rencontre avec le Dieu vivant, trois fois saint, c’est-à-dire l’Autre. Vie spirituelle chrétienne, donc : non pas la recherche d’une fusion impersonnelle avec Dieu, mais une vie marquée par l’alliance en tant que rencontre avec une altérité. Il y a beaucoup de voracité religieuse aujourd’hui, également dans l’Église : on recherche plus la religion que la foi, on voudrait un Dieu immédiatement accessible, disponible dans ses opérations, et on rejette l’art de la rencontre et de la communication dans la différence, dans le respect de l’altérité, avec une acceptation des distinctions et de la distance. On rejette en substance la sainteté de Dieu. Cette attitude régressive et narcissique cherche des unions fusionnelles, des rapports qui investissent les sens, un désir d’une unité holistique et impersonnelle... Non, il faut répéter avec force que dans la spiritualité chrétienne, la voie n’est pas celle d’une divinisation facile et impersonnelle, mais un long chemin qui commence avec la régénération par grâce en créatures nouvelles jusqu’à devenir dans le Fils de Dieu à travers une suite du Christ vécue dans l’histoire, dans la communauté des croyants, dans la compagnie des hommes ; c’est aller vers Dieu guidés par l’Esprit Saint. Cette tentation n’est-elle pas en définitive une actualisation de la séduction impersonnaliste, celle de Sabellius ?

Mais il faut aussi dénoncer une autre déviation possible, aujourd’hui, dans ce chemin de la vie spirituelle : celle de chercher Dieu en se fiant à des méthodes d’initiation, à des pratiques mécaniques, à des exercices et des disciplines : toute la recherche et l’acquisition de techniques de méditation et d’ascèse orientales, cette prolifération d’écoles qui assurent un résultat spirituel doit nous rendre vigilants. Certainement, dans la vie spirituelle, une ascèse, des méthodes, des exercices aussi sont nécessaires, mais celui qui sauve, qui porte à la communion avec Dieu, c’est l’Esprit Saint, c’est la grâce, et non ce qui vient de l’homme ! L’orgueil humain porte à penser la vie spirituelle comme une vie dans laquelle nous resterions les protagonistes, une vie marquée par nos œuvres, par nos progrès, par nos contradictions et nos chutes... Mais dans la spiritualité chrétienne résonneront toujours l’exclamation : « C’est par grâce que vous êtes sauvés » (Ep 2,8) et les paroles : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis et vous ai constitués pour que... vous portiez du fruit et que votre fruit demeure » (Jn 15,16). Par conséquent il faut se garder aussi de la tentation pélagienne [8].

L’homme

« Dieu tout en tous » (1 Co 15, 28), c’est le rêve de tous les hommes et c’est aussi la volonté de Dieu : l’homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu (cfr Gn 1, 26) porte en lui cette image qui ne peut absolument pas être détruite ou supprimée par une action humaine. Dans l’homme l’image de Dieu est inaliénable, même si la ressemblance est contredite par la non-reconnaissance du Créateur et par les choix de mort que l’homme fait en méconnaissant le chemin de la vie. Et cette image de Dieu déposée dans le cœur de l’homme est une présence dynamique, efficace, qui demande à l’homme de retourner à Dieu, de retourner au Père, de revenir de cet éloignement dû au péché qui a fait perdre la ressemblance. En Dieu aussi il y a cette passion, cet amour qui veut l’homme en face de lui, capable même de se tenir devant lui dans la communion, de sorte que nous pourrions voir le rapport entre Dieu et l’homme comme une recherche l’un de l’autre, un amour si authentique que chacun est capable de souffrir pour l’autre, une nostalgie de la rencontre, d’une vie de communion entre l’un et l’autre... Oui, Dieu a créé chaque homme dans le Fils (cfr Co 1, 16) et l’a « destiné » avant la fondation du monde (cfr Ep 1, 4-5) à être fils dans le Fils ; et afin que ceci advienne, Dieu a envoyé son Fils pour qu’il devienne homme et que premier entre les hommes il ramène à lui toute l’humanité restituée dans la pleine ressemblance, grâce aux énergies de l’Esprit Saint répandu sur la création.

Il faut à présent parler de ce chemin de retour au Père, de cet itinéraire qu’est la vie spirituelle, un chemin que l’imagination humaine a parfois décrit comme une ascension vers le ciel, une échelle qui de la terre arrive jusqu’à Dieu lui-même, parfois, plus rarement, comme une descente. Peu importe l’image : c’est un passage à accomplir, un itinéraire à parcourir depuis la dissemblance jusqu’à la conformité à Dieu, un retour à réaliser, un exode à vivre qui trouve de toute façon toujours un accomplissement pascal dans la mort. L’homme qui accepte de « cheminer dans l’Esprit » (Ga 5, 16), de vivre une vie sous la seigneurie de l’Esprit, doit accepter de vivre la Pâque dans laquelle il s’offre lui-même en holocauste à Dieu et ainsi se retrouve en lui comme Fils de Dieu lui-même, vivant de la vie même de Dieu.

Un chemin de conversion

La vie spirituelle chrétienne, ici et maintenant, est vécue par des hommes et des femmes dont la foi est le plus souvent reçue par tradition familiale : des chrétiens par conséquent baptisés à la naissance, instruits au catéchisme pour aboutir à la vie ecclésiale. À ceux-là on ne donnera jamais le qualificatif de « convertis », l’événement de la conversion leur faisant défaut, ce bouleversement qui marque un avant et un après. Aujourd’hui cependant réapparaissent à l’horizon ecclésial – et c’est par grâce – des chrétiens qui se disent convertis : soit parce qu’ils ont connu d’une manière imprévisible Jésus et l’évangile, soit parce qu’ils ont mûri lentement cette adhésion au christianisme, ou bien encore parce que, phénomène aujourd’hui important, ils recommencent, réapprennent la voie chrétienne après un long exil loin de la foi et de l’Église. En somme aujourd’hui la conversion réapparaît, et ceci aidera peut-être tous les chrétiens à en comprendre le caractère essentiel, l’absolue nécessité dans la vie chrétienne. En effet les saintes Écritures parlent de la vie des croyants en termes de conversion, de retour (teshuvà-metánoia), donc de changement de direction, de changement de mentalité, de mutation dans le mode de penser et d’agir.

Tous les prophètes ont demandé incessamment aux croyants de se convertir, et le Nouveau Testament s’ouvre avec l’invitation pressante du Baptiste et de Jésus : « Convertissez-vous et croyez à l’évangile ! » (Mc 1, 4 et 15). Au début de la vie spirituelle, il y a donc un acte bien précis du chrétien : la conversion [9]. Ce qui signifie rejet des idoles et acceptation du Dieu unique et vivant (cfr 1 Th 1, 9) ; mais cet événement, qu’on ne s’y trompe pas, est un événement voulu et façonné par l’Esprit Saint : « Fais-moi revenir à toi, Seigneur, et je reviendrai » (cfr Jr 31, 18). Seul l’Esprit peut appeler, attirer à Dieu, lui seul peut donner les énergies nécessaires à ce retour.

Cependant dans la vie spirituelle les idoles auxquelles on a renoncé au début de l’itinéraire de foi sont encore présentes, et le chemin découvre que le péché et la conversion ne sont pas situés dans le passé, comme si dans le présent ne régnait en lui que la grâce, mais que dans la vie quotidienne les idoles séduisent encore, que d’autres idoles surgissent et qu’on expérimente leur esclavage. Péché, conversion et grâce coexistent dans le chrétien, et sa vie spirituelle apparaît donc comme une lutte contre les idoles, une décision et un acte de rejet et d’adhésion à la volonté de Dieu, présence efficace de l’Esprit lui-même qui est « rémission des péchés » [10] et vie divine. Oui, effort et grâce caractérisent la vie spirituelle, parce que le chrétien a toujours besoin de conversion (cfr Lc 15, 7), mais toujours il rencontre celui qui est venu pour rendre possible le retour au Père. On n’est pas croyant une fois pour toutes, sinon dans le sens qu’il y a déjà un acte d’adhésion au Seigneur voulu comme définitif, un acte scellé par le baptême mais qui n’a pas rendu inaccessible au péché.

La vie spirituelle est donc avant tout la vie d’un pécheur pardonné, d’un pécheur qui retourne à Dieu. Il y a un enseignement touchant la vie spirituelle des moines qui vaut pour le chrétien : « On demanda à un moine ancien : “ Abba, que faites-vous ici dans le désert ?” L’ abba répondit : “Nous tombons et nous nous relevons, nous tombons et nous nous relevons, nous tombons encore et nous nous relevons encore” » [11].

Aucune illusion, donc, et aucun idéalisme : la vie spirituelle chrétienne n’est pas une incessante montée vers le haut, elle n’est pas un chemin de perfection après un non au péché prononcé une fois pour toutes au début, mais elle est cet incessant retour à Dieu, cet art qui consiste à retrouver la conformité au Christ, ce recours constant au calice du Christ qui purifie dans son sang nos péchés. C’est précisément pourquoi Grégoire de Nysse a dit que celui qui se lève doit toujours se relever, et celui qui court vers le Seigneur ne manquera jamais devant lui d’espace pour courir... Dans la vie chrétienne en effet on va « de commencement en commencement à travers des commencements qui n’ont pas de fin » [12].

Par conséquent la vie spirituelle doit être avant tout « une vie de conversion en acte », il s’agit de céder continuellement à la grâce qui nous attire et nous sauve, il s’agit de nous relever continuellement du péché qui nous domine. L’Esprit Saint qui est en nous n’est pas seulement le maître dans cette lutte, mais lui-même lutte en nous, en renouvelant toujours notre personne afin qu’elle puisse être, en dépit de nos contradictions, demeure de Dieu.

Retour au Dieu vivant et vrai, à celui qui nous a donné la vie, qui nous a aimés le premier, qui nous attire à lui...

La suite de Jésus le Seigneur

Dans ce chemin de retour au Père, le Seigneur Jésus nous précède. Il a fait connaître tout ce qu’il a appris du Père et nous propose de le suivre : « akoloúthei moi ! », « Suis-moi ! » Cette parole continue de retentir dans le cœur de beaucoup de chrétiens : il s’agit, dans la vie spirituelle, d’écouter cette voix comme un appel très personnel, il s’agit d’adhérer à elle avec amour et liberté, il s’agit de saisir cette voix comme une voix « pour moi », indiquant une forme de suite du Christ qui m’est demandée à moi ! L’appel n’est jamais un appel général, impersonnel, et encore moins un appel légitimé par l’utilité de l’Église et de l’humanité... C’est toujours un événement dans lequel la parole très personnelle du Seigneur Jésus demande d’être là où il se trouve (cfr Mc 3,14 et Jn 12,26), demande de le suivre « partout où il va » (Ap 14,4).

Ainsi la vie du chrétien « est cachée avec le Christ en Dieu » (Col 3, 3), parce qu’elle est la vie même de Jésus ; c’est adopter ses pensées et ses sentiments (cfr Ph 2, 5), c’est « marcher [se conduire] comme lui-même a marché [s’est conduit] » (1 Jn 2, 6), c’est se tenir dans le monde au milieu des frères « en faisant le bien » (Ac 10, 38), c’est vivre et mourir comme lui-même a vécu et est mort. La vie spirituelle consiste alors à vivre l’existence humaine comme Jésus l’a vécue, en parfaite obéissance à Dieu et dans une extrême fidélité à la terre, c’est-à-dire dans l’amour sans limite et sans condition. Voilà pourquoi tous les hommes peuvent, s’ils le veulent, vivre en plénitude la vie spirituelle : elle n’est pas une « autre » vie, elle n’exige pas de sortir du monde, ni d’oublier la chair faible marquée par le péché, la chair qu’est l’homme : non, c’est vivre la vie humaine comme une œuvre d’art et découvrir que c’est le chef d’œuvre chrétien que Dieu attend de nous et qu’il nous a donné dans l’existence humaine de Jésus.

Il faudrait répéter aujourd’hui que l’existence humaine de Jésus a été une existence bonne, une existence vécue en plénitude et, qu’il me soit permis de dire, une existence « heureuse », dans laquelle l’amour devient un chant de communion, l’espérance une conviction jusqu’à la fin, la foi une adhésion jour après jour à son propre être de créature en face du Créateur [13]. La suite de Jésus, c’est aussi regarder le ciel et tenter d’en lire les signes, c’est aimer les fleurs des champs, c’est s’asseoir à la table joyeuse des amis et de ceux qui savent accueillir, c’est vivre avec les autres une aventure d’amitié dans la poursuite d’un projet commun... Certainement, à l’horizon de la suite de Jésus, il y a la croix, mais nous devons la regarder à travers celui qui y est monté et non l’inverse ! C’est lui, Jésus, qui sur la croix dévoile la gloire authentique : c’est-à-dire l’humilité de Dieu, son amour fou pour nous, sa capacité de souffrir par amour pour nous...

Voilà pourquoi dans la vie spirituelle, cette suite requiert comme condition qu’on l’assume jour après jour, sans reculer devant la fatigue et la douleur parfois nécessaire, mais dans la liberté et par amour, séduits, vaincus par l’amour de Dieu manifesté en Jésus. Parce que celui qui ne vit pas la suite en fils libre, mais en esclave, tôt ou tard s’en va et ne demeure pas toujours auprès du Seigneur (cf. Jn 8, 35).

Il ne faut jamais oublier que la suite peut seulement être vécue dans la lumière pascale de la résurrection... Nous avons droit, certainement, de nous inspirer de Jésus dans son existence humaine et de toutes les étapes qu’il a connues dans son évolution, pour en recevoir enseignement et instruction, mais notre acte de foi en lui peut seulement trouver fondement dans la résurrection ! Une vie spirituelle qui veut être suite de Jésus doit veiller à ne pas devenir « imitation de situations humaines » : on risquerait de chercher parmi les morts celui qui est vivant, et ce serait une régression au lieu d’être une communion avec lui, une croissance pour rejoindre sa stature.

L’Esprit Saint, « compagnon inséparable » [14] du Christ pendant toute sa vie, est aussi pour nous celui qui nous accompagne dans la connaissance du Christ et dans sa suite, non seulement en nous rappelant les paroles, les actes et les événements de Jésus, mais en nous permettant de vivre avec lui, toujours en communion avec lui (syn), de sorte que Christ soit formé en nous (cf. Ga 4, 19 : morphtohê Christòs en hymîn) et soit vie en vous.

Inhabitation

L’Esprit Saint qui vient habiter dans le cœur du chrétien et y forme le Christ (cf. Ga 4, 19), en fait le temple de Dieu, la demeure du Père, du Fils et donc aussi sa propre demeure (cfr Jn 14, 23 et 17).

Oui, c’est le mystère de la vie spirituelle : « Le Christ en vous, espérance de la gloire » (Co 1, 27). À travers la suite, le Christ n’est plus extérieur à nous, il n’est pas seulement le maître à suivre, il n’est pas seulement le précurseur (pródromos : He 6, 20) sur le chemin vers le Père, mais il est en nous...

Certainement, nous suivons le Christ, nous le rencontrons, et Christ vient à nous et nous retournons à lui ; mais Christ est aussi présence continuelle en nous, dans nos profondeurs, dans notre cœur. Sa parole écoutée qui demeure en nous (cf. Jn 5, 38), son corps et son sang qui, dans le corps mystique, deviennent notre corps et notre sang (Jn 6, 56) font de notre propre corps le temple de Dieu. Sans doute, cette présence du Christ qui nous visite, présence fidèle et continue, nous avons du mal à l’exprimer avec des paroles humaines. Comment dire cette présence à la fois fidèle et cachée ? Comment dire qu’il est en nous – « plus intérieur que ma propre intimité » – et cependant qu’il nous visite comme Verbe ? Comment dire qu’il est l’Époux auquel nous nous donnons, et en même temps l’Époux que nous cherchons en pleurant, dans la nostalgie de contempler son visage ? Seul un langage contradictoire, le langage de l’amour peut l’indiquer, peut faire signe. Mais il ne peut l’expliquer...

Le chrétien donc n’est pas seulement quelqu’un qui cherche à faire la volonté de Dieu, à observer sa loi, mais il est par-dessus tout celui qui mesure la qualité de sa foi à la reconnaissance de la grâce de Dieu qui est en lui. Paul demande à la jeune communauté de Corinthe de s’examiner : « Examinez-vous vous-mêmes si vous êtes dans la foi, mettez-vous à l’épreuve : ne reconnaissez-vous pas que Jésus Christ habite en vous ? » (2 Co 13, 5). Avoir la foi chrétienne, pour Paul, signifie opérer cette reconnaissance, avoir cette conscience, et donc ceci est essentiel dans la vie spirituelle. Il est vrai que beaucoup de chrétiens n’osent pas penser à cela, parce que personne ne leur a manifesté et montré que ceci est la simple foi chrétienne et que cette connaissance n’appartient pas aux mystiques ou à des chrétiens extraordinaires, mais qu’il s’agit du « mystère » attesté dans le Nouveau Testament de nombreuses manières et par des auteurs différents. Oui, le Christ vit dans le cœur du chrétien (cf. Ga 2, 20), pleure dans le cœur du chrétien, parle dans le cœur du chrétien (cf. 2 Co 13, 3), et donc crée la communion avec Dieu, le Père (cf. Jn 14, 20 et 17, 23).

Il est évident que cette « incorporation dans le Christ » et cette incorporation du Christ dans le chrétien est la grande œuvre de l’Esprit Saint, « l’autre Paraclet » (Jn 14, 16), qui manifeste comme le fruit de la suite du Christ le fait que Dieu habite dans le chrétien et le chrétien en Dieu, c’est-à-dire l’agapè, l’amour. L’Esprit répandu dans nos cœurs comme charité (cf. Rm 5, 5) fait du chrétien un buisson ardent, dont les autres hommes peuvent contempler la figure dans l’amour que les chrétiens savent vivre. « Interroge tes entrailles : si elles sont pleines de charité, alors tu as l’Esprit de Dieu en toi » [15].

On participe ainsi à la périchorèse trinitaire, au flux et au reflux de l’amour dans un amour total et vivant, et là s’épanouit un amour pour toute l’humanité : l’amour dont le Père a aimé le Fils est dans le Fils et est en nous, parce que le Fils est en nous (cf. Jn 17, 26).

On ne peut parler de cette réalité indicible en des termes convaincants : on peut seulement contempler le martyre qui atteste cette possibilité. Le martyr en effet comme témoin eschatologique témoigne que l’amour vécu par le Christ est un amour jusqu’à l’extrême, que le chrétien peut vivre par grâce : sa mort en effet peut être vécue comme une Pâque et le don de sa vie pour les frères est une raison pour laquelle il vaut la peine de mourir. Félicité à l’heure du martyre ne dira-t-elle pas : « C’est le Christ qui souffre en moi ! » [16] ?

Devenir Dieu

Nous voici au but de la vie spirituelle : entrer dans le royaume des deux, participer à la vie éternelle, devenir Dieu.

Le but de la vie spirituelle a été exprimé de beaucoup de manières. L’orient aime dire que c’est l’acquisition de l’Esprit Saint ou la divinisation. Depuis Athanase l’adage est le suivant : « L’homme est un animal dont la vocation est de devenir Dieu », ou bien : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu », et dans la tradition monastique on met l’accent sur le fait que ceci est possible grâce à l’acquisition de l’Esprit Saint [17]. Le chrétien est fait stravrophore (porteur de la croix - suite de Jésus) pour devenir pneumatophore (porteur de l’Esprit, son temple - inhabitation), jusqu’à participer à la nature de Dieu (cf. 2 P 1, 4).

Nous voici donc face à l’ineffable, face à ce qui est impossible à l’homme et à ses propres forces : la théosis ou divinisation [18], qui advient en nous par l’œuvre de l’Esprit Saint, qui répand en nous l’agape jusqu’à faire de nous le Fils de Dieu, le Crucifié qui pardonne aux ennemis et demande que tous soient sauvés... Le rêve de Prométhée et d’Adam, devenir Dieu, désir qui habite l’homme, s’accomplit non par le moyen d’un vol, mais par le don de Dieu et en participant à la charité de Dieu, parce que Dieu est amour. Certainement, la créature ne devient pas le Créateur, et Maxime le Confesseur précise de manière définitive : « On devient Dieu à l’exception de l’identité de nature » [19].

Dieu tout en tous, communion définitive entre tous les hommes sauvés, agapè et amour transfigurant tout le cosmos...

L’occident aujourd’hui, en respirant de nouveau avec les deux poumons et en bénéficiant ainsi de la grande tradition spirituelle de l’orient chrétien, ne ressent plus cette vision comme étrangère et médite sur les paroles de l’apôtre Pierre qui parle de participation à la nature divine (theias koinonoì physeos : 2 P 1, 4). Mais il faut reconnaître que dans sa tradition elle a préféré voir le but de la vie spirituelle dans l’imitation du Christ, dans le fait de lui devenir conforme dans la croix, dans le fait de le suivre jusqu’à la résurrection. L’orient met l’accent sur l’œuvre de l’Esprit Saint, tandis que l’occident insiste sur l’attraction du Christ crucifié : la première est interprétée comme lumière de la transfiguration sur le visage du saint, la seconde comme conformité du saint devenu « très ressemblant » [20] au Christ.

De part et d’autre la vie spirituelle chrétienne est unique dans son essence et dans son origine qui est l’Esprit Saint ; elle est différente dans ses formes, mais le but est unique : le salut obtenu par la suite du Christ grâce aux énergies de l’Esprit Saint. Ici et là retentit la même voix entendue par Ignace d’Antioche en route vers le martyre comme une eau vive qui murmure en moi : « Viens vers le Père ! » [21].

Enzo Bianchi, né à Castel Boglione (AT) en 1943, après des études d’économie à l’Université de Turin a fondé, à Bose, une communauté monastique de frères et de sœurs de diverses nationalités dont il est actuellement le prieur élu. La communauté est aussi implantée à Jérusalem, Ostuni (BR) et Assise (PG). Auteur de nombreux livres de spiritualité et sur la vie religieuse, Enzo Bianchi est également directeur de la revue biblique Parola, Spirito et Vita et membre de plusieurs conseils de rédaction dont celui deConcilium. Chroniqueur apprécié pour la netteté de ses prises de position il collabore à plusieurs journaux ou périodiques italiens dont la Stampa, Avvenire, ainsi qu’à une émission radiophonique : « Uomi et profeti ». Engagé dans le dialogue œcuménique, une conviction l’anime : « La communion des Églises est très urgente ! »

[1Il y a des formes de vie religieuse qui ne comportent pas de vie spirituelle et il y a au contraire des non croyants qui ont une vie intérieure ou spirituelle développée : le bouddhisme, par exemple, n’est pas vécu à l’intérieur d’une religion, mais est avant tout une vie intérieure inspirée par une spiritualité anti-idolâtrique extraordinaire et extrêmement raffinée. Cfr P. Hennequin, « Vie spirituelle : l’épreuve de la liberté », in La foi et le temps XXI/2 (1991), pp. 129-131.

[2Cfr Platon : « Qui ne s’interroge pas sur soi-même ne vit pas une vie humaine » (Apologie de Socrate I, 28).

[3L’article de A. Wénin, « Repères bibliques pour un chemin de vie spirituelle », in La foi et le temps XIX/4 (1989) pp. 291-293 est très éclairant sur le rapport entre vie intérieure et vie spirituelle chrétienne.

[4L’expression « respirer l’Esprit Saint » est commune dans la patristique orientale. Dans la spiritualité occidentale, elle se retrouve chez Guillaume de Saint-Thierry : « Aspirant le souffle de mon amour, j’ouvre la bouche vers toi, Seigneur, et j’aspire l’esprit » (De contemplando Deo 12 ; cfr Guillaume de Saint-Thierry, De la contemplation de Dieu, SC 61 bis, Paris, 1977, p. 115).

[5Ph. Ferlay définit la vie spirituelle comme un long et patient pèlerinage en direction du cœur profond. Cfr le paragraphe : « Vers le cœur profond » in Abrégé de la vie spirituelle, Paris, 1988, pp. 200-202.

[6Sur la structuration de la vie spirituelle et sur les diverses phénoménologies spirituelles chrétiennes, cfr un Moine Bénédictin, L’expérience intérieure. La vie dans le Christ, Paris, 1981.

[7Cfr E. Bianchi, « Non sapete che lo Spirito di Dio abita in voi ? », Bose, 1998.

[8Cfr T. Anatrella, « Psychologie des religions de la mère », in Christus 154 (1992), p. 243 ; J.L. Schlegel, Religions à la carte, Paris, 1995.

[9Sur le thème de la conversion, voir les pages éclairantes de l’un des plus grands maîtres spirituels de notre temps : A. Louf, Au gré de sa grâce, Paris, 1989, p. 25-30.

[10Cfr Grégoire de Nysse : « Le pouvoir et l’activité qui caractérisent en propre l’Esprit Saint, c’est qu’il purifie le péché » (De oratione dominica III, cfr Grégoire de Nysse, La prière du Seigneur, Paris, 1982, p. 67). Cfr en outre la Postcommunio du mardi dans l’octave de Pentecôte dans le missel romain : « Quia ipse est remissio omnium peccatorum ».

[11Apophtegme anonyme cité in T. Colliander, Il cammino dell’asceta, Brescia, 1987, p. 55.

[12Grégoire de Nysse, In Cantica Canticorum homilia VIII ; cfr Id., La colombe et la ténèbre, Paris, 1992, p. 101.

[13Cf. G. Colombo, Sulla evangelizzazione, Milano, 1997, pp. 63-67.

[14Basile de Césarée, De Spiritu sancto XVI, 39 ; cf. id., Sur le Saint-Esprit, SC 17 bis, Paris, 1968, p. 387.

[15Augustin, In Epistulam Ioannis, tr. VIII, PL 35, 2043.

[16Passio sanctarum Perpetuae et Felicitatis 15 : « ...Ce sera un autre en moi qui souffrira pour moi, puisque moi-même je suis prête à souffrir pour lui ». Cf. L. Bouyer, « Le martyre et l’expérience de l’Esprit », in Le Consolateur, Paris, 1980, pp. 113-131.

[17Cf. par exemple, Séraphim de Sarov, colloque avec Motovilov, Paris, 1979, p. 156-185.

[18Sur la théosis ou divinisation, cr. G. I. Mantzaridis, « La déification de l’homme », in Contacts 141 (1988), pp. 6-7 ; F. Brune, Pour que l’homme devienne Dieu, S. Jean-de-Braye, 1992 ; P. Nellas, Voi siete dèi, Rome, 1993.

[19« Katà pánta hómois, chorìs tês pròs autòn katá tèn physin tautótetos » : Epistula 25, PG 91, 613D.

[20Que l’on compare la mort d’Antoine, le père des moines, dont le visage est devenu lumineux (« hilarô tô prosópo ») grâce aux énergies de la transfiguration (Athanase d’Alexandrie, Vita Antonii 92,1 ; cf. Id., Vie d’Antoine, SC 400, Paris, 1994, p. 373) et le don des stigmates fait à François, sa ressemblance avec le Christ crucifié (Tommaso da Celano, Vita prima 94-95, in Fonte Francescane I, Assise, 1977, pp. 487-488). Tous les deux, « types » pour l’orient et l’occident, ont été marqués par la gloire de l’Esprit Saint, mais selon des modes différents : la lumière thaborique et les stigmates !

[21Ignace d’Antioche, Ad Romanos VII, 2 ; Id., SC 10, Paris, 1958, p. 135-137.

Mots-clés