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Le rôle de la supérieure locale dans les communautés féminines ignatiennes

Françoise Berteaux

N°1990-4 Juillet 1990

| P. 273-275 |

Les Supérieures majeures des Congrégations ignatiennes établies en France ont étudié à Paris, en mai et novembre 1989, la mission apostolique de la supérieure locale, à partir de l’article du Père Kolvenbach, “Le rôle du supérieur dans la communauté ignatienne”, paru dans Vie Consacrée, 1989, 7-22. Nous croyons utile de communiquer ce fruit d’une recherche qu’elles désirent partager.

Préalable

La priorité de notre vie religieuse est la mission. La valeur de l’apostolat prime sur la valeur du “demeurer ensemble”. Nous ne sommes pas entrées dans la vie religieuse pour vivre dans une communauté particulière mais dans un corps apostolique et dans une histoire. Nous nous sommes offertes à vivre en fonction de la Congrégation tout entière, de sa vie, de son travail.

La communauté apostolique a pour composante essentielle : l’envoi. Chaque communauté est dans la condition d’être envoyée. Chaque membre de la communauté est envoyé “choisissant librement la condition de Jésus, Fils de Dieu et envoyé du Père, au service duquel chacun de nous s’est engagé pour l’extension du Royaume” [1].

L’agent de l’envoi est la Supérieure générale ou/et provinciale et, par capillarité, la fonction d’envoyer descend de la Générale aux Provinciales, de celles-ci à chaque Supérieure locale.

La Supérieure locale est celle qui rend vivante la condition d’envoyée de chaque Sœur. Elle est mémoire de l’appel reçu, de la mission confiée.

La supérieure locale

Nommée par la Supérieure majeure pour telle communauté particulière, elle est aussi dans la condition d’envoyée. Ainsi vit-elle l’obéissance. Sa mission, son service, s’exerce
par rapport à l’Institut,
par rapport à la communauté,
par rapport aux membres de la communauté.

Par rapport à l’Institut

Relais, lien, témoin de l’Institut auprès de la communauté, elle est mémoire du charisme commun, de la Règle de Vie, des orientations qui actualisent la tradition, des choix nouveaux, en fidélité avec la dynamique de l’Institut.

Elle est aussi auprès de l’Institut mémoire de ce qui est réalisé d’unique, d’original, dans la communauté et qui doit remonter comme une richesse évangélique, bien commun de l’Institut, chaque communauté écrivant des chapitres nouveaux de l’histoire.

La Supérieure locale a un rôle de coordination. Elle articule la mission partielle de l’ensemble, elle veille à l’union, elle communique les informations. Elle est en contact avec la Provinciale, s’entretient avec elle de la mission des personnes et de la communauté. Elle participe à des réunions avec les autres Supérieures locales et collabore ainsi avec la Provinciale à la mission du Corps.

Par rapport à la communauté

Artisan de communication et de décision, la Supérieure locale favorise le partage : la libre expression de chacune (dynamisme propre, expérience particulière), l’expérience de la foi partagée. Son ministère est de communion et d’encouragement : elle assure la cohésion de la communauté dans le respect des différences.

Avec ses Sœurs, elle analyse les situations, étudie les décisions à prendre pour la vitalité apostolique de la communauté, et ce dans un climat spirituel et selon des processus apparentés à ceux du discernement proprement dit. Elle confirme ou prend les décisions nécessaires.

Elle favorise la relecture apostolique à l’occasion de laquelle on peut s’interpeller par rapport au charisme commun et au projet communautaire.

Elle s’assure de l’ouverture de la communauté sur l’Église locale et sur le monde. Elle est la représentante de la communauté à l’extérieur.

Par rapport à chaque Sœur

Pour ce dernier aspect de la mission de la Supérieure locale, on tient à faire tomber des images du passé ; on a surmonté un certain individualisme en développant l’esprit communautaire et on ne veut pas retourner en arrière. On cherche à créer un modèle nouveau.

Voilà ce vers quoi nous tendons :

Dans la foi, la Supérieure locale est vue comme celle qui rend vivante la condition d’envoyée de chaque Sœur. Elle entretient et concrétise la mission confiée par la Supérieure majeure. Elle écoute, confirme et encourage.

La Sœur a le droit de lui demander qu’elle la provoque à aller plus loin dans sa manière de vivre la pauvreté, la chasteté, l’obéissance, la prière, l’audace missionnaire, qu’elle la stimule à entrer dans l’esprit de la Congrégation, à prendre au sérieux la Règle de Vie, les orientations, qu’elle l’aide à discerner la volonté de Dieu. Cela implique un dialogue confiant et régulier.

C’est un service à rendre avec humilité.

Sœurs de Ste Chrétienne
60, rue Dupont-des-Loges

F-57000 METZ, France

[1Père Arrupe, Écrits pour évangéliser, Paris, D.D.B., 1985, p. 550-1

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