Un périodique unique en langue française qui éclaire et accompagne des engagements toujours plus évangéliques dans toutes les formes de la vie consacrée.

La « pastorale des vocations ». Quelques réflexions

Marie-Emmanuelle Marlaud

N°1982-2 Mars 1982

| P. 107-111 |

De quoi s’agit-il lorsque l’on parle aujourd’hui d’une « pastorale des vocations » ? D’une attention et d’un service, répond l’auteur : attention aux appels de Dieu, service d’Église pour que ces appels soient entendus et suivis. Sur ce point, Vatican II a rappelé et précisé que « c’est à toute la communauté chrétienne qu’incombe le devoir de susciter des vocations ». L’auteur dégage quelques conséquences de cette affirmation pour toute communauté chrétienne et plus spécialement pour les congrégations.

lecture en ligne article acces libre

telechargement internaute non connecte

Peut-on parler aujourd’hui de « pastorale des vocations » ?

Il faut le reconnaître, pour certains, l’expression peut paraître ambiguë :

  • soit qu’elle véhicule, en effet, certaines images, comme celle du « recruteur » de jadis ;
  • soit qu’elle évoque une « stratégie », une organisation, des structures plus ou moins rigides ou même imposées.

Et cela peut engendrer des réserves, des craintes, des contestations.

En fait, de quoi s’agit-il ?

D’une attention et d’un service.

D’une attention, qui est fondamentalement attitude de foi. Car Dieu appelle. Aujourd’hui comme hier, il adresse tous les appels nécessaires à la vie et à la mission de son Église pour le salut du monde qu’il aime. C’est une certitude.

D’un service. Il s’agit de « servir » ces appels de Dieu, de « servir » ce Dieu fidèle qui « se souvient de son amour pour son peuple », et qui multiplie sans cesse les signes en vue de susciter de nouveaux témoins de cette Bonne Nouvelle.

Quel que soit le nom qu’on lui donne, voilà le sens profond d’une véritable « pastorale des vocations ».

Ainsi comprise, elle apparaît comme une attention à Dieu, une recherche jamais achevée pour apprendre à lire les signes qu’il nous fait. Mais pour déboucher sur une action concrète, pour devenir « service », une telle recherche a besoin de s’appuyer sur quelques convictions solides, sur une doctrine capable à la fois de la susciter et de l’éclairer. A qui la demander, si ce n’est à l’Église ?

Que nous dit l’Église, aujourd’hui, de la « pastorale des vocations » ?

Pour recueillir cet enseignement, il faudrait, sans doute, ressaisir à travers les textes de Vatican II tout ce qui est dit de la vocation en général, de la primauté de la vocation baptismale, du caractère ecclésial et dynamique de toute vocation, des vocations particulières diverses, etc., tout ce qui, en un mot, éclaire l’esprit de ce que nous appelons « pastorale des vocations ». Mais pour expliciter ce qu’elle est, pour la définir, il est cependant difficile de trouver des références dans les textes du Concile.

Toutefois, dans le Décret sur la formation des prêtres, un principe tout à fait fondamental se trouve énoncé. Le voici :

C’est à toute la communauté chrétienne qu’incombe le devoir de susciter des vocations et c’est d’abord par une vie pleinement chrétienne qu’elle doit poursuivre cette fin (Optatam totius, 2).

Bien que ce texte vise plus directement les vocations au sacerdoce, ne doit-il pas être appliqué à toute « pastorale des vocations » ? Il affirme – en ce qui concerne les vocations – le rôle médiateur de la communauté chrétienne et il souligne en même temps l’importance du témoignage de la communauté tout entière. La communauté-Église, et en elle toute communauté d’Église, est ici désignée comme le porte-parole des appels de Dieu : la naissance et l’épanouissement des vocations sont conditionnés par sa vitalité et sont en même temps signe de sa vitalité.

Les conséquences de ce principe

De ce principe fondamental, le texte conciliaire tire des conséquences.

Il reconnaît dans l’histoire d’une vocation une triple manifestation de l’action divine :

  • Dieu agit en effet à travers le cheminement spirituel de celui qui est appelé.
  • Il agit aussi à travers le « ministère » de l’Église hiérarchique qui a autorité et mission pour accueillir et reconnaître les vocations.
  • Mais aussi – et c’est la dimension nouvelle de la théologie de la vocation selon Vatican II – Dieu agit à travers la vie de la communauté chrétienne, qui est le lieu où retentissent ses appels et à qui il revient d’être porteuse de ces appels.

C’est pourquoi le premier objectif d’une pastorale des vocations, c’est la formation de la communauté chrétienne elle-même, et donc de chaque communauté ecclésiale, afin qu’elle prenne conscience de sa responsabilité et devienne capable de l’exercer. La communauté chrétienne ne peut se décharger de cette mission sur quelques « spécialistes ». Une pastorale des vocations, c’est l’affaire de tous et de chacun. Si l’un ou l’autre membre de la communauté est particulièrement mandaté pour ce service, ce n’est pas pour se substituer à elle, mais pour l’aider et la stimuler à trouver les moyens d’accomplir elle-même une mission qui est la sienne.

C’est l’Église tout entière qui est appelée à être signe et servante du dessein de Dieu. Et toute la communauté chrétienne est responsable de tous les appels de Dieu, de toutes les vocations. Une pastorale des vocations ne peut qu’être universelle. Il s’agit de servir les appels de Dieu dans toute leur diversité. La communauté chrétienne en tant que telle, et chacun de ses membres, quelle que soit la vocation propre qu’il ait à vivre, portent la responsabilité de toutes les vocations dont l’Église a besoin pour réaliser sa mission universelle.

Pastorale des vocations et congrégations

Ainsi, les congrégations et les instituts sont appelés à se mettre « en état de pastorale des vocations ». Ne sont-ils pas tout spécialement concernés par le principe énoncé par le Concile (Optatam totius, 2) ? On peut donc l’affirmer : toute la congrégation est responsable de toutes les vocations d’Église. Et l’exercice de cette responsabilité est un signe de la vitalité de la congrégation.

Il faut donc sans cesse rappeler cette responsabilité. Il faut aider à l’exercer : c’est l’un des objectifs de la formation initiale et permanente en vie religieuse.

  • Au niveau de la formation initiale : La participation à une pastorale des vocations ne s’improvise pas. Dès les premières années de la vie religieuse, un enseignement adapté sur la théologie de la vocation tel qu’il se dégage des textes de Vatican II est certainement nécessaire pour bien situer la vocation religieuse elle-même.
  • Au niveau de la formation permanente : Cette responsabilité de participer à une pastorale des vocations doit sans cesse être stimulée, vérifiée, resituée comme une dimension de toute pastorale qui tend à rendre les hommes attentifs aux appels de Dieu dans leur vie et dans la vie du monde, à les inviter à adhérer personnellement à Jésus-Christ et à s’engager pour les frères.

Participer à une pastorale des vocations, de toutes façons, c’est d’abord entrer dans une perspective, c’est se tenir en éveil, se savoir responsable, se maintenir en état de service.

Il faudra peut-être savoir faire quelque chose, mais il faudra surtout une certaine qualité d’être, une certaine manière de faire ce que l’on fait déjà.

Pour les congrégations, un autre objectif pratique est celui de promouvoir, en faveur des vocations religieuses, une action spécifique :

  • car le Seigneur appelle toujours à la vie religieuse ;
  • des jeunes entendent cet appel et ils demandent pour leur recherche une aide appropriée ;
  • et la vie consacrée, la vie religieuse est nécessaire à la mission de l’Église dans le monde : cela, le Concile l’a clairement rappelé (Lumen gentium, 44).

Pour mettre en œuvre cette action spécifique, la vie religieuse tout entière est interpellée. Mais il est nécessaire que, de façon particulière, des consacrés, des religieux, des religieuses puissent y réfléchir davantage et être mandatés pour stimuler les communautés, comme aussi pour accueillir les jeunes et les accompagner.

Peut-être aussi, en ce qui concerne nos instituts, un effort serait-il à entreprendre ou à poursuivre :

Créer des occasions de nous dire, en congrégation et entre congrégations, qui nous sommes, ce qui nous fait vivre, notre charisme propre ; et aider ainsi les accompagnateurs et les accompagnatrices à avoir une connaissance chaleureuse des différents charismes et spiritualités. C’est un service urgent à rendre à ceux qui cherchent, que de pouvoir leur dire non seulement : « Viens et vois », mais aussi : « Va et vois ». Cette deuxième invitation porte des exigences. Certains les vivent généreusement (cf. Rapport du Service national des Vocations à l’Assemblée des Supérieures majeures de France, janvier 1978).

Telle est bien la pastorale des vocations : Une attention et un service. Deux attitudes qui s’appellent l’une l’autre dans la conscience d’une responsabilité. Deux attitudes sans cesse nourries par la foi au Dieu fidèle et à l’Église, en même temps qu’éveilleuses et porteuses, tout à la fois, d’une joyeuse espérance.

B.P. 41
F-59651 VILLENEUVE D’ASCQ CEDEX, France

Mots-clés

Dans le même numéro