Un périodique unique en langue française qui éclaire et accompagne des engagements toujours plus évangéliques dans toutes les formes de la vie consacrée.

Signe d’espérance. Une fondation récente au Zaïre

Louise Vanwert, i.e.j.

N°1981-4 Juillet 1981

| P. 199-208 |

Dans le prolongement de ce qu’elle écrivait en mai 1978 : « Va..., je t’envoie » (Vie consacrée, 1978, 151-154), Sœur Louise décrit ici la naissance et la croissance d’une jeune communauté religieuse zaïroise. « C’est une de ces merveilles de Dieu, dont je suis témoin tous les jours, que je voudrais vous communiquer, en essayant de relire avec vous cette page de l’histoire sainte actuelle que sont les quatre premières années de l’Institut des Sœurs de la Mère du Sauveur, à Kamina. »

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Chaque dimanche, en célébrant l’Eucharistie, nous proclamons que nous croyons en l’Église catholique. Et cependant nous limitons trop souvent notre regard aux frontières de notre continent, peut-être même de notre pays, oubliant ces Églises d’Afrique, d’Asie, d’Amérique, pleines de vie, témoins de l’éternelle jeunesse de Dieu. Trop souvent, nous nous replions sur les problèmes de la vie religieuse en notre vieille Europe : manque de vocations, changements de perspectives au niveau des œuvres, etc., et nous risquons ainsi de perdre souffle, de nous décourager comme si l’avenir de la vie consacrée ne se jouait que chez nous.

Ceux et celles qui ont la chance d’avoir quotidiennement sous les yeux les signes de vitalité des jeunes chrétientés n’ont pas le droit de taire ce qu’ils voient. Ils doivent suivre la parole de Jean : « Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux du Verbe de vie, nous vous l’annonçons pour que vous aussi soyez en communion avec nous et pour que votre joie soit complète » (1 Jn 1,3-4). Il s’agit bien, en effet, du « Verbe de vie », du Christ, source de vie, de sa présence et de son action toujours neuves dans notre monde d’aujourd’hui. C’est une de ces « merveilles de Dieu », dont je suis témoin tous les jours, que je voudrais vous communiquer, en essayant de relire avec vous cette page de l’histoire sainte actuelle que sont les quatre premières années de l’Institut des Sœurs de la Mère de Dieu à Kamina (Shaba, Zaïre).

« Et il appela ceux qu’il voulait » (Mc 3,13)

En septembre 1975, quatre jeunes filles zaïroises se groupent en communauté avec l’autorisation et l’aide de leur évêque dans le but de vivre ensemble la vie religieuse. Aujourd’hui, elles sont dix : professes, novices, postulantes.

D’où viennent-elles ? D’horizons et de milieux les plus divers, d’ethnies différentes, avec des formations allant du début du secondaire au cycle complet des humanités. Comment ont-elles perçu l’appel ? Comme Marc le souligne bien, Dieu appelle qui il veut et de bien des manières. Plusieurs de ces jeunes sont issues de familles protestantes ou païennes, certaines ont entendu l’appel à « se donner totalement à Dieu » avant même leur baptême. D’autres n’ont guère eu de contact préalable avec la vie religieuse : « Cela m’est venu comme ça ! », me disait simplement l’une d’elles ; ce que je traduis : Dieu peut très bien se passer des médiations habituelles, il peut appeler directement, « du dedans ». Pour l’une ou l’autre, ce fut l’aboutissement d’une longue recherche. Où aller ? Il n’y avait aucune Congrégation autochtone dans ce diocèse plus grand que la Belgique, aucune religieuse zaïroise ! Les luttes n’ont pas manqué, car à vingt ans toute jeune fille de ce pays ou peu s’en faut est épouse et souvent mère déjà.

« L’Esprit souffle où il veut, on ne sait d’où il vient ni où il va » (Jn 3,8)

Dès décembre 1975, je passe un mois avec le groupe fondateur et, ensemble, nous nous mettons à l’écoute de l’Esprit. Le premier désir de ces quatre jeunes filles est de s’engager davantage dans la prière tant personnelle que communautaire, d’apprendre à mieux prier. Aussi, bien des soirées se passent à préparer l’oraison, à approfondir ce qu’est la vraie prière, ce qu’elles appellent « la rencontre avec Dieu », et surtout à prier tout simplement.

Mais bien vite surgit la question fondamentale : « Pourquoi Dieu nous a-t-il réunies ? Dieu, que veut-il de nous ? » Par la voix de quelques évêques du Shaba, Dieu leur a lancé un appel bien précis : il faut s’efforcer de « revaloriser le travail, tant matériel qu’intellectuel, et ainsi lui rendre son sens » (Art. 6 de la Loi de vie). Cet appel concret est accueilli comme appel de l’Esprit, mais il ne sera vraiment assumé que lorsque la première communauté aura pu découvrir et exprimer ce qui fait son dynamisme profond.

Une grande partie de nos échanges et de nos partages fut consacrée à essayer de mieux percevoir le dessein particulier de Dieu sur le groupe. Cela ne nous distrayait nullement de la prière, au contraire, nous percevions la nécessité de nous y plonger pour mieux discerner le chemin sur lequel Dieu nous appelait.

« Etre religieuses, pour nous c’est quoi ?... C’est être signe de Dieu parmi notre peuple... et c’est pour cela que nous ne nous marions pas [1]. » Réponse spontanée, personnelle, étonnante chez ces jeunes qui, à ce moment, n’avaient pas connaissance des documents conciliaires sur la vie religieuse. « C’est nous consacrer à Dieu pour aider les autres... et pour cela l’important est d’être avec le Christ, de lui ressembler par le dedans. » - « Nous voulons vivre la simplicité, l’hospitalité, c’est-à-dire l’accueil, l’ouverture, le partage, partage surtout spirituel avec le monde extérieur, accueil de tous, les pauvres comme les riches, ouverture à l’extérieur et donc sorties pour rencontrer tel ou tel en vue de parler de Dieu. » Ce partage, cet accueil, cette simplicité furent leur manière de traduire, dès le début, la pauvreté évangélique. Remarquons aussi que, de suite, le souci des frères est nettement marqué : l’Institut qu’elles sont en train de fonder sera essentiellement apostolique. Deux caractéristiques se dégagent immédiatement : simplicité qui inclut l’ouverture, l’accueil (« les gens doivent trouver une porte ouverte »), simplicité liée à l’obéissance (« nous obéissons à l’une de nous parce que nous croyons que Dieu parle à travers cette personne pour notre bonne marche vers lui, pour nous rapprocher de lui »).

Après quelques semaines, nous décidons de faire ensemble deux journées de prière, sorte de récollection sans thème précis, où chacune se demandera devant Dieu quel est le mystère, l’attitude de Jésus, la page d’évangile qui doit inspirer la vie du groupe. Quelles sont les lignes directrices déjà découvertes ? Comment situer en tout cela l’appel des évêques ?

Lors d’un premier tour de table après une journée de prière, trois d’entre elles mettent en lumière des aspects du Christ qu’elles voudraient incarner davantage ; une seule parle de Marie, très brièvement. A première vue, aucune ligne commune ne se dessine. On approfondit des points déjà signalés : l’une a contemplé la vie publique, une autre la vie cachée. On explicite surtout ce que signifie « être signe ». « Comme Jésus dans sa vie publique est « bonne nouvelle », nous devons être cette bonne nouvelle, source de la vraie richesse spirituelle, et cela par tout ce que nous sommes. Jésus est venu reconstruire notre cœur, transformer tout notre être, nous montrer la richesse du vrai bonheur. Il est venu vivre dans ce monde comme Dieu le voulait, parmi ses frères. Il est venu pour tous, d’abord pour ceux qui sont perdus, pas seulement pour les bons, les riches, les distingués. Il est venu faire reconnaître Dieu comme Père. » - « Les gens de notre peuple ont besoin d’une porte ouverte, de gens pour les accueillir. Il faut des religieuses « signe » pour accueillir, pour ouvrir la porte. » Dans la vie de Marie, ce qui frappe surtout, c’est la simplicité, l’obéissance. « Nous devons nous adapter à la vie de Marie, dire que nous sommes les servantes du Seigneur, en vivant dans la simplicité et l’obéissance. »

Ce qui est souligné dans la vie cachée de Jésus à Nazareth, c’est encore la simplicité, mais surtout son souci de vivre pour ses frères dans une réelle fraternité : « Jésus n’a pas vécu pour lui-même, il ne cherche pas son bien mais celui de ses frères de Nazareth pour qu’ils soient unis. Pour être signe, l’union est nécessaire ; il faut vivre la fraternité, c’est-à-dire vivre sans égoïsme, aider les frères en portant leurs fardeaux avec joie et courage. »

La revalorisation du travail a été quelque peu précisée : « Pour rendre sens au travail, il faut que les gens nous voient travailler, travailler à fond, en nous engageant ; il faut élargir notre travail en ne séparant pas vie chrétienne et vie de travail et donc travailler en union avec le Christ. Nous avons à collaborer à la construction du monde. »

On s’écoute sans discuter, et le groupe décide de s’en retourner prier en se laissant interpeller par ce que chacune a dit. Le lendemain, deuxième tour de table. On s’exprime simplement, dans une belle liberté. La première, qui avait avoué quelques jours auparavant qu’elle n’avait guère de dévotion à Marie : « Moi, je trouve que c’est Marie qui doit être la base de notre vie, Marie qui a enfanté celui par qui tout a été sauvé, tous, les pécheurs, les perdus, Marie, mère du Sauveur, mère de la réconciliation et des réconciliés. Sauver les autres, être la lumière, ouvrir la porte, c’est une seule et même chose. Jésus a été la Bonne Nouvelle, il est venu nous montrer la richesse du vrai bonheur, cela à travers Marie. Nous voulons, comme Marie, être celles qui donnent la vraie vie, dans la simplicité, la foi profonde. Marie, après l’Ascension, est restée avec les Apôtres ; elle leur montrait Jésus présent, sauvant ainsi les perdus ; elle leur montrait le sens de la vie de Jésus. Comme Marie a donné Jésus au monde, nous voulons nous aussi donner Jésus au monde,... nous voulons être les Sœurs de la Mère du Sauveur. » Les autres : « La vie de Marie a été une vie toute simple, pleine de foi. A Nazareth, Marie avait toujours, en Jésus, la richesse du vrai bonheur ; par cette richesse, elle a rendu d’autres femmes plus heureuses. » - « Marie a gardé sa foi à travers tout, elle a accueilli Jésus, sachant qu’il serait le Sauveur du monde. Elle est restée simple à travers tout, obéissante. » - « Marie a gardé le silence, par exemple quand elle a retrouvé Jésus au Temple ; elle a laissé faire Jésus, et ainsi une parole de Dieu a pu être dite. » - « Comme Marie, nous devons être les Sœurs Servantes du Seigneur. »

Ainsi, sans s’être consultées, les quatre se sentaient portées à axer leur vie sur Marie, Mère du Sauveur, servante du Seigneur. Elles reconnaissaient l’appel à vivre « la simplicité, l’obéissance de la Vierge de Nazareth », comme l’exprimait l’une d’elles. Marie est vue comme « celle qui donne Jésus au monde », et bien vite la prière habituelle sera : « Donne-nous ton Fils Jésus-Christ pour que nous puissions à notre tour le donner aux autres », et elles insisteront : « nous ne le demandons pas seulement pour nous-mêmes, mais pour le bonheur de tout le monde ». Cette unanimité réalisée dans la prière, nous l’avons reconnue, dans l’émerveillement et l’action de grâce, comme l’œuvre de l’Esprit.

« Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école » (Mt 11,29)

Pendant sept mois, entre elles, aidées à l’occasion par une de mes consœurs, suivies par leur évêque, Son Excellence Monseigneur Malunga, elles vont poursuivre leur vie de communauté, engagées dans le travail professionnel, les tâches ménagères et certaines activités apostoliques. Elles approfondissent dans la prière et le partage ce que l’Esprit leur a donné de découvrir ; elles s’efforcent de vivre ce « charisme », cette « mission » : porter, comme Marie, Jésus au monde. C’est à ce moment qu’elles composent la prière de leur communauté, fruit de l’expression de chacune : « Sainte Marie, Mère du Sauveur, Servante du Seigneur, toi que nous avons choisie comme guide et comme modèle,... donne-nous ton Fils Jésus-Christ ». Cela devient clair, la ligne directrice est tracée et chaque jour, matin et soir, cette prière montera vers Marie, d’un cœur unanime. C’est ainsi que se poursuit, avec les inévitables hauts et bas d’une vie de groupe, ce que nous pourrions appeler le postulat. La formation proprement dite deviendra plus intensive dès août 1976, date à laquelle je suis mandatée par l’évêque de Kamina comme maîtresse de formation. A partir de ce moment, je partage partiellement leur vie, leur laissant une marge de vie autonome ; ainsi elles peuvent s’organiser, elles font l’expérience de l’obéissance à l’une d’elles (chacune des quatre sera successivement supérieure de la communauté). Une retraite de huit jours pleins, que j’ai eu la grâce d’animer, permettra d’approfondir encore certains aspects déjà découverts et d’en faire surgir d’autres. La vie de pauvreté évangélique s’éclaire : « Être petite devant Dieu et devant les hommes... avoir un cœur de pauvre ». - « Il est important de partager, de tout partager : travail, connaissance, etc. Aussi, travailler comme les femmes simples ». Et ainsi pauvreté et simplicité apparaissent comme très étroitement liées. Le rôle de Marie au plus profond du cœur s’exprime notamment ainsi : « En tant que Sœurs du Christ, nous laisser former par Marie parce que c’est en elle que le cœur de Jésus s’est formé ».

La date du 7 octobre, fête de Notre-Dame du Rosaire, est choisie pour commencer le noviciat. Ce sera en même temps la fondation officielle du nouvel Institut, sous forme de pieuse union. Il faut donc choisir un nom, préciser le charisme tel qu’il a été progressivement découvert. Deux vocables se présentent spontanément à l’esprit : « Sœurs de la Mère du Sauveur » ou « Sœurs Servantes du Seigneur ». Le choix se porte vite sur le premier car il met en relief l’essentiel de ce que la jeune communauté veut vivre. Dans la prière et l’échange, dans le dialogue avec leur évêque, le groupe se reconnaît appelé à « vivre la vie de simplicité et d’obéissance de la Vierge à Nazareth, Servante du Seigneur, Mère du Sauveur, parmi les gens, proches d’eux, dans des communautés priantes, ouvertes, accueillantes, qui témoignent de la force de l’Esprit de Jésus et soient signe de Dieu parmi notre peuple ». Ceci sera repris textuellement dans l’article 3 de la Loi de vie. « Nous voulons laisser Marie former Jésus en nous pour qu’à notre tour nous puissions le donner aux autres. » - « Nous prenons Marie, Servante du Seigneur, Mère du Sauveur, comme guide et comme modèle » (Art. 3) et donc « aidées de la grâce de Dieu, nous voulons chercher à être, comme Marie et par elle, servantes du Seigneur, et donc être totalement livrées à Dieu ; nous voulons chercher, avec Marie, à prolonger en quelque sorte sa mission de Mère du Sauveur et donc chercher à continuer dans nos vies le mystère de la Visitation : comme Marie a porté Jésus à Jean-Baptiste et à Élisabeth, nous voulons être imprégnées du Christ Sauveur et lui permettre ainsi de se donner à travers nous aux hommes d’aujourd’hui pour les sauver tous » (Art. 4). Mais si Marie est leur guide et leur modèle, la personne du Christ est la base et le centre de leur vie. Dans la formule d’engagement au noviciat, elles diront qu’elles veulent approfondir leur rencontre avec le Christ pour pouvoir vivre leur vie religieuse sans peur dans leur communauté et dans le monde, elles affirmeront qu’elles veulent se préparer à la mission que l’Église confie à leur Institut, porter, comme Marie, Jésus au monde.

Et pendant plus de deux ans, les quatre font leur noviciat, noviciat assez ouvert pour que le « au milieu des gens, proches d’eux » puisse être expérimenté, mais noviciat comportant un retrait réel, une libération des occupations trop absorbantes pour pouvoir intérioriser et déjà vivre pratiquement cette « vie d’union à Jésus par Marie » (Art. 30) qui doit être la leur. Elles feront les Exercices de saint Ignace dans la vie courante, reprise lente du cheminement de la retraite d’entrée au noviciat ; ce sera l’axe de leur formation, préparation progressive à « vivre la vie religieuse sans peur dans la communauté et dans le monde » (Art. 31), à vivre « comme Marie à Nazareth, qui ne vivait que pour Jésus, retrouvant Jésus en tout » (Art. 31), communiant au grand désir de Jésus et de Marie de sauver le monde (d’après l’art. 30). Ce noviciat est cependant un peu particulier : il comporte de longs temps où l’on recherche les implications plus concrètes de l’appel général perçu lors de la récollection de décembre 1975. Il faut exprimer comment cet appel doit s’incarner à travers la vie selon les conseils, la vie de prière, la vie de communauté, la vie apostolique, dans certaines structures de la formation et de l’exercice de l’autorité. Il s’agit de rédiger peu à peu l’essentiel de la Loi de vie de leur Institut, pour que, le jour venu, elles puissent faire profession selon celle-ci.

« Je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance » (Jn 10,19)

Le premier janvier 1979, les quatre fondatrices font vœu pour six ans. Cette profession est reçue par l’évêque de Kamina, qui a suivi, guidé, encouragé et enfin approuvé tout le travail de recherche qui devait aboutir à la Loi de vie des Sœurs de la Mère du Sauveur. Un jalon important est posé pour l’avenir de l’Institut. Le groupe s’est agrandi : une première postulante est venue le rejoindre et peu après une deuxième.

Tout en poursuivant activement leur formation, les voici lancées dans la vie. Chacune reprend son activité professionnelle à temps plein ou peu s’en faut : enseignement au primaire ou au secondaire, travail à l’hôpital et dans les consultations à la Cité. « Toute notre vie est apostolique. Comme Marie, c’est d’abord par ce que nous sommes et aussi dans tout ce que nous faisons que nous voulons donner Jésus au monde pour le sauver » (Art. 54). Plusieurs s’engagent dans un travail apostolique direct : groupes de jeunes, catéchèse. « Livrées au Père » (Art. 2), elles veulent donner la vie, « porter, comme Marie, Jésus au monde » : « nous voulons être mères, mères de nos consœurs et mères de notre prochain, pour donner à tous la vraie vie, celle du Christ » (Art. 21, sur la chasteté consacrée). « Il y a donc un lien profond entre notre mission et notre vie de chasteté. »

Pour être celles qui transmettent la vie du Christ, elles optent résolument pour la simplicité, « attitude intérieure de liberté propre à qui cherche Dieu en tout et se sait pauvre devant Dieu et devant les autres » (Art. 3). Leur vie apostolique doit être tout imprégnée de simplicité : « Notre simplicité doit nous placer comme Marie du côté des petits ; ainsi chacun, riche ou pauvre, se sentira à l’aise chez nous et pourra nous approcher facilement. Proches de nos frères, nous pourrons mieux réaliser notre mission » (Art. 52). Cette volonté d’être simple se retrouve à chacune des pages de la Loi de vie. « L’obéissance est à la base de notre vie... En nous portant à suivre ce que l’Esprit a inspiré à notre Institut, l’obéissance nous aide à vivre la pauvreté évangélique ainsi que la simplicité » (Art. 10). - « Cette obéissance commence à l’intérieur de la communauté et nous conduit à poser des gestes d’obéissance les unes aux autres... Cette obéissance fraternelle... construit la communauté dans la confiance et la fait vivre dans l’amour » (Art. 11). - « La pauvreté doit exprimer la simplicité à laquelle nous sommes appelées ; nous avons à nous contenter de peu, à accepter notre situation » (Art. 19). - « Nous savoir petites devant Dieu et nos frères, nous mettre au rang des pauvres, rester, comme Marie, du côté des pauvres » (Art. 16). - « La simplicité de notre style de vie doit être signe de notre conviction que les biens matériels ne peuvent donner la vraie vie mais que, pour nous comme pour Marie, Jésus est la seule richesse » (Art. 20). Et dans le chapitre sur la chasteté consacrée : « Vouer notre cœur à Dieu tout en aimant tous les frères pour Dieu nous met sur le chemin de la simplicité, celle du cœur surtout, qui transparaît au dehors dans notre manière d’être avec les gens, proches d’eux, accueillantes, ouvertes, dans une belle liberté, tout en gardant la réserve de qui ne s’appartient plus » (Art. 28). La vie de prière elle-même sera aussi empreinte de cette attitude : « Le chemin de simplicité qui est le nôtre doit marquer notre prière. Le petit, le simple sait que sans Dieu il ne peut rien ; nous avons à nous mettre devant Dieu comme celles qui savent qu’elles ont tout à recevoir de Dieu » (Art. 32). Aussi la prière sera souvent « émerveillement devant Dieu qui agit en nous et autour de nous » (Art. 33). Cette simplicité rend plus facile le regard de foi : « La rencontre du plus petit d’entre nos frères sera pour nous rencontre privilégiée de Jésus lui-même » (Art. 34). La communauté, rassemblée par le Christ, se veut elle aussi « sous le signe de la simplicité et du partage » (Art. 45), comme c’était le cas pour Jésus et Marie à Nazareth. Une des grandes tâches du nouvel Institut sera de construire cette communauté dont Jésus est « le centre et la base ». Le partage du travail, la vie dans « la simplicité du cœur qui porte à admirer ce que fait l’autre et à voir Dieu qui travaille en tout » (Art. 45), les rencontres « pour discerner ensemble, dans un climat de foi, les désirs de Dieu sur nous afin de mieux nous engager dans notre mission » (Art. 46), la prière partagée, l’Eucharistie quotidienne surtout, « signe de notre unité » (Art. 44), autant de moyens qui font progressivement de ce groupe une « communion », à laquelle Dieu semble accorder la fécondité.

Cette vie se manifeste aujourd’hui par de nombreuses demandes d’entrée dans l’Institut. Pour le moment, il y a trois novices et trois postulantes qui, à une exception près, ont chacune fait une année de travail professionnel avant l’arrivée au postulat. La vitalité s’exprime au dehors par un souci plus concret de servir là où des appels pressants semblent sans réponse : éducation nutritionnelle et action directe pour sauver la vie de nombreux enfants souffrant de malnutrition, visites à la prison avec aide aux plus malheureux et sorte de précatéchèse occasionnelle à l’aide de dias. On garde aussi ce que l’on a commencé, catéchèse, groupes de jeunes, et l’on intensifie la présence au milieu du peuple par une présence discrète mais réelle aux joies et aux peines des gens ; « l’accueil, forme de partage toujours possible » est vécu chaque jour ; on essaie de rendre plus réel le partage de « tous les travaux assumés par les femmes de chez nous » (Art. 56), ce qui est une manière efficace de rester « au milieu des gens, proches d’eux ». Sans vivre dans la misère - cela ne leur semble vraiment pas un idéal - elles participent aux dures conditions de vie actuelle de leurs frères, au souci du lendemain, à une certaine insécurité. Le partage matériel « avec les frères... en particulier les pauvres, les malades » est une réalité concrète. « Même si nous avons peu, c’est ce peu que nous partageons » (Art. 17). Il semble que leur prière quotidienne à Marie soit en voie d’exaucement : « Mère de patience et de silence, aide-nous à être comme toi, simples, obéissantes et ouvertes à nos frères, afin que notre communauté témoigne de la force de l’Esprit de Jésus et soit signe de Dieu parmi notre peuple ».

En terminant, je ne puis qu’émettre un vœu : que ce chemin de vie sur lequel elles marchent leur reste ouvert. Que nos Sœurs d’Afrique et nous-mêmes, qui sommes témoins des merveilles de Dieu, nous puissions dire et vivre en vérité cette phrase de saint Paul mise en exergue au chapitre « Vie apostolique » de la Loi de vie des Sœurs de la Mère du Sauveur : « Celui qui plante n’est rien, celui qui arrose n’est rien. Dieu seul compte, lui qui fait croître » (1 Co 3,7).

B.P. 309
KAMINA (Shaba), Zaïre

[1Les citations sont faites d’après des notes prises au cours des réunions. Il s’agit d’expressions spontanées et non du résultat d’une étude ou d’un travail préalable.

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