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À propos du « budget » personnel

Courrier des lecteurs

Vies Consacrées

N°1977-6 Novembre 1977

| P. 369-370 |

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Je voudrais désigner à votre attention une pratique que beaucoup de prêtres avaient dite souhaitable et qui s’est répandue dans plusieurs congrégations que je connais (dont la nôtre). Parties peut-être d’un désir justifiable de donner un peu de « responsabilité » aux sœurs, ou exactement « le sens de l’argent », les capitulantes ont décidé qu’une somme d’argent – la même pour toutes – serait donnée chaque mois à toutes les sœurs. Qu’on l’appelle (improprement !) SMIG [1], budget personnel, argent de poche (dont il faut répondre !), cette avance mensuelle a donné lieu, à mon sens, à des abus et cette pratique me paraît préjudiciable, grandement, et à une vraie pratique de la pauvreté et à la charité fraternelle. Comment voulez-vous qu’une sœur qui n’est pas suffisamment mûre et « raisonnable » en face de l’argent le devienne en usant de cette somme ? C’est un infantilisme organisé (« puisque j’ai à dépenser, je dépense ») et un défoulement qui se manifeste comme récupération. Cela devient un gaspillage, car chacun « pouvant », puis « devant » pourvoir à certains services que la communauté prenait normalement en charge, les petits achats se multiplient (un exemple : dans une grande maison, chaque sœur achète son petit paquet de poudre de savon, alors que la simple ménagère prend un baril ; individuel, ce dernier naturellement serait trop coûteux... et un peu encombrant).

Normalement, ce qui est dépensé doit être « déclaré », mais on a tendance à fausser les colonnes, d’autant que d’une part, ce qui reste (sur 100 FF) doit être redonné et que l’on fait quelques réserves, et que, d’autre part, certaines supérieures (aberrant !) considèrent que cette somme modique doit couvrir des dépenses (de vêtement, par exemple) beaucoup plus considérables.

Il s’en suit souvent que la sœur est acculée à faire des démarches auprès des parents ou d’amis pour se procurer ce que la communauté devrait lui fournir.

C’est un engrenage, car on observe une démission des supérieurs et une dégradation qui est fort grave (est-elle réversible ?) de la vie fraternelle, du sens de l’appartenance à un groupe. Comment n’en serait-il pas ainsi si tout service (conduire une sœur à la gare) se monnaie ? Si celle qui ne peut boire du café doit « s’acheter » du thé ? Si la communication téléphonique se rembourse dans sa propre maison ? Etc. Tout d’abord, chaque sœur n’a pas les mêmes besoins, celle qui est professeur ne se situe pas comme la cuisinière, celle qui prend un train pour se rendre à son travail ou à une bibliothèque « use » davantage d’argent. D’où discussion, aussi recherche de bonnes occasions, supputations, envie, bref tout un climat mesquin s’instaure, qui fausse le rapport de gentillesse, voire de justice et qui atteint la relation supérieure-inférieure (puisque c’est la supérieure qui détient le pouvoir de donner cet argent qui devient puissance d’avoir).

En fait, se procurer « de l’argent » devient une préoccupation et, ruse du diable, l’argent est redevenu ce qu’il était, un élément de convoitise.

Je sais que, dans certaines communautés, les sœurs devaient constamment recourir à la supérieure pour chaque achat, que parfois elles se trouvaient dans des situations ridicules parce qu’elles n’avaient pas un sou sur elles. Mais entre cette situation et cette « émancipation », il y a une marge. Le bon sens, tout simplement, aurait pu être le garant d’un assouplissement.

Une religieuse enseignante

[1SMIG = salaire minimum interprofessionnel garanti.

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