ÉCRITURE

LÉCU A., Tu m’as consacré d’un parfum de joie, Paris, Cerf, 2019, 200 p., 16 €.
À l’instar de la Bible, parfumée de part en part, voici un livre captivant, comme peut l’être un parfum aux effluves les plus subtiles et les plus entêtantes à la fois. Anne Lécu nous fait ici revisiter la Bible avec le nez ! Des « essences des commencements » (chap. 2), depuis le jardin embaumé de la création et les parfums des premiers sacrifices, nous voici entraînés dans la « Demeure aux multiples fragrances » (chap. 3), où se mêlent la myrrhe et l’encens, l’huile parfumée et la richesse des plantes et résines aromatiques. Un petit « pas de côté » vers la puanteur infecte du péché et de la mort permet de mieux ressentir à quel point le Christ, « le parfum du monde » par excellence, vient nous rejoindre dans notre atmosphère nauséabonde et la purifier de son souffle vivifiant. Et nous voici alors, baptisés, oints du Chrême parfumé pour être son Corps ecclésial, revêtus de cette mission incomparable de répandre dans le monde « la bonne odeur du Christ » (2 Co 2,15), pour que « la maison tout entière » – comprenons l’humanité, bien au-delà des frontières visibles de l’Église –, soit « remplie de l’odeur du parfum » (Jn 12,3), imprégnée de la suave odeur de l’Époux qui vient la visiter et l’attirer à lui, comme la Bien-aimée du Cantique qui court à l’odeur suave du parfum de son nom qui s’épand (cf. Ct 1,3-4). Un ouvrage qui fait tourner la tête ! – M.-D. WEILL, c.s.j.

PRIÈRE ET LITURGIE

ZUNDEL M., Vivre la divine liturgie (Œuvres complètes, I). Écrits de 1918 à 1935, rassemblés, présentés et édités par Marc Donzé, Paris, Parole et Silence, 2019, 528 p., 24 €.
Maurice Zundel (1897-1975) laisse une œuvre riche et qui continue, près d’un demi-siècle après sa disparition, de nourrir la réflexion et la vie spirituelle de nombreux lecteurs. Saluons l’initiative de la Fondation Maurice Zundel d’entreprendre la publication de ses Œuvres complètes. L’ensemble devrait comprendre neuf tomes. Chacun proposera, dans l’ordre chronologique, les livres et articles publiés au cours d’une tranche de quelques années ainsi que, regroupés cette fois par thème, des textes choisis appartenant à « l’œuvre orale » (enregistrements de conférences ou d’instructions de retraites). Le tome I reproduit deux éditions du Poème de la sainte Liturgie : celle de 1926, publiée sous le pseudonyme de « Frère Benoît » (l’abbé Zundel était aussi oblat bénédictin de l’abbaye d’Einsiedeln), puis celle, profondément remaniée et beaucoup développée, de 1934. Dans cette méditation poétique et mystique sur le rite de la messe, l’être humain, corps et esprit, célèbre la beauté de Dieu et participe à l’œuvre ecclésiale de transfiguration de la création entière. Publiés surtout dans des journaux et revues de Suisse romande, les quelque trente articles de la période 1918-1935 concernent, outre la spiritualité liturgique, les relations entre catholiques et protestants ainsi que des questions politiques et sociales : Zundel s’y fait par exemple l’avocat du droit de vote des femmes. – J. SCHEUER, s.j.

BIANCHI E., BOSELLI G., L’Évangile célébré, Namur-Paris, Lessius-Éditions jésuites (La part-Dieu 33), 2018, 232 p., 22 €.
Le présent volume est marqué par la conviction du rôle décisif de la liturgie dans l’évangélisation. En effet, il ne saurait y avoir d’Évangile que l’on annonce et auquel on croit, s’il n’y a pas en même temps d’Évangile célébré. La liturgie est l’Évangile célébré au quotidien dans l’Église. Elle n’est rien d’autre que l’Évangile en acte. Ce qui se passe au sein de la liturgie doit donc être entièrement justifié dans l’Évangile. En christianisme, ce qui n’est pas évangélique ne peut être liturgique. Voilà pourquoi la liturgie est un Évangile pour nos sens. Paroles, gestes, positions, comportements, attitudes intérieures et extérieures, vêtements et expressions artistiques doivent avoir un fondement évangélique, une consistance, une qualité évangélique. Car l’Évangile n’est pas seulement une parole, un message, un contenu, il est aussi une forme. La beauté de la liturgie est avant tout dans son être évangélique. Le Père Enzo Bianchi est le fondateur de la Communauté de Bose (6 août 1968), et le Père Goffredo Boselli, est moine de cette communauté et docteur en théologie. La communauté de Bose est une communauté d’hommes et de femmes, de catholiques et de réformés. Chacun demeure membre de son Église et « doit trouver dans la communauté l’espace pour sa confession de foi et l’acceptation de sa spiritualité ». La liturgie est centrée sur le patrimoine commun des Écritures et ne laisse pas de place aux manifestations caractéristiques d’une seule tradition. Cet aspect œcuménique est présent d’une manière particulière tout au long de ce livre, avec un désir de revoir et de réadapter la mise en application du texte conciliaire (Vatican II) : « Constitution sur la sainte liturgie Sacrosanctum Concilium ». – N. DENIÉ.

VIE DE L’ÉGLISE

CHIRON Y., La longue marche des catholiques en Chine, Paris, Artège, 2019, 334 p., 17,90 €.
Voici une fresque complète de l’histoire de l’évangélisation en Chine, proposée d’un style alerte et parfaitement documentée, comme l’indiquent les « sources et bibliographie » données en conclusion, mais aussi en notes infrapaginales. On en revient moins ignorant des aléas de l’aventure missionnaire, développée surtout dans les deux derniers siècles et jusqu’à aujourd’hui : Mao, l’Église patriotique, la Révolution culturelle, le dialogue avec l’État et les deux « Églises parallèles » tracent les prémices de l’Accord provisoire de 2018, cette menace de « sinisation » de l’Église, aux dires du Cardinal Zen rencontré en finale – mais pourquoi l’éditeur a-t-il cru bon de monter en épingle, par sa couverture, l’opposition du Cardinal à cet accord « qui va détruire l’Église catholique fidèle » ? Cette présentation peut attirer le chaland, elle ne rend pas justice à la minutie de l’immense enquête historique ni aux nuances sans cesse apportées aux interprétations que chaque époque a pu apporter à ce qui la précédait. Un ouvrage d’une « actualité brûlante », en effet. – N. HAUSMAN, s.c.m.

TÉMOINS

RICHARDT A., Ozanam, le compatissant (1813-1853), Paris, Artège-Lethielleux, 2019, 156 p., 16 €.
Béatifié à Notre-Dame de Paris en 1997 par le pape Jean-Paul II, le laïc Frédéric Ozanam (1813-1853) est sans doute connu comme fondateur de la Société de Saint-Vincent-de-Paul et instigateur principal des Conférences de Notre-Dame. Ce journaliste, avocat et historien brillant, professeur en Sorbonne, était aussi époux et père de famille, et l’ami de Lacordaire, sinon de Lammenais et Montalembert (voir les intéressantes biographies succinctes données à la fin). Basée sur les œuvres complètes (11 volumes) et surtout sur les lettres (6 volumes) recensées en annexe, cette biographie de celui qui, aux dires du cardinal Lustiger cité dans la postface, « a inauguré la vivante tradition universitaire catholique » se lit d’une traite : on y trouve entrelacées l’histoire d’une âme éprise des pauvres autant que de la vérité et celle d’une époque, qui a semblé mettre un terme à l’espérance d’une république chrétienne. – N. HAUSMAN, s.c.m.

BONHOEFFER D., Éthique (Œuvres 6), Genève, Labor et Fides, 2019, 403 p., 34 €.
Théologien protestant allemand, opposant au régime nazi, Dietrich Bonhoeffer fut bientôt interdit de parole et de publication. Arrêté en avril 1943, il fut exécuté deux ans plus tard, quelques semaines avant la fin du conflit. Convaincu de l’urgence d’une nouvelle pensée chrétienne dans la situation tragique de l’Allemagne et de l’Europe, Bonhoeffer consacra les dernières années de sa courte carrière à la rédaction d’une Éthique. Lucidement, il souhaitait aussi préparer les esprits à l’après-guerre. Pour lui, penser à neuf l’éthique, c’est « dire comment le Christ peut prendre forme parmi nous, ici et maintenant ». Quelle que soit la gravité des circonstances, le chrétien ne peut se réfugier dans un monde à part : « Appartenant tout entier au Christ, il se trouve être en même temps tout entier dans le monde ». Son ouvrage inachevé ne nous est parvenu qu’à l’état d’une douzaine de fragments. Conformément à la récente édition critique allemande (1992), cette nouvelle publication suit l’ordre chronologique de leur rédaction (de 1940 à 1943) et non plus un plan systématique. La traduction française de Lore Jeanneret (1965) a été revue par Bernard Lauret avec la collaboration de Henry Mottu (lequel signe également l’Introduction). Elle vise à corriger des imprécisions voire quelques contresens et se veut plus proche de l’allemand. Le volume comporte une copieuse bibliographie et des index. – J. SCHEUER, s.j.

SPIRITUALITÉ

LAVIGNE J.-C., Le moment contemplatif, Paris, Cerf, 2019, 244 p., 19 €.
Dominicain et supérieur de la maison internationale d’Évry et bien connu de nos lecteurs (cf. VsCs 2013-2, 2014-1 et 2, 2016-4, 2018-2 et 2019-2), Jean-Claude Lavigne, dans ce nouvel ouvrage, poursuit un objectif élevé : mettre à la portée (et au goût) du plus grand nombre une vie spirituelle authentique, profonde, et, ne craignons pas de le dire, mystique. Car tel est bien le fondement de l’ouvrage : la vie mystique n’est pas une vie d’exception réservée à quelques croyants d’élite, ni une vie frôlant l’irrationnel, voire l’ésotérisme. La vie mystique n’est rien d’autre que la vie baptismale, chrétienne, vécue à l’aide de la Parole de Dieu et de la liturgie, des trésors de la Tradition (iconographie, lectio divina, prière vocale, visites au Saint-Sacrement, silence intérieur, retraite spirituelle, etc.), et soutenue par l’expérience et les conseils de discernement prodigués par des frères aînés ayant parcouru avant nous ce « chemin amical, amoureux et enamouré de la contemplation », que Dieu désire pour tout homme. Encore faut-il rester pauvre devant ce « moment contemplatif », qui n’est le fruit d’aucune technique, d’aucun mérite, d’aucune monnaie d’échange avec Dieu, mais pur don de sa grâce, moment à accueillir quand il est donné, en laissant tout simplement Dieu être Dieu. – M.-D. WEILL, c.s.j.

TESTUT S. G., Le combat spirituel à la lumière de saint François d’Assise et de ses frères, Paris, Nouvelle Cité (Spiritualité), 2018, 192 p., 18 €.
Il n’y a pas de vie sans combat. L’auteure, Suzanne Giuseppi Testut, en décrit dans cet ouvrage un des aspects essentiels, le combat spirituel. Pour ce faire, elle nous invite à une méditation autour du propre combat de saint François d’Assise, mais surtout de l’homme François qui, à travers ses désirs, ses luttes, ses échecs et ses victoires, révèle à tous ceux qui l’approchent et l’écoutent, un puissant message d’espérance. Le combat spirituel à la lumière de saint François est une méditation qui renvoie tout un chacun vers ce à quoi il est appelé en profondeur : « recevoir et donner la vie en abondance ». Elle confronte l’homme à son agir et à sa responsabilité. Elle l’aide à découvrir ce qu’il peut réaliser concrètement. Elle entraîne ainsi le lecteur dans une nécessaire et profonde écoute du cœur. Ce livre est à lire et à relire paisiblement, en laissant résonner dans tout notre être, le chemin que François nous propose et qui est accessible à tous. Suzanne Giuseppi Testut est tertiaire franciscaine et auteure de plusieurs ouvrages à succès liés à la spiritualité de saint François d’Assise. Elle accompagne de nombreuses personnes et communautés religieuses. – N. DENIÉ.

LENOIR Th., Les portes du ciel, paraboles sur le paradis, Bière (CH), Cabédita (Parole en liberté), 2018, 96 p., 14,50 €.
Ce livre cherche à laisser résonner le verbe du Christ poète qui, par ses images, ses paraboles, ouvre la porte d’un étonnant paradis enraciné entre la Terre et le Ciel. Dans un langage clair et imagé, l’auteur cherche en effet à souligner la modernité, la pertinence et la poésie des paraboles du royaume selon Jésus. Un royaume céleste bien ancré dans nos réalités terrestres et quotidiennes, qui recèle d’importantes clés relationnelles avec soi et les autres. Plusieurs interprétations peuvent nous surprendre et ouvrir en nous un nouveau chemin de compréhension de certaines paraboles. Notre approche du Royaume des Cieux s’en trouve enrichie. Ce livre est à lire et à relire les soirs de fatigue ou au moment de prier, les jours où nous avons le cœur vide. Il est source de joie et d’espérance. L’auteur est né en Suisse en 1957. Il est pasteur et aumônier. Il exerce actuellement son ministère à la Clinique La Lignière en Suisse. Engagé dans le dialogue interreligieux, il cherche à explorer les chemins de la réconciliation. Violoniste depuis l’âge de 5 ans, il organise régulièrement des concerts et cherche à rendre à l’art sa dimension spirituelle. Conférencier et écrivain, il a écrit plusieurs ouvrages de spiritualité. – N. DENIÉ.

GROLLIER V., Prier 15 jours avec... Yvonne-Aimée de Malestroit, Bruyères-le-Châtel, Nouvelle Cité (Prier 15 jours avec... 205), 2018, 120 p., 12,90 €.
La collection Prier 15 jours avec... nous fait découvrir avec bonheur l’âme toute eucharistique de Mère Yvonne-Aimée, supérieure de la Communauté de Malestroit, puis à partir de 1946 supérieure générale de la Fédération des Augustines hospitalières de la Miséricorde de Jésus (30 maisons, totalisant 1500 religieuses), morte en odeur de sainteté à 49 ans en 1951. À la jeune Yvonne de neuf ans, qui s’était offerte dans le secret au Cœur de Jésus au moment de sa première communion, Jésus ouvrit tout grand le trésor de ses grâces : grâces d’union à son Cœur, grâces de confiance et de fidélité au cœur des nuits spirituelles et des combats d’une rare intensité qui ne lui furent pas épargnés, mais aussi une pluie de dons et de grâces charismatiques qui furent souvent mal comprises, jusqu’à la faire passer auprès de beaucoup « comme une déséquilibrée victime de ses illusions, voire une manipulatrice » (p. 8). Après un premier commencement de procès en béatification en 1957 et stoppé par le Saint-Office en 1960, le temps est peut-être venu : Mgr Gourvès, évêque de Vannes jusqu’en 2005, ayant sollicité cette même année auprès de Rome la reprise de l’introduction de la cause. – M.-D. WEILL, c.s.j.

RELIGIONS EN DIALOGUE

PENNA-DIAW L., La musique des wolof du Sénégal (Régions du Kajoor, Saalum et Waalo), Paris, Peeters (Selaf, 468), 2016, 204 p., 64 €.
L’A., italienne, s’intéresse à la musique vocale des wolof du Sénégal. Elle veut déterminer si, dans chacune des régions ciblées, les chants ont une identité propre, tant sur le plan social, musical que linguistique. L’étude se divise en cinq chapitres : éléments sociohistoriques (chap. 1) ; histoire et transformations de la société wolof (chap. 2) ; fonctions de la musique dans la société (chap. 3) ; systématique musicale (chap. 4) et organisation et patrimoine musical (chap. 5). La musique de cette population, demeurée largement ignorée (p. 73), est « omniprésente dans toutes les étapes de la vie, collective et individuelle. Elle est indissociable des événements rituels, religieux et profanes » (p. 37). « Notons l’absence de musique dans les circonstances qui entourent les décès » (p. 70). Au-delà de la figure centrale du griot, chanteur professionnel, ce sont principalement les femmes qui chantent : « Elles détiennent la plupart du patrimoine musical » (p. 70). Les hommes, qui sont souvent spectateurs ou musiciens, ne chantent qu’à des occasions spéciales. Le patrimoine musical wolof comprend huit types de chants (p. 37-38), et l’essentiel est chanté a capella (p. 55). C’est dire que « le répertoire instrumental y est beaucoup moins imposant que le vocal » (p. 59). Nous avons là une monographie riche d’informations pour celui qui veut connaître la musique des wolof et les instruments qui l’accompagnent. Le lecteur découvrira aussi un glossaire des termes vernaculaires et tout un répertoire de chants traduits et transcrits. – J. DIOUF, prêtre du diocèse de Dakar.