Un périodique unique en langue française qui éclaire et accompagne des engagements toujours plus évangéliques dans toutes les formes de la vie consacrée.

Un temps supérieur à l’espace

La vie cloîtrée selon Thérèse d’Avila

Lucie Rivière

Énigme indéchiffrable pour un monde entièrement poreux et mobile, la clôture du monastère incarne admirablement un principe souvent rappelé par le pape François : « le temps est supérieur à l’espace ». Au Carmel, c’est bien le temps, spécialement le temps consacré à l’oraison, qui ordonne l’espace : « rien ne sert de parler de l’espace-clôture si le temps-clôture n’est pas amorcé. Un espace-clôture sans un temps-clôture n’est qu’un lieu confiné, une séquestration. [...] En l’absence d’oraison, le monastère devient prison, et la communauté des sœurs “un troupeau parqué pour les enfers et que la mort mène paître” selon l’expression du psalmiste » (p. 21). En dix réflexions méditatives finement ciselées, sœur Lucie, carmélite, reprend les intuitions fondatrices de Thérèse d’Avila : « espace livré à la grâce de l’éternité s’emparant du temps présent », la clôture se révèle chambre nuptiale, dans laquelle se déploie jour après jour l’entrecroisement du temps-chronos – la vie à Nazareth – et du temps-kairos – le mystère pascal. « Le temps de prière ordonne l’espace de la chapelle. Le temps de récréation ordonne l’espace d’une salle de récréation [...] Les temps de solitude, de lecture spirituelle, du sommeil ordonnent l’espace de la cellule. Le temps des visites ordonne l’espace du parloir » (p. 85-86) ; de sorte que la vie cloîtrée « ne dispense pas de la réalité du temps, au contraire il la densifie et la rend possible sous le regard de l’Époux » (p. 93). Ainsi, « en entrant en clôture, la carmélite renonce [...] à donner la priorité à l’espace. Elle ne verra pas tout, n’entendra pas tout », mais elle entreprend un « étonnant voyage intérieur au centre le plus profond de son être » : « Sa vie part non pas d’un interdit, la délimitation de l’espace, mais elle part du don de Dieu, un don qui imprègne tout le temps de sa vie » (p. 41), une vie devenue « fondamentalement eucharistique » (p. 61), accordée au « Maintenant » de la Présence de l’Époux, et à l’écoute de sa Parole éternelle, qui demeure à jamais. Ainsi le temps de la grâce délimite-t-il un nouvel espace : non celui de la clôture, mais celui-là même de la Sainte humanité du Christ – centre du cosmos et de l’histoire –, espace ouvert sur le ciel. À lire... en prenant son temps.

Toulouse, Éditions du Carmel, février 2018

135 pages · 17,00 €

Dimensions : 14 x 21 cm

ISBN : 9782847135480

9782847135480

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