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Le perturbateur d’Israël

Étude des deux théophanies sur le Carmel (1 R 18,17-45)

Toni Eid

Le P. Eid, de l’ordre libanais maronite, publie sa thèse de doctorat obtenue en 2015 à l’Institut Biblique de Rome et consacrée aux célèbres scènes du mont Carmel où le prophète Élie voulu prouver la supériorité de YHWH sur Baal, entraînant par là-même la fin de la sécheresse (1 R 18,17-45). Le point de départ de cette étude, en même temps que sa clé de lecture originale, se focalise sur les accusations mutuelles que s’échangent Élie et Achab d’être chacun le « perturbateur » (’akar) d’Israël (18,17-18). La thèse souligne l’unité profonde qui existe entre les trois péricopes étudiées : la rencontre entre Élie et Achab, la descente du feu, la venue de la pluie. Une étude lexicale fouillée de la racine ’kr, montre que celle-ci ne désigne pas seulement une perturbation dans son sens strictement négatif, mais qu’elle implique également le traitement de cette perturbation. Pour l’A., l’accusation d’Achab à l’égard d’Élie n’est en aucun cas fondée ; en réalité, c’est Achab (et la maison de son père) qui est le véritable perturbateur d’Israël et les deux épisodes qui suivent ont pour enjeu de traiter cette perturbation. Il s’agit de deux théophanies : la «  théophanie du feu », qui réussit à ramener Israël à la foi dans YHWH, et la « théophanie de la pluie », à laquelle Achab restera malheureusement insensible. On notera cependant que le portrait d’Élie qui émerge de cette lecture est unilatéralement positif, celui d’un « défenseur de la foi en YHWH », alors qu’une lecture plus étendue (1 R 16-22) nuance cette manière de voir : dans une thèse de doctorat récemment défendue à l’UCLouvain et portant sur 1 R 16,29-22,40, il a été montré que la relation d’Élie à YHWH reste problématique. Il se présente comme un « serviteur de Dieu » mais ne lui obéit vraiment que lorsque sa survie est en jeu. Sa soif d’auto-affirmation est telle qu’il prend des initiatives très personnelles au nom de YHWH. Il se révèlerait en définitive comme un prophète au service de ses propres ambitions (cf. « Chronique Louvaniste », Revue Théologique de Louvain 49-2, 2018, p. 298).

Paris, Éditions du Cerf, janvier 2018

252 pages · 24,00 €

Dimensions : 15,5 x 23 cm

ISBN : 9782204124218

9782204124218

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