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Le Paraclet, mémoire de l’Église

Regard sur la mission de l’Esprit à la lumière du quatrième Évangile

Gonzague de Longcamp

Un prêtre de la Congrégation Saint Jean qui ose une thèse d’ecclésiologie johannique sur les discours après la scène en forme de « pneumatologie christologique », est-ce donc possible ? Le frère Gonzague de Longcamp l’a fait, pour son doctorat canonique obtenu, sous la direction de Pierre Gervais, s.j., dans cet Institut d’Études théologiques de Bruxelles aujourd’hui voué à son invisible fécondité. La préface dont le père Y.-M. Blanchard a gratifié la rapide publication, après avoir fait partie du jury de la thèse, parle heureusement d’un « long et savant commentaire », qu’un tel préfacier suffit déjà à autoriser.

Après quelques propos liminaires sur la situation de l’ecclésiologie contemporaine, une première partie entreprend l’analyse textuelle de Jn 13 à 17, à partir d’un « status quaestionis » très stimulant (ch.1). Le cadre herméneutique (et tout autant liturgique) du chapitre 2 montre la fonction centrale de ces « discours après la Cène » pour l’ecclésiologie johannique, en raison de leur unité tout ensemble littéraire, théologique, existentielle. Le chapitre 3 porte sur Jn 14, avec ce lavement des pieds présenté comme une « œuvre plus grande » qui opère un discernement entre les disciples et le monde et constitue la communauté dans sa nature pascale et eschatologique ; l’obéissance aux commandements s’y atteste comme un thème central de l’ecclésiologie johannique, hérité de la christologie, avec la première promesse du Paraclet (14,16-17). La seconde promesse (14,25-26) voit s’établir une distinction entre la mission du Christ et celle du Paraclet. C’est l’un des axes de la thèse, qui reviendra dans la Partie plus systématique. Les thèmes centraux du chapitre 4, sur Jean 15 (la vigne, le monde, le témoignage) redupliquent , dans cette « parenthèse centrale », « condensé de l’ecclésiologie johannique », la structure (tripartite) du chapitre 13 dans la triade nommée audacieusement (anachroniquement ?) « mystère, communion, mission » ; on y voit trois aspects de la communauté pascale : « son origine ‘théologique’ dans le lien qu’elle entretient avec le Père-Source et le Christ envoyé, son existence communautaire dans l’exercice de l’amour mutuel et enfin sa relation au monde au milieu duquel elle est appelée à témoigner ». Le chapitre 5, sur Jn 16 « poursuit l’exposé » par « l’elenxis triforme du Paraclet » (il « confondra », 16,8-12) où s’exprime sa triple mission d’herméneute de la Parole du Christ : il conduira, annoncera, glorifiera. En conséquence, voici la communauté en passage (16,16-33), du non voir au voir, de la tristesse à la joie de la femme qui enfante, vers une nouvelle parole : parole ouverte au sujet du Père, nouveau voir Jésus, nouvelle relation avec le Père établie par l’Esprit dans la prière de demande. Le chapitre 6 voit Jean 19 accomplir les cinq promesses de l’Esprit, puisque « le Christ à la Croix fonde la nouvelle oikia pour célébrer la nouvelle Pâque ». Le Disciple bien-aimé, « anti-figure du traître », se retrouve à tous les moments fondateurs de la communauté : au lavement des pieds et à la croix, en témoin de l’achèvement de la mission du Christ et du don de l’Esprit, mais aussi, comme archétype du croyant pascal. L’Église advient donc comme communauté de mémoire, de témoignage et d’annonce – le rythme ternaire ne s’essouffle donc pas. Le chapitre 7 consacré aux apparitions pascales et au don de l’Esprit (Jn 20) suggère qu’« il ne s’agit pas tant du don de l’Esprit que de sa réception par les disciples » envoyé en mission.

Dans une deuxième partie, intitulée « Analyse théologique », le chapitre 8 entend développer l’« ecclésiologie johannique à caractère pascal » et non pas seulement la situation pascale de la communauté johannique. Si elle est instituée, cette communauté l’est par la mission du Christ qui s’achève dans la mission du Paraclet-herméneute – tout ensemble mémoire, témoin et proclamation eschatologique ; voici « le maillage de l’existence ecclésiale comme mystère, communion et mission ». Le chapitre 9, consacré à la mémoire de l’Église, revient sur la présence triforme de la Parole à la source de l’Église (commandement reçu, témoignage vu, advenue de la vérité eschatologique), présence médiatisée par le Paraclet ; l’auteur y reconnaît la Tradition, « acte pneumatique constitutif de l’Église ». Le chapitre 10 veut articuler finalement christologie, pneumatologie et ecclésiologie ; il en appelle à Congar qui cherchait, l’un des premiers chez les catholiques, à développer une ecclésiologie pneumatologique – le dialogue se poursuit avec Zizioulas. Ici, s’ouvre, au moins prospectivement, également le champ de la mémoire pascale des pauvres qui elle aussi fait l’Église. Les perspectives finales commencent par une superbe rétrospective de toute la thèse et de sa démarche. Dans la prospective qui suit, il est question d’une « opportunité œcuménique », et de réelles avancées en théologie pratique. L’ouvrage se termine sur une imposante bibliographie où ne manquent ni l’allemand, ni l’italien, ni l’anglais ; et une liste des abréviations avant d’ultimes remerciements.

Collection Patrimoines

Éditions du Cerf, Paris, septembre 2020

484 pages · 29,00 €

Dimensions : 15 x 22 cm

ISBN : 9782204140294

9782204140294

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