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Le droit de l’Église au service... du gouvernement de la vie religieuse

Cédric Burgun Bruno Gonçalves

La Faculté de droit canonique de l’Institut catholique de Paris a consacré en 2020 une journée d’études pluridisciplinaire sur le gouvernement des instituts de vie consacrée dont les textes ici publiés ne manqueront pas d’intéresser tous ceux qui cherchent dans la réflexion théologique et les moyens canoniques les ressources appropriées aux crises présentes.

Après une présentation liminaire « Autorité, pouvoir et service dans la vie religieuse » qui donne le ton (Mgr J.-P. Gaillet, o.f.m.), C. Burgun, vice-doyen, s’interroge sur « la nature du gouvernement dans l’Église » pour en venir aux instituts de vie consacrée où il investigue le pouvoir des supérieurs (domestique et de juridiction) autant que la liberté de conscience et le respect des personnes. Br. Gonçalves, c.o., s’intéresse au gouvernement en tant qu’il exprime le charisme, ainsi qu’aux normes (souvent les Constitutions) qui permettent de s’y ajuster. Si l’autorité dans l’Église est hiérarchique, elle est parfois aussi collégiale ou synodale et c’est ce qu’explore, dans le cas de la vie religieuse, L.-M. Pocquet du Haut-Jussé, s.m.j. : les conseils, chapitres et autres organes de consultation structurent la communion en mode synodal (p. 90). « Face aux abus de pouvoir dans l’Église », Fr.-M. Léthel, o.c.d., propose « un chemin de réforme et de guérison », à partir du cas extrême de Jeanne d’Arc, puis, dans le cadre de la vie religieuse, de celui de Thérèse de l’Enfant-Jésus ; on y apprend que c’est l’ecclésiologie conciliariste qui a perdu Jeanne d’Arc, autant que la mauvaise réception gallicane d’un décret romain a meurtri l’aspiration de Thérèse à la communion fréquente. Le nouveau Code et l’exemple personnel se conjuguent pour urger la liberté de conscience et l’appel à la sainteté dans le monde d’aujourd’hui. Les deux dernières études sont d’un intérêt exceptionnel, sur des sujets rarement évoqués. Jean-Charles Nault, o.s.b. partage son expérience du « gouvernement accompagné » que représente la visite canonique, qu’il entend comme une grâce annoncée et une expérience de communion, comportant l’obligation d’être suivie d’effets. Henry Donneaud, o.p., traite du « gouvernement suppléé », c’est-à-dire du rôle distinct des assistants et commissaires (ou délégués) pontificaux ; on ne s’étonnera pas d’y voir décrit le cas de la communauté des Béatitudes. Les difficultés viennent, dans ce dernier genre de mission, du regard porté de l’extérieur vers l’intérieur, mais aussi de la diversité des crises. À noter plus d’une sage recommandation : le commissaire ou délégué est au service du charisme de ceux qu’il vient aider, il n’a pas à devenir le refondateur de l’institut, ni d’abord à sévir ou à punir. « Si l’Église lui a confié la mission d’aider cet institut, c’est qu’elle estime que celui-ci mérite de vivre et de guérir... Son objectif ne peut être autre que d’aider l’institut à se reprendre peu à peu en main lui-même. » Un petit livre bien précieux.

Collection Cahiers de la Faculté de Droit canonique de l’I.C.P.

Artège-Lethielleux, Paris, novembre 2020

174 pages · 16,00 €

Dimensions : 13 x 18 cm

ISBN : 9782249910319

9782249910319

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