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La dramatique conciliaire de l’Antiquité à Vatican II

Guillaume Cuchet Charles Mériaux

À l’occasion du cinquantenaire de l’ouverture du concile Vatican II (1962) et du 450e anniversaire de la clôture du concile de Trente (1563), l’Institut de recherches historiques de Septentrion (IRHIS) (Université de Lille, Université du Littoral-Côte d’Opale, Université Polytechnique Hauts-de France, Université Catholique de Lille, Université Picardie Jules Verne) a organisé un colloque et rassemblé 24 articles concernant « la dramatique conciliaire » pour étudier comment comprendre que les acteurs des conciles aient pu être à la fois des tacticiens rompus aux usages de la mécanique des assemblées et des croyants sincères, convaincus que le Saint-Esprit pilotait en sous-main les opérations et que ce combat en apparence politique était en réalité spirituel.

Le volume comprend 4 parties : 1. Écrire et réécrire la dramatique conciliaire ; 2. Le pape et la papauté au cœur de la dramatique conciliaire ; 3. L’empereur, le roi, l’état, acteurs de la dramatique conciliaire ; 4. La dramatique par excellence : Vatican II, les moments, les hommes, les groupes. Pour une quinzaine de conciles ou synodes, des historiens spécialistes nous disent la nature de ces assemblées si particulières (d’Éphèse jusqu’au concile provincial de Paris en 1849-1850).

La 4e partie sur Vatican II (p. 347-456) à cause de son actualité nous semble particulièrement intéressante pour illustrer la manière dont, pendant le concile, les Pères ont vécu cet événement religieux tout en s’engageant avec tous les moyens humains pour obtenir la victoire de leurs points de vue.

Il y a d’abord l’article du prof. Fouilloux sur la fameuse « settimana nera » en novembre 1964, où le pape est intervenu dans le débat sur la collégialité avec une Nota Explicativa Praevia, où il a approuvé le report du vote sur la liberté religieuse, où il a ajouté 19 modi dans le texte sur l’œcuménisme et a proclamé Marie, Mère de l’Église. C’est alors qu’un évêque (Mgr De Smedt) s’est lamenté que certaines manœuvres ne pouvaient quand même venir du Saint-Esprit. Puis, L. Figoureux explique que le Père de Lubac, certes, a eu une influence considérable sur le concile par ses idées et ses publications. Mais par tempérament, par sa santé et après les rigueurs endurées en 1950, il n’était pas homme à occuper dans l’assemblée du concile un rôle de premier plan. L’intervention du cardinal Liénart, le 13 octobre 1962, qui a obtenu le report de quelques jours des élections des commissions conciliaires est présentée par Catherine Masson. C’était une première manifestation d’un concile qui voulait devenir adulte. Étienne Lock traite de la Panafricaine épiscopale au Concile Vatican II avec son groupe anglophone et francophone, sujet qui n’a été que peu traité dans l’abondante littérature sur le concile. Fort heureusement il a fait le lien avec le contexte africain et ses intellectuels. Philippe Roy-Lysencourt, auteur d’une importante thèse doctorale à ce sujet, analyse le rôle des traditionalistes et du Coetus Internationalis Patrum. Si au début du concile, leur influence est encore réduite, à partir de la 2e session ils se groupent en un Coetus, tiennent régulièrement des réunions et diffusent des textes. Même s’ils ne sont pas nombreux (environ 200), leur influence n’est pas minime parce qu’ils disposent d’appuis dans la Curie et même le pape n’est pas insensible à certaines de leurs préoccupations. Enfin, Christian Sorrel analyse le journal du concile du sulpicien Marcel Breysse, vicaire général de Mgr Couderc, évêque de Viviers et peritus conciliaire. Réformateur pondéré, il donne des regards sur l’aula depuis la tribune des periti.

Dans une brillante conclusion, Jacques Prévotat souligne que ces études de l’œuvre conciliaire, abordées sous l’angle fécond de la « dramatique conciliaire », touchent à des aspects inattendus et féconds dont l’historiographie future ne manquera pas de bénéficier. Le lecteur attentif de ce bel ouvrage devra toutefois tenir compte du fait que « Dieu n’est pas un personnage de l’histoire » (comme le disait Loisy) mais aussi qu’il faut regarder la réalité du concile avec les « yeux de la foi » (Rousselot).

Villeneuve d'Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, octobre 2019

470 pages · 35,00 €

Dimensions : 16 x 24 cm

ISBN : 9782757428078

9782757428078

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