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L’Église déchirée

Comprendre et traverser la crise des agressions sexuelles sur mineurs

Stéphane Joulain Karlijn Demasure Jean-Guy Nadeau

Une petite trentaine de contributeurs, originaires d’une dizaine de pays, tous hautement qualifiés dans ce navrant domaine des agressions sexuelles sur mineurs, présentent ici leurs plus récents travaux. Ce fort volume, assorti d’une bibliographie complémentaire, procède en quatre temps : « les victimes : conséquences des abus de l’enfance à l’âge adulte » ; « les auteurs : profils et prise en charge » ; « l’Église dans la tourmente » ; « emprunter de nouveaux chemins ». On voit le parti-pris, délibérément réaliste, tout en demeurant ouvert à une forme d’espérance. Les questions du pardon, du soin de la victime et de sa famille, de la justice pénale et canonique, traversent tout l’ouvrage, qui ne manque pas de s’interroger (c’est le fait de la troisième partie) sur la crise institutionnalisée, le modèle sacerdotal devenu système clérical, le célibat comme déni du corps, l’étrange autonomie canonique des évêques, les mécanismes de résistance, ici ou ailleurs. Les nouveaux chemins examinés dans la quatrième partie insistent sur l’écoute des adultes et des enfants, le soin des blessures de l’âme, la réparation et l’indemnisation, le statut (faible) des victimes en droit ecclésial, la formation des prêtres à redimensionner (Pierre-Yves Pecqueux), le dépassement du déni, la nouvelle compréhension des vocations (hors fascination pour des figures problématiques) et une autre lecture de l’Écriture (Philippe Lefebvre, Véronique Margron, Sylvain Gasser, Michael Davide Semeraro).

On notera, à titre d’éclats, que « l’Évangile ne pardonne pas toujours » (p. 92) ; qu’« une personne attirée sexuellement par le corps d’un enfant peut avoir des pensées à contenu sexuel sans jamais agresser un enfant » (p. 151) ; que l’espace potentiel pour les soins des auteurs de violences sexuelles ne peut s’ouvrir qu’« après la révélation des faits et leur judiciarisation » (p. 165) ; que les caractéristiques des prêtres ou des personnes consacrées qui ont agressé sont « similaires à celles d’autres personnes de la population générale des délinquants » (p. 198) ; que certains éléments sont « constitutifs d’une culture et d’une structure favorisant le passage à l’acte transgressif et le maintien de comportement criminel chez certains clercs » (p. 208) ; que la représentation ministérielle du Christ « ne doit pas être vécue comme un remplacement du Christ, mais comme une transparence au Christ » (p. 317) ; que la chasteté ne suppose pas qu’on n’entre dans aucune forme de relation profonde (p. 338) ; que le Dieu des victimes est celui que la plainte finale de Jésus laisse deviner comme impuissant (p. 551). Oui, comme l’écrit Stéphane Joulain en conclusion, « l’ensemble de ces chapitres sont autant de portes d’entrée et d’espaces de réflexion qui peuvent être examinées indépendamment » (p. 576), afin d’établir un état des lieux du corps déchiré du Christ, puis de le soutenir s’il est vrai que, comme la femme infirme, l’Église est appelée à recentrer son regard sur Jésus, pour son redressement (p. 573).

Bayard Éditions, Paris, septembre 2021

602 pages · 34,00 €

Dimensions : 16 x 23 cm

ISBN : 9782227498471

9782227498471

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