Un périodique unique en langue française qui éclaire et accompagne des engagements toujours plus évangéliques dans toutes les formes de la vie consacrée.

Eglise catholique

Renaître ou disparaître

Charles Delhez

On ne présente plus l’auteur de cet opuscule. On connaît bien sa capacité à interpeller et à provoquer sur des sujets d’une actualité brûlante. Le jésuite est fidèle à sa réputation dans ce petit livre dans lequel il pose des questions pertinentes qui touchent, effectivement, la vie ou la mort de l’Église. Certes, on le rejoint dans ses constats concernant la crise religieuse globale et le péril institutionnel dans lequel se trouve l’Église catholique. Il est largement temps de faire quelque chose. Pour l’auteur, le problème se situe largement dans le cléricalisme. Le pape l’a maintes fois dénoncé. Le rapport de la CIASE a mis en lumière l’articulation entre abus spirituel et sexuel. Il est donc légitime de questionner la place « à part » du prêtre et la concentration en sa main de tous les moyens de salut. Pourtant, on ne peut pas cautionner le côté désordonné des arguments qui sont ici présentés. L’auteur accumule des lieux communs et des généralisations pour appuyer une dénonciation du « cléricalisme » et du « système romain » qui telle qu’elle est proposée, ne construit rien.

En effet, citant D. Hervieu-Léger, l’auteur prétend que l’Église maintient un pouvoir vertical purement masculin, sans vouloir regarder, par exemple, la multiplicité et la variété du vocabulaire utilisé au Concile pour décrire la mission du prêtre et les autres ministères. Il me semble que ce n’est ni vrai ni honnête. En parlant des « prêtres de demain » (p. 45s), l’auteur met sur le même plan l’ordination de viri probati, l’ordination des femmes, et la « décléricalisation » opérée par la réforme de la curie romaine, grâce à la constitution Predicate Evangelium. Rien n’est faux dans ce qui est dit par un journaliste et sociologue d’expérience, religieux et prêtre, mais tout est aplati.

Nous ne pouvons que rejoindre Charles Delhez dans les questions urgentes qu’il liste (p. 49). En revanche, on est là encore gêné de voir juxtaposées pêle-mêle des questions comme l’élection des prêtres, l’ordination des femmes, l’unité de l’Église, le dialogue interreligieux, le regard sur la sexualité… Ne faudrait-il pas introduire un certain ordre dans les sujets à traiter et à débattre ?

Il est évident que, comme le dit l’auteur en conclusion, l’Église est comme forcée au changement, et c’est une bonne chose. En revanche, il ne faut pas ajouter du chaos au chaos. Et l’opuscule que nous refermons apparaît comme une dénonciation décousue. Quel doit donc être le principe de changement ou de réforme de l’Église, sinon celui de la mise en lumière de l’égale dignité baptismale entre tous ? Il faut aussi mettre en évidence la mission d’annoncer l’Évangile et le service de quelques-uns au bénéfice de tous, et penser la pluri-ministérialité. Certes, la culture contemporaine nous interroge. Elle possède certaines clés qu’il faut pouvoir recueillir et utiliser en laissant de côté nos colères pour que germe l’Évangile aujourd’hui. Tels nous semblent le but et la méthode de toute conversion et de toute réforme dans l’Église.

Editions jésuites, Bruxelles/Paris, septembre 2022

80 pages · 5,00 EUR

Dimensions : 14 x 20,5 cm

ISBN : 9782494374003

9782494374003

Sur le même thème : « Vie de l’Église »