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Du monde au désert

L’aspiration à la solitude au XVIIe siècle

Nathalie Nabert

Il s’agit non d’un essai de N. Nabert qui ne signe que l’une des contributions, mais des actes du colloque organisé en 2019, pour les 20 ans du « Centre de recherches et d’études de spiritualité cartusienne » qu’elle dirige ; ils n’en sont pas moins passionnants car ils s’attachent à explorer le foisonnement d’initiatives qui, dans la première moitié du XVIIe siècle, a traversé et nourri les courants mystiques en France. On découvre ainsi des figures bien oubliées, maîtres spirituels et auteurs de traités fort lus à l’époque – Le paradis de la solitude, Le Chrétien intérieur… –, tels Jean de Labadie ou Michel de Sainte-Sabine, qui ont l’originalité de s’inspirer à la fois des spiritualités franciscaine et cartusienne, et désirent tout ensemble se retirer du monde en s’adonnant à une vie de pauvreté, et exercer la charité au service des plus pauvres.

La première partie des contributions trace le cadre historique et met en relief le rôle politique de la Ligue – qui, de mouvement de défense du catholicisme pendant les guerres de religion, en est venue à menacer la monarchie – ou celui, plus mystique, du quiétisme de Madame Guyon ; la deuxième retrace les itinéraires de personnalités qui ont voulu effectuer leur retrait du monde, d’Antoine Le Maistre dont la démission du barreau fit grand bruit et qui fut à l’origine des « solitaires de Port-Royal », à Jean de Bernières, fondateur de « l’ermitage de Caen », ou Gaston de Renty, plus proche de l’École française. Tandis que la troisième partie montre l’influence esthétique que va avoir cette aspiration au désert sur le site de Port-Royal des Champs ou la peinture d’un Philippe de Champaigne.

De ces exposés, savants mais toujours accessibles, ressort une grande interrogation : il s’agit bien, comme l’indique fort justement le titre donné à ce recueil, d’une « aspiration » à la solitude plus que d’un retrait effectif en un désert comparable à celui des premiers anachorètes auxquels ils ne cessent cependant de se référer. Ces « solitaires » ne dédaignent pas les plaisirs de l’amitié et, entre leur abondante correspondance et parfois leur prédication, ne pratiquent guère le silence. Ne rêvaient-ils pas le retrait du monde comme une fuite hors de soi, une utopie largement développée en leurs écrits, plus qu’ils ne le vivaient ? Et ne faudrait-il pas chercher là la cause profonde – bien au-delà de la condamnation de Port-Royal – de la dissolution assez rapide de cette « effervescence mystique » qui avait produit tant d’initiatives nouvelles ?

Paris, Beauchesne, avril 2021

248 pages · 22,00 €

Dimensions : 13 x 21 cm

ISBN : 9782701023014

9782701023014

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