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Au-delà du sixième commandement

Église, consentement, sexualité

Lucetta Scaraffia

Traduit de l’italien, cet ouvrage de la célèbre vaticaniste réfléchit, de manière souvent provocante, à la question des abus sexuels, d’abord sous l’angle juridique (ch. I) : « jamais l’Église (…) ne se préoccupe d’inviter celui qui a commis le mal à accomplir des actes de réparation envers ses victimes » (p. 9) ; mais « le sixième commandement est le seul dont la formulation ait été changée au cours des siècles (p. 21) – déjà par rapport à l’original hébraïque, qui ne visait pas les « actes impurs », mais l’adultère. Ensuite (chap. II), les dix paroles de la tradition hébraïque (Ex 20 et 32) sont reconsidérées (le commandement initial « a pour rôle d’éviter les conflits internes et de protéger la filiation légitime » (p. 33). Puis le Décalogue chrétien (ch. III) est exposé dans son histoire, avec la nouvelle formulation du sixième commandement datant de 1566, dans la ligne du Concile de Trente (« tu ne forniqueras pas », p. 43), si bien qu’après la fracture luthérienne, les catholiques ne se définirent plus qu’à travers le contrôle rigide de l’impureté sexuelle – ce qui ne suffit plus aujourd’hui. Par répercussion, le plaisir sexuel s’en est trouvé condamné (ch. IV), et on est passé des conséquences sociales du péché à ses conséquences spirituelles dans l’âme du pécheur individuel, d’autant qu’à partir du XIIIe siècle, la confession était devenue privée et auriculaire. Ce monde discipliné, au moins en apparence (ch. V), allait se trouver confronté, dès le début du XIXe siècle, avec les nouvelles informations sur la sexualité heureuse des indigènes dans les pays que l’on colonisait peu à peu. Le succès du processus de sécularisation, étroitement lié à la libération du comportement sexuel, a sans doute « fortement contribué au raidissement de l’institution ecclésiastique ». Après l’ethnologie, c’est la psychanalyse « qui allait porter un autre coup fatal au sixième commandement » en dévoilant le monde des pulsions érotiques, tandis que l’amélioration des conditions de vie des femmes en couches et des jeunes enfants entraînait un écroulement des naissances via « la pratique de masse » de l’avortement et de la contraception. Pour l’Église, « désormais, le péché le plus grave, est d’aller contre les lois de la nature » (p. 77), notamment en sélectionnant dès avant terme les naissances. Après un tel tracé, le ch. VI examine de manière plus concise la défense par l’Église de la loi naturelle, depuis Casti connubii (Pie XI, 1930), jusqu’au futur Jean-Paul II, en passant par Humanae vitae (Paul VI, 1968). Or, « la nature à laquelle s’agrippe la morale catholique s’oppose à la nature qui impose un libre comportement sexuel » (p. 84). « Dans le nouveau Catéchisme », porte en titre le chapitre VII final, où il est fait remarquer que le CEC (1992) réintroduit la formule originelle « tu ne commettras pas d’adultère » (mais la signification sociale n’en est pas pour autant développée). Et l’auteur de noter que l’expression « actes impurs » n’y figure jamais, tandis qu’au viol est « enfin » attribué un paragraphe spécial (§ 2356), reconnaissant au passage qu’il peut marquer la victime sa vie durant. Plus tard, le Compendium (2005) présente quelques mises à jour, dont en premier lieu, « le problème le plus grave que l’Église ait à affronter au début du nouveau siècle », l’existence d’une polarité masculine et féminine. Mais comment se fait-il, demande l’auteur, que « les abus sexuels soient cités parmi les offenses à la dignité du mariage et non parmi les offenses à la dignité de la personne ? » (p. 102). Et puis, pour l’Église, le problème du consentement au rapport sexuel (un des thèmes du titre) n’existe pas, alors qu’il est un critère discriminant de la pensée juridique et philosophique laïque sur le sujet (p. 107). Finalement, selon une citation d’un lecteur de Famiglia Cristiana, « tu ne commettras pas d’actes impurs » se réfère à une façon inappropriée de vivre la sexualité (« tout comportement incorrect de notre propre masculinité ou féminité »), tandis que le « tu ne commettras pas d’adultère » désigne principalement la trahison de l’amour (p. 110). Mais la signification du changement de la formulation du commandement, objet de ce petit ouvrage, est-elle totalement clarifiée ?

Salvator, Paris, mai 2024

112 pages · 16,00 EUR

Dimensions : 13 x 20 cm

ISBN : 9782706726392

9782706726392

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