Qui est collaborateur de qui ?
Intervention du Général des Jésuites, Arturo Sosa, à Bruxelles
29/092024 Vies Consacrées
Qu’est-ce qu’un collaborateur de la Compagnie de Jésus ? Est-ce quelqu’un d’impliqué dans une œuvre apostolique ignatienne ? Intervention du Général des Jésuites, Arturo Sosa, à l’église Saint-Jean Berchmans, le 19 septembre 2024, lors d’une rencontre avec les collaborateurs (photo © Vies Consacrées).
Si nous commençons la réflexion à partir des œuvres apostoliques, le chemin ne sera pas long, parce que la première question sera de savoir de qui sont ces œuvres. Et là, on entre dans une question sur le pouvoir : qui possède quoi ? Si on commence par les œuvres apostoliques, l’objectif sera de maintenir ces œuvres, et on va perdre la liberté de choisir autre chose, et aussi, la possibilité de définir qui est collaborateur de qui. Dans une grande école comme celle-ci (le Collège Saint-Michel de Bruxelles, N.D.L.R.), tout le monde, chacun de ceux qui sont ici, est collaborateur. Partir des œuvres n’est pas ce qu’il faut faire dans la Compagnie de Jésus.
Au lieu de commencer par les œuvres, on va commencer par la mission. Donc, nous allons commencer par les prémices. Les prémices fondamentales, c’est que celui qui, dans l’histoire, travaille dans tout cela, c’est Dieu lui-même. C’est Dieu qui a décidé de sauver l’humanité. D’où le fait que, pour nous, le Christ est entré dans notre histoire, et qu’il nous a donné l’Esprit Saint, pour la mission de Dieu.
La mission dont on parle, c’est la mission de Dieu. Cette mission a été confiée à l’Église. L’Église, c’est le Peuple de Dieu appelé par Jésus, et nous, ce que nous avons à faire, c’est de travailler ensemble, de co-llaborer à la mission de l’Église. Co-llaborer signifie travailler ensemble avec l’Esprit Saint. La mission est très ample, elle consiste à réconcilier toutes choses en Christ, pour sauver l’humanité. Donc, nous sommes des collaborateurs à la mesure même de ce que nous faisons pour suivre Jésus dans cette mission.
Je vais prendre une image qui vient de saint Paul, pour décrire l’Église ; il parle de l’Église comme corps. Un corps a besoin de beaucoup d’organes, tous ces organes sont nécessaires, et c’est la complémentarité de tous ces organes qui permet au corps d’être vivant. Ainsi, pour collaborer ensemble à la mission de Dieu, il nous faut plusieurs charismes. Les charismes sont des dons de l’Esprit Saint, on ne crée pas ses charismes. Quand nous recevons une mission, c’est un appel.
À travers le charisme de saint Ignace de Loyola, le Saint Esprit donne à notre Église un charisme. Ce qui veut dire qu’il nous donne un moyen de vivre notre vie de chrétien ; donc, de collaborer à la mission de Dieu. La Compagnie de Jésus est absolument liée à l’Église, elle n’est pas en dehors de l’Église, et elle a la responsabilité de vivre à partir du charisme ignatien.
Le charisme ignatien peut être vécu dans différents styles de vie. Les jésuites, qu’il s’agisse de frères ou de prêtres, sont appelés à vivre le charisme ignatien en tant que religieux. D’autres personnes sont appelées à vivre le charisme ignatien en tant que laïcs, homme ou femmes, ou dans d’autres formes de vie. Ce que nous partageons, jésuites et laïcs, c’est le charisme. Et si nous partageons ce charisme, alors les œuvres apostoliques deviennent les instruments de collaboration à ce charisme.
Qui est collaborateur (-trice) ? Celui qui s’efforce de suivre le Christ à travers le charisme, le chemin, ignatien et donc qui, ce faisant, collabore à des œuvres apostoliques ignatiennes, qu’il s’agisse de laïcs, de jésuites, ou de personnes qui ont prononcé les vœux. Le grand défi est de discerner le charisme. Toute personne a à discerner, via une élection – en termes ignatiens –, un choix de suivre le Christ dans ce charisme.
Les Exercices spirituels sont le meilleur instrument à notre disposition pour aider à ce discernement. Les Exercices spirituels ont été conçus, compris, écrits, pour aider les personnes à « faire élection », à poser un choix sur leur style de vie.
Faire cette élection selon le charisme ignatien n’est que la première étape, parce qu’après, il faut la vivre, et développer cette élection à travers beaucoup d’étapes tout au long de la vie. Et donc, toute personne et tout groupe a besoin d’être formé et accompagné dans ce travail. Et c’est un grand défi de former les personnes qui s’engagent à aider, tout au long de la vie, sur le chemin de cette élection un jour choisie. Ce sont ces personnes aidant au discernement de l’élection et à la vie post-élection qui donnent leur identité jésuite ou ignatienne aux œuvres apostoliques dont on a parlé. Le charisme ignatien n’est pas lié à une œuvre apostolique, il est partout où des hommes, des femmes, des jésuites, des laïcs, des religieux, aident ou accompagnent dans cette démarche de discernement et de vie, selon un certain style, à la suite du Christ.
Pour conclure, j’aimerais rappeler un mot trop oublié. Ignace de Loyola parle souvent de la Compagnie de Jésus comme d’une « minima Compañia de Jesus ». Minima, qui veut dire petit, ne renvoie pas au nombre de jésuites, aux moyens, au nombre d’œuvres dont on dispose. Minima renvoie à l’humilité. C’est la conséquence, rappelez-vous, de la méditation des deux Étendards, au milieu de la deuxième semaine des Exercices (ES 136-148). Il y a deux voies, deux styles de vie, l’un du côté de la richesse, du prestige et de la superbe – on pourrait dire de l’arrogance – et l’autre au contraire du côté de la pauvreté, des humiliations et, en définitive, de l’humilité, parce que « de ces deux choses résulte l’humilité » (ES 146).
Donc, selon notre charisme, la collaboration doit être (avant tout) un service humble à la mission du lieu qui nous est confié.