ÉCRITURE

ADENIS-LAMARRE O., Chantez au Seigneur un chant nouveau. Prier les Psaumes tout simplement, Le Coudray-Macouard, Saint-Léger Éditions, 2018, 252 p., 18 €.
Sœur Odile, moniale bénédictine, offre ici au débutant qui voudrait découvrir la richesse des psaumes un ouvrage très simple. Loin des commentaires exégétiques savants, ces pages sont nées de « notes éparses de lectio divina, pistes ouvertes pour un itinéraire personnel dans le monde des psaumes, monde si riche, si foisonnant, si vivant » (p. 46). Une « introduction au livre des Psaumes » donne les clés essentielles pour entrer l’univers hébraïque et le langage des psaumes, souvent déroutant à nos oreilles modernes. Une trentaine de psaumes sont ensuite brièvement présentés, choisis en raison de leurs divers genres littéraires ou de leur importance dans l’année liturgique. Pour chaque psaume, l’A. enrichit son commentaire d’une explication pédagogique d’un mot-clé (cœur, heureux, loi, shéol, gardien, etc.), ainsi que d’un extrait de commentaire d’un auteur, ancien (saint Augustin) ou plus récent (concile Vatican II, Schalom Asch, Charles Péguy, pape François, …) ou d’un passage de la Bible ou de la liturgie eucharistique. – M.-D. WEILL, c.s.j.

COULANGE P., La Pauvreté, Bruyères-le-Châtel, Nouvelle Cité (Ce que dit la Bible sur..., 29), 2017, 11,5 x 18 cm, 128 p., 13 €.
MARTIN DE VIVIES P. (DE), La Santé, Bruyères-le-Châtel, Nouvelle Cité (Ce que dit la Bible sur..., 30), 2017, 11,5 x 18 cm, 128 p., 13 €.
DUMONT A., La louange, Bruyères-le-Châtel, Nouvelle Cité (Ce que dit la Bible sur..., 31), 2018, 11,5 x 18 cm, 128 p., 13 €.
MARCHADOUR A., La fidélité, Bruyères-le-Châtel, Nouvelle Cité (Ce que dit la Bible sur…, 32), 2018, 11,5 x 20 cm, 126 p., 13 €.
Nous présentons ici dans une unique recension quatre des derniers-nés de la prolixe collection Ce que dit la Bible sur… Le rythme de parution ne fléchit pas, puisque cinq autres titres sont déjà parus (Ce que dit la Bible sur … la ville ; le désir ; le travail ; la souffrance ; la solitude) depuis ceux que nous présentons ici, soit trente-sept en tout, depuis le début de la collection en 2013.
La pauvreté est partout présente dans la Bible, dans sa redoutable ambivalence : redoutée comme un drame, ressentie comme une malédiction, prônée comme le symbole de toutes les injustices ; mais aussi pressentie comme chemin de béatitude, à la suite de tous les anawim, ces pauvres du Seigneur marchant libres de tout attachement, de toute espérance terrestre, n’ayant comme unique richesse que Dieu et sa volonté.
La santé, thème auquel nul, croyant ou non, ne peut se dire indifférent, puisque la santé conditionne en bonne partie le déroulement de nos journées et de notre vie. De l’Ancien au Nouveau Testament, la Bible s’intéresse davantage au pourquoi de la santé et de la maladie qu’à leur comment. Elle s’interroge sur les diverses causes possibles de la maladie, de façon à « poser un diagnostic qui fasse sens » (chap. 2) ; et dans l’Évangile, elle présente surtout la guérison physique comme le creuset de la foi et du salut apporté par Jésus, qui n’est pas venu appeler les bien-portants ni les justes, mais les malades et les pécheurs.
Les deux autres fascicules, consacrés l’un à la louange, l’autre à la fidélité, pourraient être présentés en miroir :
La louange, attitude par excellence de l’homme croyant, rayonnant et vivant de Dieu (l’A. la présente avant tout comme « le cri d’une naissance »), récapitulant en elle toutes les autres attitudes spirituelles de l’homme, au point que ce que nous appelons le Livre des Psaumes s’intitule en hébreu, Tehîlliîm, les Louanges ;
Et la fidélité, attitude par excellence du Dieu de l’Alliance, inlassablement penché vers l’homme qui, lui, est toujours en apprentissage laborieux de fidélité : fidélités hésitantes, douloureuses, blessées, mais aussi fidélités « exemplaires » (qui ne le sont que par grâce !), à travers plusieurs figures néotestamentaires présentées par l’A. : la Vierge Marie, bien sûr, Nathanaël (plus inattendu), Marie de Magdala, le disciple que Jésus aimait et Jean le Baptiste. – M.-D. WEILL, c.s.j.

ÉTHIQUE

ACADÉMIE CATHOLIQUE DE FRANCE, textes réunis par J.-Y. NAUDET, La doctrine sociale de l’Église face aux mutations de la société, Paris, Parole et silence, 2018, 14 x 21 cm, 266 p., 18 €.
Jean-Yves Naudet a rassemblé ici les interventions présentées lors du Colloque du même titre, organisé le 16 décembre 2017, au Collège des Bernardins, par l’Académie catholique de France. Une première partie éclaire les « nouvelles problématiques anthropologiques et politiques », telles que l’affaiblissement des corps intermédiaires en démocratie, les enjeux contemporains de la théologie politique du Magistère, l’évolution des droits de l’homme et les nouvelles formes d’esclavage. Une seconde partie se penche sur de « nouvelles problématiques socio-économiques », comme les mutations des entreprises, les transformations (surtout numériques) du travail, les nouveaux défis de la finance et de la monnaie, de l’écologie, enfin des mouvements migratoires internationaux. Chacun de ces neuf grands défis, ou appels nouveaux pour la doctrine sociale de l’Église, est traité d’abord par un exposant principal, ensuite par un « discutant », formule qui met en relief critique les prises de parole. On appréciera la compétence des uns et des autres, non seulement dans leurs domaines respectifs, mais aussi pour suggérer des avancées dans l’enseignement social de l’Église correspondant. Dans sa préface, le P. Philippe Capelle-Dumont annonce la publication d’un livre de recommandations sur la question sociale à destination de l’Église universelle, en prolongement de ce volume. Une introduction du Cardinal Peter Turkson met déjà en évidence certains de ces défis. Jean-Yves Naudet conclut l’ensemble en resituant le propos général et, surtout, en relisant les interventions selon trois axes majeurs, à savoir le relativisme, le numérique et le court-termisme. – A. THOMASSET, a.a.

VIE DE L’ÉGLISE

GÄRTNER E.-M., KIESSIG S., KÜHNLEIN M. (dir.), „…damit eure Freude vollkommen wird !". Theologische Anstöße zur Synode „Die Jugendlichen, der Glaube und die Berufungsentscheidung“, Würzburg, Echter (Studien zur Theologie und Praxis der Seelsorge 104), 2018, 15 x 23,5 cm, 263 p., 30 €.
Le recueil de la série « Études sur la théologie et la pratique de la pastorale », paru avant le Synode sur les jeunes d’octobre 2018, rassemble des contributions de jeunes théologiens selon des approches exégétiques, historiques et systémiques et propose une réflexion scientifique, dans le cadre du synode, sur la question actuelle des jeunes, de la foi et du discernement vocationnel dans le contexte allemand.
Dans un article d’introduction qui secoue par ses considérations réalistes, « Du synode au synode », Ute Eberl met le doigt sur la blessure qu’est aujourd’hui le fossé entre la jeunesse et l’Église. « L’Église est là pour mettre en contact les hommes entre eux et avec Dieu et pas pour adapter les hommes à l’Église » (p. 18). L’article suscite le désir d’approfondir les raisons de ce phénomène et de découvrir les nouvelles manières constructives de l’appréhender présentées au fil de l’ouvrage. Le synode n’était effectivement qu’un début de réflexion. Des questions telles que : comment prendre en compte le fait qu’il n’y a plus « une » jeunesse » sont abordées. On peut aussi y lire un aperçu historique de la jeunesse catholique depuis 1900 jusqu’à la génération JMJ qui aide à comprendre que la pastorale des jeunes en Allemagne soit très marquée par le travail des Jugendverbände (mouvements de jeunes).
Dans la troisième partie du livre qui évoque les perspectives d’avenir des jeunes dans l’Église, on peut regretter qu’il ne soit question que du concept pastoral de « Jugendkirche » (une Église pour les jeunes, pensée et animée par les jeunes), alors que d’autres initiatives, telles « Nightfever », ou bien les propositions pour jeunes et jeunes adultes des communautés nouvelles ou religieuses, ne sont pas recensées. Cette lecture offre cependant une vue d’ensemble, fondée scientifiquement, du thème « foi et discernement vocationnel » lancé par le Synode sur les jeunes. De nombreuses considérations présentes dans l’ouvrage encouragent à la créativité et aident à réaliser le désir du pape François : « aider les jeunes à prendre “un itinéraire de discernement pour découvrir le projet de Dieu” sur leur vie ». C’est pourquoi la thèse centrale du recueil est la suivante : on n’est pas simplement chrétien, on le redevient toujours d’une manière nouvelle (cf. p. 25). – Sœur Katharina, f.m.j.

AUGUSTIN G., Appelés à la joie. Oser être prêtre, Paris, Médiaspaul, 2017, 13,5 x 21 cm, 304 p., 20 €.
Alors même que les prêtres sont aujourd’hui soumis à rude épreuve, en raison des scandales qui secouent l’Église, des conditions exigeantes dans lesquelles ils ont à vivre leur ministère ou des questions refont régulièrement surface (célibat, reproches de cléricalisme, etc.), voici un ouvrage qui met du baume au cœur. Le sacerdoce n’a rien perdu de sa beauté incomparable, de sa grandeur, de sa vitalité. L’A., le P. Georges Augustin, prêtre de la Congrégation des Pallotins, professeur de théologie dogmatique, a été nommé en 2017 par le pape François, consulteur auprès de la Congrégation pour le clergé. Il nous propose ici une réflexion dogmatique et spirituelle très complète sur l’essence du sacerdoce (mentionnons deux beaux chapitres sur la force de l’ordination reçue et sur le centre eucharistique du ministère ordonné), conjuguée aux défis de notre temps. L’auteur prend soin d’enraciner sa réflexion sur la vocation du prêtre dans une étude solide sur la participation de tous les chrétiens au sacerdoce du Christ. – M.-D. WEILL, c.s.j.

SPIRITUALITÉ

ZELINSKY V., L’enfant au seuil du royaume, Paris, Parole et silence (Spiritualité), 2018, 14 x 22,5 cm, 252 p., 18 €.
L’auteur, le père Vladimir Zelinsky, russe, s’est converti au christianisme à Moscou, à l’âge adulte. Depuis 1991, il habite en Italie. Il devient prêtre orthodoxe en 1999 dans le cadre de l’Exarchat Russe du Patriarcat de Constantinople. Dans ses écrits traduits en quatre langues, il explore le mystère qui porte l’homme à Dieu. Ce livre est parcouru par un appel à se mettre en quête – quête douloureuse comme un accouchement –, de l’enfant qui vit, perdu dans notre moi. Cette recherche signifie ascèse, lutte intense pour atteindre la sainteté. La conversion se produit dans cette remémoration, découverte de ce qui vit déjà en l’homme, malgré toutes ses chutes. Pareille « justification » s’exprime par la chair même des mots bien aiguisés de l’auteur, pétris de tradition orientale, tendus vers la découverte de ce Royaume promis qui depuis Noël a pris la forme d’un enfant cherchant le sein de sa mère. Sainteté et amour du monde, ascèse et sensualité, effort de la quête et douceur de l’humanité : l’harmonie entre ces éléments rend l’ouvrage du P. Vladimir Zelinsky véritablement précieux. L’auteur précise que « les Pères orientaux ne parlent pas de péché originel, notion incontestée dans la théologie chrétienne occidentale. Ils mettent plutôt l’accent sur la chute qui commence dès la scission du moi et du monde des objets qui nous entoure » (p. 172). « La caractéristique fondamentale de ce livre – comme le note le traducteur –, c’est l’impossibilité non seulement d’en faire un schéma, mais encore de rendre compte de son contenu ; on ne peut avoir contact avec lui qu’en le lisant ». C’est aussi notre avis. – N. DENIÉ.

PICON R., Un Dieu insoumis, Genève, Labor et Fides, 2017, 12,5 x 20,5 cm, 144 p., 16 €.
L’auteur, le pasteur Raphaël Picon, théologien protestant de nationalité française et britannique, est né le 7 mars 1968 à Châtenay-Malabry et décédé le 21 janvier 2016 à Rueil-Malmaison, dans sa 48e année. Il a été doyen de la Faculté de théologie protestante de Paris et rédacteur en chef du mensuel Évangile et liberté. Peu de temps avant sa mort, il avait transmis à quelques collègues et amis le manuscrit d’un livre qu’il espérait voir paraître. Celui-ci rassemble une cinquante d’éditoriaux publiés dans le mensuel Évangile et liberté entre 2004 et 2015. Cet ouvrage sera publié en 2017, un an après la mort de son auteur. Ce dernier écrit lui-même : « Dieu apparaît dans ce livre comme donnant une densité plus accrue à la notion d’être, mais aussi comme étant le mot le plus ultime qui soit pour désigner le fait qu’aucune fatalité ne conduit le monde. L’humain est toujours la cause de Dieu, sa passion, sa promesse, son espérance. Ce Dieu insoumis désigne finalement pour moi cette réalité admirable : le monde poursuivra toujours son chemin et ne s’arrêtera pas après nous ». Ce recueil contient de très belles pages, même si l’auteur exprime à plusieurs reprises un rejet de la foi catholique, montrant la supériorité de la foi protestante telle qu’il la présente. – N. DENIÉ.

GOLAY D.-M., Jean de la Croix. L’heureuse aventure, Toulouse, Éditions du Carmel (Retraite spirituelle, 3), 2018, 12 x 19 cm, 230 p., 13 €.
La récente collection « Retraite spirituelle » proposée par les Éditions du Carmel répond au désir d’un nombre croissant de chrétiens : être nourri et guidé dans une retraite de sept jours « à domicile ». L’ouvrage de Didier-Marie Golay est déjà le troisième de la collection, mais le premier à proposer comme guide de retraite le maître spirituel incomparable du Carmel qu’est Jean de la Croix.
Le principe est simple : quelques conseils fondamentaux pour aider le retraitant qui souhaite vivre la retraite chez lui : résolution de laisser ses préoccupations quotidiennes, emploi du temps et répartition des temps de prière (oraison silencieuse et méditation guidée par l’A.), guide pour entrer dans l’oraison carmélitaine, etc. Puis, pour chaque jour, deux accompagnements (matin et après-midi), fondés sur la Parole de Dieu, les écrits de Jean de la Croix et la savoureuse méditation spirituelle que nous propose l’A., carme déchaux ; des suggestions pour la journée, ainsi qu’une invitation à noter les points essentiels vécus pendant la journée (des pages blanches sont prévues pour cela). Un outil précieux . – M.-D. WEILL, c.s.j.

AUBIN C., Sept maladies spirituelles. Entrer dans le dynamisme des mouvements intérieurs, Paris / Montréal, Salvator / Novalis (Bible en main), 2019, 160 p., 15 €.
« Cet ouvrage se veut un court traité de jardinage intérieur pour apprendre à soigner, tailler ou arracher les mauvaises herbes qui empêcheraient les bonnes graines de pousser et de croître ». En reprenant d’emblée l’image de la croissance du jardin, déjà chère à la tradition pour décrire la croissance de notre vie spirituelle, Catherine Aubin, forte de son expérience d’enseignement en théologie spirituelle, nous conduit dans un langage simple et profond à ouvrir notre cœur à l’amour inconditionnel du Christ pour nous, « afin de nous laisser regarder dans ces infirmités, ces défaillances, ces maladies pour en être sauvés, c’est-à-dire pour en être libérés » (p. 9). Mais de quoi sommes-nous malades ? En s’inspirant librement d’Évagre le Pontique (345-399), le premier à avoir thématisé les huit maladies spirituelles – contenant toutes les autres –, l’A. accompagne son lecteur dans le diagnostic, la recherche des causes et les remèdes possible pour combattre chacune des maladies qui peuvent affecter l’âme : orgueil, gourmandise, avarice, luxure, colère, tristesse et acédie. Le catalogue classique des sept péchés capitaux se trouve ici repris à nouveaux frais, dans une dynamique plus médicinale que morale, aimantée par la vocation à la sainteté et à la joie que Dieu veut offrir à tout chrétien. – M.-D. WEILL, c.s.j.

SAINTS

J. E. DE ENA et M. HUET (dir.), Le monde est en feu ! Colloque du V centenaire de la naissance de Thérèse d’Avila. Venasque 16-18 octobre 2015, Toulouse, Éd. du Carmel (Recherches carmélitaines), 2017, 15 x 21,5 cm, 496 p., 28 €.
L’ordre du Carmel est une nouvelle fois à l’honneur, avec les Actes du colloque qui s’est tenu à Venasque en 2015 (organisé par l’Institut Jean de la Croix et le Studium de Notre-Dame de Vie), à l’occasion du Ve centenaire de la naissance de Thérèse d’Avila. Dans ces pages, pas moins de 31 (!) intervenants, chercheurs et spécialistes reconnus de la Madre, livrent le fruit de leurs recherches thérésiennes dans des domaines aussi divers que la théologie, la vie religieuse, l’histoire de la spiritualité, la psychologie, la littérature et l’art. L’ensemble, loin de constituer un panorama statique et exhaustif, évoque plutôt l’image chatoyante d’un kaléidoscope, qui compose et recompose à souhait le portrait de la sainte et les mille et une facettes de son héritage spirituel. L’illustration retenue pour la couverture nous ramène à la source de cette intarissable fécondité : la « deuxième conversion » de Thérèse, quand, entrant dans l’oratoire de la communauté, elle découvre une statue du « Christ à la colonne », tout couvert de plaies : « Sa vue me troubla toute, car elle représentait bien ce qu’Il a souffert pour nous. J’éprouvai un tel regret d’avoir montré si peu de reconnaissance pour ses plaies que je crus que mon cœur se brisait et je me jetai devant lui en versant des torrents de larmes, le suppliant de me fortifier une fois pour toutes afin de ne plus l’offenser [...] À partir d’ici, c’est un nouveau livre, ou plutôt une nouvelle vie : celle dont j’ai fait le récit était ma vie ; celle que j’ai vécue depuis que j’ai commencé à parler de ces choses de l’oraison est celle de Dieu vivant en moi [...] Loué soit le Seigneur qui m’a délivrée de moi-même » (Vie, 9,1 et 23,1) – M.-D. WEILL, csj.

TÉMOINS

CHASSAGNE F., Prier 15 jours avec… Léon Bloy, Bruyères-le-Chatel, Nouvelle Cité (Prier 15 jours avec… 204), 2018, 11,5 x 19,5 cm, 126 p., 12 €.
Léon Bloy (1846-1917), fut un chrétien passionné et un anticlérical virulent. Son œuvre, peu appréciée de son vivant, est citée depuis par les plus grandes figures, jusqu’au Pape François. Il fallait un médiateur pour pénétrer dans cette œuvre violente, fougueuse, et en saisir la finesse et le prophétisme. L’œuvre de L. Bloy se présente comme une vigoureuse réaction contre « la baisse de tension » spirituelle qui caractérise son époque. Fidèle à l’enseignement paulinien selon lequel il faut devenir fou aux yeux des hommes pour atteindre la Sagesse divine, l’écrivain vivifie son œuvre par une foi active, qui ne se contente pas de faux semblants. Elle vise à détruire toute influence mondaine, pour devenir, au rebours des pharisiens « immobiles et contents d’eux-mêmes », un de ces chrétiens, « en très petit nombre », qui sont « des torrents jamais satisfaits ». L’auteur est un lecteur assidu et passionné de Léon Bloy. Ce livre est né d’entretiens amicaux avec le Chanoine Raymond Bloy (1912-2001), dernier de la famille de l’écrivain. Il peut sembler étonnant de trouver Léon Bloy dans la collection « Prier 15 jours avec… ». Il s’agit d’un chrétien hors du commun, certes, mais dont la pensée n’est pas toujours facile à saisir à notre époque. – N. DENIÉ.

DESCOUVEMONT P., Prier 15 jours avec … Gabrielle Bossis, comédienne et mystique, Bruyères-le-Chatel, Nouvelle Cité (Prier 15 jours avec… 209), 2018, 11,5 x 19,5 cm, 118 p., 12,90 €.
C’est un itinéraire bien particulier que celui de Gabrielle Bossis, disciple de Thérèse de Lisieux. Elle est née à Nantes le 26 février 1874 et décédée à Paris le 9 juin 1950. Restée célibataire, femme d’une foi ascétique mais d’une humeur toujours joyeuse, Gabrielle met à profit ses talents artistiques pour faire connaître Dieu. Elle écrit des pièces de théâtre et les interprète avec succès en France et à l’étranger. En 1936, à l’âge de 62 ans, sur le paquebot qui l’emmène au Canada, Jésus commence à lui parler « en direct » pour qu’elle vive à fond la Petite Voie de Thérèse : une totale confiance faite à son Amour miséricordieux, l’acceptation de sa fragilité, le désir de lui sourire en toutes circonstances et de sauver beaucoup de pécheurs. Elle a pour mission de mettre par écrit ces locutions intérieures. Jésus lui enseigne comment vivre désormais un perpétuel cœur à cœur avec lui. « Si je t’ai choisie, lui dit Jésus, c’est afin de montrer à nos futurs lecteurs que cette intimité est compatible avec une vie de comédienne très occupée ». Le père de Parvillez, jésuite, devenu son père spirituel en 1929, la rassure : « C’est bien Jésus qui vous parle ! » Peu de personnes seront au courant de ces grâces particulières, mais la publication posthume de ces textes représentant sept volumes intitulés Lui et moi, aura un grand succès, toujours actuel. Prier 15 jours avec Gabrielle Bossis peut nourrir notre foi et faire grandir notre amour pour Jésus dans l’humilité d’une vie de tous les jours au milieu du monde. L’auteur, Pierre Descouvemont, est prêtre du diocèse de Cambrai et docteur en théologie. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur Dieu, sainte Thérèse de Lisieux, et la foi. Il a découvert plus récemment la figure de Gabrielle Bossis pour qui il nourrit un vif intérêt. – N. DENIÉ.

ŒCUMÉNISME

BENOÎT XVI, L’Alliance irrévocable. Joseph Ratzinger – Benoît XVI et le judaïsme, Paris, Parole et Silence, 2018, 290 p., 22 €.
C’est tout un dossier couvrant soixante années de dialogue judéo-chrétien que la collection Communio publie ici. L’occasion en est la parution toute récente, dans la revue du même nom, de la traduction des remarques du pape émérite Benoît XVI sur le traité De Judaeis : Les dons et l’appel sans repentir. Ces remarques (reprises p. 21-44, introduites et présentées p. 13-20) entendaient réagir à la Réflexion théologique sur les rapports entre catholiques et Juifs à l’occasion du 50e anniversaire de Nostra Aetate (n° 4), de la Commission pour les relations avec le judaïsme : « “Les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables” (Rm 11, 29) », du 10 décembre 2015 (ici, p. 239-268). En amont, le texte lui-même de Nostra Aetate est reproduit (p. 71-78), ainsi qu’un long document, publié en 2001 par la Commission biblique, à l’initiative du Cardinal Ratzinger, et préfacé par lui : Le peuple juif et ses saintes Écritures dans la Bible chrétienne (p. 79-237). En aval est publié le dialogue franc, mais amical, entre le Grand rabbin de Vienne, Arie Folger, et le pape émérite, suite aux « remarques » de ce dernier (8 juillet – 4 septembre 2018 ; cf. p. 45-68). Enfin, comme en parallèle, sont publiés la déclaration de la Conférence des rabbins européens (1er février 2017) suite au cinquantième anniversaire de Nostra Aetate (p. 269-280) et le discours du pape François aux représentants de la conférence des rabbins européens, du conseil rabbinique d’Amérique et de la Commission du Grand rabbinat d’Israël (31 août 2017) (p. 282-283). Nous avons ici un bel échantillon de ce dialogue au sommet. Comme de coutume, on apprécie la capacité de Benoît XVI de repérer les vraies questions et de les sérier. Par ailleurs, le contraste entre une œuvre théologique pointue sur un sujet sensible et sa réception dans la presse trouve une belle issue dans le dialogue avec le rabbin Arie Folger. Au final, le destin d’Israël après la chute du temple demeure un mystère qui n’a pas fini d’interpeler la conscience chrétienne. À l’inverse, l’avènement des « temps des païens » (Lc 21,24), non prévu par l’interprétation messianique antique, pourrait de son côté interpeler la conscience juive. – A. THOMASSET, aa.