Les temps que vivent bien des communautés chrétiennes partout dans le monde ne portent pas à l’optimisme ; et pas plus, ceux que traverse l’Europe, dans la forme politique qui lui a pourtant permis de vivre en paix depuis trois-quarts de siècle. Allons-nous désespérer de l’homme, parce qu’il semble s’éloigner toujours plus de Dieu ? « Le cœur de l’homme est compliqué et malade. Qui peut le connaître ? Moi, dit le Seigneur » (Jr 17,9-10). C’est ce choix de Dieu qui peut encore emporter le nôtre, et c’est sa grâce qui peut faire des désastres présents le terreau de nouvelles plantations. N’est-ce pas le message de l’ange, à Pâques ? « Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il est ressuscité : il n’est pas ici. Voici l’endroit où on l’avait déposé. Et maintenant, allez dire à ses disciples et à Pierre : “Il vous précède en Galilée. Là vous le verrez, comme il vous l’a dit” » (Mc 16,6-7).
Dans la Rencontre du frère Ferdinand Poswick, bénédictin de Maredsous, on verra poindre cette capacité de la vie consacrée (ici, monastique, donc communautaire) d’entendre les crises comme des chances, et même de s’avancer déjà sur les chemins où d’autres ne voient encore qu’un lointain horizon.
Notre rubrique Kairos nous met d’abord, grâce au père Guy Theunis, père blanc, en contact avec l’un des martyrs d’Algérie récemment béatifiés, Charles Deckers, son confrère d’origine belge. De la Kabylie à Bruxelles puis au Yémen, et enfin à Alger, cet entreprenant témoin de l’amour agissant de Dieu finira par être assassiné avec trois condisciples à Tizi Ouzou, plus d’un an avant les Trappistes de Tibhirine. Depuis le centre de l’Afrique, le père Léon Ngoy, jésuite, retrace ensuite le portrait de Mgr Eugène Kabanga, initiateur de la vie religieuse autochtone dans l’archidiocèse de Lubumbashi (République démocratique du Congo).
Le père Jean-Claude Lavigne, dominicain, nous offre, en guise d’Orientation, sa réflexion sur les congrégations religieuses anciennes, requises de «  dire Dieu  » autant que le sont les communautés plus nouvelles : une tâche qui implique quelques postures, mais aussi des points d’appui renouvelés dont l’auteur fait une inspirante recension.
Dans leur Chronique annuelle de la vie consacrée, sœurs Noëlle Hausman, du Saint-Cœur de Marie, et Marie-David Weill, des Sœurs apostoliques de Saint-Jean, proposent leur parcours de la littérature récente, avant que sœur Moïsa, des Fraternités Monastiques de Jérusalem, ne tente, Sur un autre ton, de découvrir le point aveugle des récents événements.
Belle lecture, beau temps pascal !