Recensions pour la période 2019-1

VIE DE L’ÉGLISE

FERNÁNDEZ V. M., Chapitre VIII de Amoris laetitia. Le bilan après la tourmente, Paris, Parole et Silence, 2018, 11 x 21 cm, 136 p., 12 €.
Ce livre, traduit de l’espagnol, nous offre la réflexion d’un des plus importants protagonistes de la rédaction de l’exhortation Amoris laetitia. Ce livre fera réfléchir les lecteurs puisqu’il répond à une bonne partie des nombreuses objections et difficultés qui ont surgi lors de la parution de cette exhortation. Mgr Victor Emmanuel Fernández, nommé récemment archevêque de La Plata après avoir été recteur de l’Université catholique pontificale d’Argentine, affirme de multiples manières combien l’Église peut évoluer et insiste sur ce point quant à la discipline sacramentaire. Il cherche à nous faire entrer dans une plus juste compréhension du chapitre VIII, complexe et difficile dans ses applications pastorales.
Il aborde successivement la question de la « parfaite continence » suggérée aux divorcés remariés ; celle des normes morales absolues et des limites humaines ; l’appréciation des circonstances dans le jugement moral et pastoral, la place de la conscience, l’existence d’une conscience personnelle mais aussi ecclésiale, la légitimité d’un changement de discipline pour une Église dans son rapport au monde. Comment éviter de retourner à une casuistique jésuite dépassée ou à un relativisme individuel ?
Deux textes seront utiles à lire pour continuer à réfléchir : la lettre du pape François aux évêques de la région de Buenos Aires et la lettre de ces mêmes évêques dans leur diocèse. En annexe, l’entretien du Père A. Spadaro avec le Cardinal Ch. Schönborn sera aussi une lumière pour ceux et celles qui cherchent à mieux comprendre les textes dans leur état actuel. Un livre qui donne à penser. – A. MATTHEEUWS, s.j.

BORRAS A., Communion ecclésiale et Synodalité, Paris, CLD (Cahiers de la Nouvelle Revue Théologique, 3), 2018, 13,5 x 19 cm, 198 p., 18 €.
La sortie de ce troisième Cahier de la Nouvelle Revue Théologique est l’occasion pour nous de saluer une initiative en tous points féconde. Il s’agit, pour la nouvelle collection, de publier à chaque fois des textes déjà parus dans la célèbre revue, rassemblés soit sous un thème, soit comme ici sous le nom d’un même auteur. L’excellent canoniste qui a déjà gratifié notre revue de sa réflexion n’a pas hésité à ajouter, pour terminer ce recueil, une étude inédite et de grande importance, puisqu’elle présente la récente constitution apostolique Episcopalis communio (15 septembre 2018) réformant le Synode des Évêques. Le premier chapitre du volume est une « Petite apologie du conseil pastoral de paroisse » ; le deuxième s’intéresse à l’acte de « Délibérer en Église » ; le troisième offre des « Considérations canoniques sur le ‘partage’ de la charge pastorale », et l’avant-dernier s’attache à la « Synodalité ecclésiale, processus participatifs et modalités décisionnelles ». L’avant-propos d’Alban Massie, directeur de la Nouvelle Revue Théologique, met comme d’habitude en perspective l’enjeu des questions traitées (ici, la vitalité ecclésiale), tandis que la préface de Christoph Theobald situe les études du canoniste dans la ligne de l’ecclésiologie postconciliaire de la communion des Églises locales – N. HAUSMAN, s.c.m.

VIE CONSACRÉE

ARNAUD M. ET DEBS J., Monastères d’Europe. Les témoins de l’invisible, Paris, Éditions Zodiaque – DDB, 2018, 24 x 28 cm, 252 p., 39 €.
C’est par la porte de ses monastères, nombreux, variés, exposés à flanc de montagne ou cachés dans les vallées, retirés du monde ou accueillant des foules anonymes, que Marie Arnaud et Jacques Debs nous font entrer, comme pour la première fois, dans un vieux continent qui offre soudain le charme de l’inconnu : l’Europe. Disons-le d’emblée : le livre est réussi, ses photos sont belles et son propos convaincant. On fait ainsi le tour de 21 monastères, d’Arménie en Irlande, de Russie en Normandie et d’Espagne en Belgique. En chacun de ces lieux visités, comme autant de « familles », est-il possible « en un seul tourbillon, de filmer le passé, le présent et l’avenir ? », s’interrogent les auteurs. De fait, le temps et l’espace, croisant leurs repères, rythment l’ouvrage où l’on rencontre des monastères au fil de l’eau ou du « bout du monde », entrepreneurs (en vin, bière ou autre fromage d’abbaye) ou « hors champ », ou encore « de pèlerins ». On ne s’y perd pas pour autant car, tout du long, une même quête guide les auteurs du livre : « Aujourd’hui, que se passe-t-il dans les monastères ? Pourquoi des jeunes quittent-ils encore notre monde pour entrer dans une communauté monastique ? ». Une question posée à des jeunes ou à des moins jeunes, à des communautés anciennes ou nouvelles, chacun, chacune donnant forme à sa manière à la réalité de la vie monastique. On aurait peut-être aimé en savoir davantage – les textes sont assez brefs – mais ce sont les images qui parlent. – Sœur MOÏSA, f.m.j.

SPIRITUALITÉ

Frère MICHAEL DAVIDE, Guérir. Dix gestes de Jésus qui sauvent, Paris, Salvator, 2017, 13 x 20 cm, 192 p., 17,50 €.
Moine bénédictin italien, membre de la fraternité Koinonia de la Visitation à Rhêmes-Notre-Dame dans le Val d’Aoste, le Frère Michael Davide a écrit de nombreux ouvrage dont, en 2016, En carême avec Etty Hillesum. L’originalité de ce livre est d’offrir à ses lecteurs une retraite spirituelle. L’auteur propose d’aider à laver cette dose d’inhumanité qui, au fil des tourments quotidiens, s’est incrustée en eux. Il offre de méditer les dix gestes de guérison que Jésus pose après avoir proclamé les Béatitudes. L’évangéliste Matthieu les présente en effet comme des remèdes pour recouvrer la joie de vivre dans la confiance et la paix. L’ouvrage initie un chemin de guérison qui veut rendre les chrétiens plus humains et plus crédibles, non seulement aux yeux du monde, mais à leurs propres yeux. Une excellente lecture qui parle au cœur et peut être méditée au jour le jour. – N. DENIÉ.

KOEHLER P., Sainte-Odile. Le Mont et les grâces, Paris, Cerf, 2018, 13,5 x 21 cm, 230 p., 18 €.
C’est en prévision du Jubilé de 2020, où l’on fêtera les 700 ans du Mont Sainte-Odile dans les Vosges alsaciennes, que le recteur du sanctuaire nous propose plus qu’un ouvrage hagiographique de plus, une méditation exemplaire, via la tapisserie et les récits de sa Vitae, de l’histoire d’une sainte transcrite en forme de pèlerinage pour le temps présent. Ces pages forment un mélange délicieux de grande et petites histoires, d’anecdotes locales et d’invitations spirituelles profondes. Les chapitres sont disposés chronologiquement et commencent toujours par des citations scripturaires, que suivent des illustrations reprises à la tapisserie du XVe siècle et des fragments de la Vitae sanctae Odiliae virginis (le plus ancien récit, du Xe siècle) ; après quoi sont revisités le sens du pèlerinage, l’aveuglement et la cécité dont sainte Odile peut nous guérir, et ce qu’elle est pour nous, « surplombant la plaine d’Alsace, étendant sa main vers Strasbourg l’européenne » (p. 216). La jeune noble rejetée par son père devint moniale et abbesse de Hohenbourg, et fit construire son hospice Niedermunster (aujourd’hui en ruine) ; elle veille toujours aujourd’hui sur la source où beaucoup viennent se soigner – N. HAUSMAN, s.c.m.

SAINTS

GALINIER-PALLEROLA J.-F. (dir.), Sainte Germaine de Pibrac. 150e anniversaire de la canonisation, Paris, Parole et Silence (Les Presses Universitaires), 2018, 15 x 23,5 cm, 188 p., 22 €.
Germaine Cousin (1579-1601) connut une vie pauvre, simple et méprisée, dans tous les sens du terme, entre autres du fait de ses infirmités qui causèrent son rejet de la part de sa famille comme de son village. Elle n’en fut pas moins proche du Seigneur et finit par conquérir le cœur des générations suivantes, grâce à ses nombreux miracles. Toutefois, ce n’est qu’au XIXe siècle qu’elle fut vraiment connue, étant béatifiée puis canonisée par Pie IX en 1854 et 1867 ! À cette époque pour le moins tourmentée au point de vue religieux, elle fut reconnue comme ayant vécu pleinement la radicalité et la saveur de l’Évangile, qui finalement seules comptent vraiment. Les communications du colloque organisés à l’occasion du 150e anniversaire de sa canonisation ont été rédigées par des spécialistes et permettent de mieux connaître l’époque où précisément Germaine fut enfin « appréciée ». Mais derrière leur caractère proprement scientifique, elles permettent de percevoir que la vocation à la sainteté est de toutes les époques et est proposée à tout un chacun, à la condition précisément qu’on s’appuie sur le socle intangible de la foi, à savoir l’Évangile lui-même. - B. JOASSART, s.j.

TÉMOINS

SŒUR MARIE-ROSE, Syrie. L’espoir vainqueur, Bruyères-le-Châtel, Nouvelle Cité, 2018, 13 x 20 cm, 156 p., 17 €.
Sœur Marie-Rose, religieuse à Homs – que nous montre, entourée d’enfants, une photo de couverture – nous raconte en 28 brefs récits les heures tragiques qu’a vécues la population syrienne des villes martyres de son pays. Au milieu des bombardements et des atrocités, sœur Marie-Rose s’est mêlée aux familles et aux enfants jetés soudain dans des situations cruelles insoutenables. Elle a choisi un style simple mais précis et objectif pour nous partager l’horreur. Elle le fait avec son cœur compatissant et rempli d’une tenace espérance dans la providence et d’une profonde sympathie pour les gens qu’elle côtoyait et s’empressait d’aider au maximum. Ce livre est à la fois un vibrant appel à notre solidarité et un témoignage de foi des chrétiens du Proche-Orient vivant l’horrible épreuve d’un conflit sans merci. Bénie soit celle qui nous prête ici son regard amoureux de Dieu et des hommes ! – J. RADERMAKERS, s.j.

GUTTIÉRREZ DE CABIEDES T., Van Than. Libre derrière les barreaux, Bruyères-le-Chatel, Nouvelle Cité, 2018, 15 x 22 cm, 334 p., 21 €.
Même si l’auteur la qualifie de roman, c’est une grande fresque historique du Vietnam devenu communiste dès 1976. C’est l’épopée authentique d’un homme d’Eglise et de ses treize années de dure captivité, où rien n’est caché de ses descentes et de ses pauvres répits. Mais la flamme qui brûlait au cœur de François-Xavier Nguyen Van Than (1928-2002) ne s’est jamais éteinte, et l’évêque héroïque (dont la cause de béatification est en cours), a poursuivi partout sa tâche pastorale clandestine – minutieusement rendue ici –, au point de changer le cœur de ses propres bourreaux. On sait que Jean-Paul II voulut le rencontrer à Rome dès qu’il fut assigné à résidence à Hanoï ; et puisque le régime en profita pour lui interdire de rentrer au Vietnam, le Pape, après lui avoir conféré les hautes responsabilités de la Commission Justice et Paix, le créa Cardinal (2001). Le futur bienheureux portait en sautoir, il nous l’a expliqué, la croix qu’il avait confectionnée avec les barbelés d’un de ses camps. Un ouvrage lumineux pour temps de désespoir – N. HAUSMAN, s.c.m.