Recensions pour la période 2018-4

ÉCRITURE

CABAUD J., La tradition hébraïque dans l’Eucharistie. Eugenio Zolli et la tradition hébraïque dans l’Eucharistie, Perpignan-Paris, Artège, 2017, 14 x 21,5 cm, 136 p., 12,90 €
L’ouvrage a été écrit à partir des notes qu’une religieuse a prises lors des conférences que l’ancien grand-rabbin de Rome (1940-45), Eugenio Zolli (1881-1956), baptisé au sortir de la seconde guerre mondiale, donna au cours de l’été 1953 à l’Université américaine Notre-Dame (Indiana) et où il s’entretint de l’influence de la religion juive sur la liturgie chrétienne. Le propos de l’A., elle-même issue d’une famille israélite avant d’être baptisée, est ressaisi dans sa page de conclusion : « Aujourd’hui [le Seder] n’est plus qu’un mémorial chez les juifs, comme celui que l’on fait pour la tragédie d’Auschwitz. Mais le Seder devenu Cène… se transforma en un repas miraculeux : le pain et le vin devinrent le corps et le sang de Jésus Christ. On pouvait donc participer au mystère de la Rédemption par cette institution de l’Eucharistie. La sainte messe contient ainsi toute l’essence du judaïsme antique dans le sacrifice non sanglant de la croix… Dire au monde d’aujourd’hui que la première place dans nos vies doit être le sacrifice et le sens du sacré, est inacceptable… Mais si le peuple juif retrouvait le sens mystique du Seder, ils trouveraient le Christ dans l’aphikomen et la Vie qui ne finira pas. Et si les chrétiens apprenaient à se souvenir d’où ils viennent, ils comprendraient mieux où ils vont » (p. 126-127). Le cœur de l’ouvrage est donc un approfondissement du mystère pascal à partir du déroulement du Seder et de la symbolique de ses éléments (ch. 3-5), en même temps qu’une réflexion sur le « rapport des Juifs avec le christianisme » (ch. 7), articulé en termes de lettre et d’esprit (ch. 6), dont les racines profondes sont à chercher dans la religion juive elle-même, dès lors que « nulle autre religion possède une mémoire dont le charnel et le spirituel soient aussi soudés » (p. 15). Notons cependant que pour le lecteur contemporain, l’argumentation développée s’appuie sur des données historiques dont l’attestation n’est pas évidente. En particulier, rien ne garantit que le déroulé du Seder sur lequel médite l’ancien rabbin, avec son insistance sur les 4 coupes de vin et l’aphikomen (morceau de pain sans levain réservé pour la fin du repas et remplaçant symboliquement le sacrifice pascal), soit celui que connurent le Christ et ses disciples. On regrettera par ailleurs quelques coquilles dans la translittération des termes issus des langues bibliques : « les matzoh » ou « le matzoh » ou encore « des matzah » (p. 55.56.73.81) au lieu de matzah (sing.) / matzot (pl.) ; « Amen doc vobis » (p. 66) au lieu de « Amen dico vobis » ; « hoc kairos » (p. 68) au lieu de « ho kairos » ; « Ruth qui va au puits se distingue des autres par sa volonté à partager l’eau avec Éléazar et ses chameaux » (p. 68) au lieu de « Rebecca ». Il reste que ce livre recueille le témoignage précieux d’un homme dont l’intense démarche spirituelle en quête de Vie véritable conduisit à embrasser le Christ, au risque de tout perdre. – S. DEHORTER, prêtre de l’Emmanuel.

COHEN I., Un monde à réparer. Le livre de Job, Nouvelle traduction commentée suivie d’un essai, Paris, Albin Michel, 2017, 14,5 x 22,5 cm, 656 p., 24 €.
« Grâce [au livre de Job] et dans le corps à corps avec les mots de la Bible, je découvre l’univers de la sagesse juive et j’entre dans le souffle de la respiration juive » (p. 24). C’est dans ces mots qu’I. Cohen livre l’expérience qui fut la sienne pendant les dix années de recherches qui ont conduit à la publication d’un livre sur Job au titre évocateur : Un monde à réparer. Dix années pendant lesquelles elle s’est imaginée dans la « synagogue Rashi », à Worms, cachée dans un coin de la pièce, telle une souris invisible, bercée par la voix de tous ces sages qu’elle a appris à connaître, « ces denteliers et orfèvres du texte dont la veille aimante et rigoureuse assure la survie du peuple juif » (idem). Autant dire que ce livre a la saveur d’un nectar. Il se compose de trois parties : une traduction inédite, entrecoupée d’un commentaire, et suivi d’un essai. Au sujet de la traduction, l’A. rappelle que l’enjeu de toute traduction est de « faire passer » (tra-ducere) le texte d’un univers de civilisation à un autre. Celle qui est ici proposée, et dont le parti pris consiste à ne changer ni les mots, ni l’ordre des versets, s’efforce donc d’introduire le lecteur francophone dans la maison juive d’interprétation. Autrement dit, elle cherche « à faire entendre l’hébreu en respectant le génie du français mais aussi à mettre en valeur la dimension poétique du livre de Job pour que le lecteur puisse poursuivre le travail d’associations d’idées et d’interprétation » (p. 23). Pour le commentaire, l’A. présente les « trois grilles de lectures de la Bible hébraïque » (p. 15-20) qu’elle utilise. Tout d’abord, la méthode historico-critique qui « recèle une dimension spirituelle puisqu’elle contribue à retracer une aventure spirituelle » mais qui « omet de souligner la cohérence rationnelle profonde du corpus biblique, qui, loin d’être l’entassement hasardeux de documents d’époques différentes, met au jour une vision du monde construite ». Ensuite, les commentaires juifs avec ses « trois familles d’esprit » que sont la tradition orale, l’explication philosophique qui répond au besoin de présenter la pensée juive sous forme de système ainsi que l’exégèse symbolique moderne en réaction aux Lumières. Enfin, l’analyse littéraire, attentive à la poésie du texte, apparaît comme la clé d’entrée la plus efficace dans l’univers du sens. Quant à l’essai, il reprend deux questions-clés : le procès de la doctrine de la rédemption et la description du mécanisme de l’épreuve. La vision qui se dégage est celle d’un monde éthiquement inachevé de sorte que, dans une perspective messianique, chacun participe, dès maintenant de sa juste et puissante place, à la rédemption générale (p. 475). Autrement dit, le monde, tissé de la parole divine, voyage vers sa réparation, dont l’homme a pour charge d’être l’artisan. Il s’agit, pour l’homme ordinaire, de se réparer lui-même et, pour le juste souffrant, d’accéder à l’amour. Il pourra alors faire l’expérience de l’éternité quand « tout sera uni à l’unique attribut de chérissement (raḥamim) de Dieu » (p. 505). – S. DEHORTER, prêtre de l’Emmanuel.

HUTCHINSON R. J., Enquête sur le début du christianisme. Comment une poignée de pêcheurs, de soldats et de prostituées ont transformé le monde, Paris, Salvator, 2018, 15 x 22,5 cm, 384 p., 22 €.
Comme l’indique le sous-titre, Comment une poignée de pêcheurs, de soldats et de prostituées ont transformé le monde, le livre que l’essayiste R. Hutchinson publie sur les débuts du christianisme a une portée apologétique et de vulgarisation. C’est sous une forme narrative, à laquelle il joint des précisions d’ordre historique, que l’A., qui se présente lui-même comme un « historien vulgarisateur », évoque la fondation de la toute première communauté chrétienne et interroge les raisons de la réussite du mouvement de Jésus  raisons qu’il situe dans l’intention même du Nazaréen de « créer une communauté chargée de poursuivre son enseignement et sa mission, au fils du temps et à l’échelle du monde » (p. 14-15). L’ouvrage couvre la vingtaine d’années qui sépare la mort de Jésus du Concile de Jérusalem ; il se déploie en quatre moments : d’abord la dernière semaine de Jésus jusqu’à sa mise au tombeau, puis les apparitions du Ressuscité et la fête de la Pentecôte, avant de suivre le récit des Actes : Ac 3-12 - « le début des persécutions » et Ac 13-15 - « Le mouvement de Jésus se répand ». Les notes regroupées en fin d’ouvrage permettront au lecteur curieux d’approfondir les nombreuses informations qui parsèment un récit bien mené. – S. DEHORTER, prêtre de l’Emmanuel.

KOBIK M., Dis Marie, comment ça a commencé ? Évangile selon saint Luc ch. 1 et 2, Paris, Parole et Silence, 2017, 15,3 x 23,4 cm, 210 p., 19 €.
Le livre de M. Kobik sur ce qu’il appelle « L’évangile de Marie » (Lc 1-2) fait partie de ceux qui tendent la main à leurs lecteurs pour les conduire vers une lecture spirituelle de l’Écriture qui soit, tout à la fois, attentive à sa lettre et ouverte sur la réflexion, le partage et la prière. Les sept épisodes qui occupent ces deux chapitres (annonciations à Zacharie et Élisabeth, visitation, naissances de Jean-Baptiste et Jésus, présentation au Temple puis recouvrement au Temple) peuvent être lus comme si tout était raconté du point de vue de Marie. On y voit le cheminement de la Parole qui, « Parole du désir de Dieu » venant des cieux, vient dans l’histoire, se révèle à Zacharie (parole non reçue) et à Marie (parole accueillie) ; devient une parole reconnue et partagée dans le Magnificat avant de se manifester dans les naissances de Jean et de Jésus ; est encore une parole révélante au moment de la Présentation, mais incomprise à l’heure du recouvrement (cf. la conclusion p. 207-208). Comme dans ces ouvrages précédents, l’A. fournit au lecteur dans un fascicule à part le texte évangélique dans une traduction de la TOB ; sa lecture soutenue est attentive au moindre détail du texte, dans la littéralité des mots grecs, la concentration des champs sémantiques, les effets de composition. Une lecture pour entrer dans l’Avent ou vivre une retraite mariale. – S. DEHORTER, prêtre de l’Emmanuel.

LEBOUTEUX O., Paraboles, Mode d’emploi, Namur, Fidélité, 2018, 17 x 24 cm, 232 p., 24,50 €.
O. Lebouteux, enseignant d’Écriture Sainte au séminaire Saint-Sulpice près de Paris, propose un Mode d’emploi des paraboles, genre littéraire particulièrement propice à l’établissement d’un lien entre la parole de Dieu et la vie personnelle. L’enjeu est de leur permettre d’œuvrer en nous le déplacement, la conversion, la mise en mouvement dont elles sont porteuses. L’introduction rappelle d’ailleurs à juste titre que ce qui ne fonctionne pas dans une parabole, ce qui n’est pas logique, constitue souvent le point de basculement du récit. Mais, au bout du compte, seule la mise en œuvre concrète de la parabole dans notre vie nous en livrera toute la richesse et toute la force (p. 8). L’ouvrage présente ainsi vingt paraboles tirée de Mt et Lc (et une de Mc). Il suit à chaque fois une démarche similaire : après une très brève introduction et mise en contexte, le texte est découpé en passages successifs. Pour chacun d’eux, des questions sont posées « à partir du texte » ; une « méditation » est donnée pour approfondir ; des « pistes » sont proposées « pour mettre en application ». Viennent alors trois paragraphes complémentaires : un éclairage à partir de l’AT ; l’extrait d’un commentaire d’un père de l’Église ou d’un Pape ; une « exploration » centrée sur un terme précis. Un outil très utile pour aider la lecture en groupe et susciter un cheminement spirituel en profondeur à partir de la parole. – S. DEHORTER, prêtre de l’Emmanuel.

ROCHETTE J. et LAMBERT D. (éd.), Lueurs d’Apocalypse. Imaginaire et recherches autour du Manuscrit de Namur (XIVe siècle), Namur, Lessius-Fidélité, 2017, 17 x 24 cm, 224 p., 22,50 €.
Tandis que J. Rochette, recteur du Grand Séminaire de Namur, préparait son commentaire de l’Apocalypse illustré par des photographies exceptionnelles du Namurcensis (XVIe) (voir notre recension dans VsCs 88 (2016-4), p. 75-76), plusieurs professeurs de ce même Séminaire eurent le désir de travailler ensemble autour d’un thème commun qui s’offrirait à des approches transversales. C’est le thème de l’apocalyptique qui s’imposa et le travail commun faisant son chemin permit l’organisation d’un colloque pluridisciplinaire (19-20 fév. 2016) en partenariat avec l’Université de Namur et l’Institut d’Études Théologiques de Bruxelles. Le livre Lueurs d’Apocalypse rend à présent les actes de ce colloque accessibles à tous. Il ne s’agit donc pas seulement d’un ouvrage d’exégèse mais du traitement du thème toujours actuel de l’apocalyptique à travers divers génies de la culture et de la science humaine. Les interventions de ces deux journées de colloques sont présentées sous quatre rubriques. I. « L’Apocalypse et la Bible » regroupe des contributions sur la violence en Dn 7-12, la gestion de la peur (son expression et son désamorçage) dans l’Apocalypse de Jean ainsi qu’une lecture originale et psycho-spirituelle des Lettres aux Églises (Ap 2-3) à partir des outils de l’analyse systémique. II. « L’Apocalypse en discours » est davantage orienté vers une actualisation du thème, qu’il s’agisse du discours de Jésus en Mc 13, de ce que Ap donne à voir du plan de Dieu sur l’Église ou encore de l’Apocalypse au cinéma. Vient alors la IIIe partie qui s’ouvre alors à la philosophie, aux arts et aux sciences : Comment les scientifiques voient-ils le devenir et la fin du monde ? Les différents avatars du millénarisme comme expressions de protestation et de mobilisation ; l’héritage iconographique de l’Apocalypse ; sa présence dans la liturgie de Vatican II. Quant à la IVe partie, elle regroupe quatre contributions sur « Le manuscrit de l’Apocalypse de Namur » : aspects techniques et études comparées de son iconographie. – S. DEHORTER, prêtre de l’Emmanuel.

NIEUVIARTS J., La marche dans la Bible. Nomadisme, errance, exil et pressentiment de Dieu, Montrouge, Bayard, 2018, 14,5 x 19 cm, 288 p., 18,90 €.
C’est à redécouvrir le « gène nomade » du peuple de la Bible et de ses lecteurs que convie l’ouvrage du P. J. Nieuviarts pour qui la marche est un lieu d’expérience forte d’humanité en même temps que le passé d’errance d’Israël a été déterminant dans sa compréhension de Dieu. Sensible lui aussi à l’approche narrative, l’A. propose dans cet ouvrage une traversée substantielle de la Bible autour de la thématique de la marche. Il s’arrête plus particulièrement sur les figures nomades de la Genèse (ch. 1) où retentit le cantus firmus de la promesse (ch. 2) et l’appel radical à être saint sans compromission aucune avec les idoles (ch. 3) ; viennent ensuite la traversée du désert (ch. 4), l’installation en terre promise exposée au risque de l’oubli (ch. 5), jusqu’à l’expérience de l’exil comme perte de repère et silence de Dieu (ch. 6) ; les ch. 7-8 invitent à contempler Jésus, « l’homme qui marche », ainsi que l’Église naissante qui, mise en route au matin de la Résurrection, sera reconnue très tôt comme regroupant les « disciples de la Voie ». Quant aux ch. 9-10, ils ressaisissent les acquis de cette lecture autour de la figure de Dieu qui se révèle en chemin et de l’homme pèlerin, homo viator. L’écriture généreuse et poétique passe par d’inévitables répétitions mais ces entrelacs sont peut-être nécessaires pour que s’inscrivent dans le lecteur, au rythme du pas pèlerin, les traits de Dieu propres à la Bible. – S. DEHORTER, prêtre de l’Emmanuel.

RÖMER Th., L’Ancien Testament commenté. L’Exode, Genève-Montrouge, Labor et Fides Bayard, 2017, 17,5 x 21,5 cm, 194 p., 29,90 €.
Faisant le pendant du Nouveau Testament commenté (2012) (voir sa recension dans VsCs 86, 2014-4, p. 308-309), l’AT commenté se présente sous une forme quelque peu différente. En raison de l’insuffisance des forces vives de la francophonie, le choix a été fait de traduire l’œuvre collective du Kommentar zur Zürcher Bibel (2010) tout en l’accompagnant de parties originales non présentes dans le texte allemand. Le deuxième volume, consacré au livre de l’Exode, est signé par Th. Römer. La ligne éditoriale vise à informer le lecteur « sur le sens et le contexte historiques et théologiques des différents textes d’un livre biblique sans trop s’épuiser à lire des centaines de pages » ; d’où un commentaire qui, après avoir reporté le texte de la Nouvelle Bible Segond, n’est pas « beaucoup plus long que le texte lui-même » (p. 7). Sensible à l’histoire de la rédaction (cf. l’Annexe synthétique p. 183) et à l’enrichissement qu’apporte une bonne connaissance des religions de l’Antiquité (cf. les encadrés portant sur des réalités religieuses telles que la « Montagne », le « Code d’Hammourabi » ou encore le « prêtre »), l’A. rappelle cependant en introduction que « ce n’est ni un Moïse ni un Exode « historiques » qui sont devenus constitutifs du judaïsme et du christianisme, mais les textes du livre de l’Exode et de la Torah qui transmettent cette grande épopée de la sortie d’Égypte et du don de la Loi » (p. 13). Présentant l’Exode comme un « développement sous forme narrative de la confession de foi d’Israël » – « le Seigneur nous a fait sortir d’Égypte »  et comme le passage de la servitude de Pharaon au service de YHWH à travers l’errance du désert, cet ouvrage constitue un guide fiable pour une première prise de contact avec ce grand texte du Pentateuque. – S. DEHORTER, prêtre de l’Emmanuel.

AMHERDT F.-X. (dir.), Figures de croyants dans l’Ancien et le Nouveau Testament, Saint-Maurice (CH), Éditions Saint-Augustin (Les Cahiers de l’ABC, 5), 2017, 14 x 21 cm, 252 p., 22 €.
Avec Figures de croyants, les membres de l’équipe de l’ABC (Association biblique catholique de Suisse romande) publient les fruits d’une session d’été (2013) qui furent ensuite éprouvés durant toute une année. C’est au travers d’une lecture de la Bible que l’on peut qualifier de figurative, littéraire et narrative autant que canonique, qu’il est donné au lecteur de cet ouvrage de contempler un certain nombre de visages où se réfracte la lumière divine. Ces Cahiers de l’ABC étant destinés à être utilisés par des groupes bibliques, les « encadrés pédagogiques » guident le travail de mise en œuvre de même que les annexes, qui constituent essentiellement en des traductions littérales des textes étudiés. Sept figures ont été retenues : Abraham (Gn 15) auquel est contraposée la figure d’Achaz (Is 7-8), Gédéon (Jg 6), Judith, l’itinéraire de Simon-Pierre en Lc et Ac, la Cananéenne (Mt 15), Lydie (Ac 16). Un parcours tonifiant qui devrait permettre, selon le souhait de ses auteurs, à certains documents magistériels récents de « prendre chair et épaisseur » dès lors que c’est « en croyant longuement que l’on apprend à croire vraiment » et c’est « en éprouvant [la foi] que nous la faisons grandir comme la petite graine devient un arbre » (p. 12). – S. DEHORTER, prêtre de l’Emmanuel.

MAC LEOD P., L’Évangile de la rencontre. Jésus et la Samaritaine, Perpignan-Paris, Artège, 2018, 12,5 x 18,5 cm, 232 p., 14,90 €.
Diagnostiquant une crise de la profondeur spirituelle qui conduit certains croyants à « offrir leurs lèvres aux fontaines improvisées qui foisonnent aujourd’hui sur le marché du bien-être ou du développement personnel » et d’autres à « tourner le dos au christianisme » pour « multiplier les expériences », à « l’affût de tout ce qui sort » (p. 11), Ph. Mac Leod médite patiemment la rencontre de Jésus et de la Samaritaine. En intitulant son livre L’Évangile de la rencontre, il manifeste que ce passage décrit « une rencontre archétypique qui devrait devenir le modèle de nos rencontres humaines » (p. 14). Aussi se propose-t-il de « traverser les degrés de la rencontre, dans son mouvement, sa vivacité, ses difficultés aussi, ses méprises, ses imbroglios, puis son dévoilement subit, son explosion, son bonheur » (p. 20). On le voit, l’écriture de l’auteur progresse par petites touches, dans un style méditatif qui n’a pas peur des répétitions, johannique pourrait-on dire par certains aspects. Le livre se compose de sept chapitres. Les quatre premiers suivent Jn 4,1-30 pas à pas pour en dévoiler toute la profondeur ; les trois suivants déploient davantage trois harmoniques fondamentales de cette rencontre en commentant d’autres passages de l’évangile de Jean, ce qui montre au passage la profonde unité spirituelle de l’ensemble. La rencontre entre Jésus et la femme adultère (Jn 8) approfondit la thématique des alliances ; l’évangile de Nicodème (Jn 3) présente de nombreux rapprochements avec Jn 4, sauf que dans ce cas, il semble que la rencontre n’ait pas eu lieu ; quant au discours sur le pain de vie (Jn 6), il permet d’entrer plus avant dans l’intimité du mystère du Christ en apprenant « à le concevoir à la manière d’un pays, un espace, une vastitude dans laquelle entrer, demeurer, ainsi que lui-même le demande. Le Maître n’apparaît plus alors dans un vis-à-vis… mais véritablement sous les espèces d’une chair à revêtir, une terre à habiter, un lieu où l’on prend source, où l’on prend vie, un mystère vivant dans lequel pénétrer à la mesure de notre capacité à nous quitter nous-mêmes. Et Dieu est là, selon que le Christ veut nous le faire connaître : non pas une entité, un être supérieur, mais un infini dans lequel on plonge » (p. 186). À lire sans empressement. – S. DEHORTER, prêtre de l’Emmanuel.

VERCRUYSSE J.-M. (dir.), Les psaumes de David, Arras, Artois Presses Université (Graphè 27), 2018, 16 x 24 cm, 280 p., 18 €.
Le dernier numéro de la revue Graphè est consacré aux Psaumes de David et aux lectures amplifiantes et novatrices qu’ils reçurent au cours des âges. Un premier article ayant dressé l’état de la recherche sur le livre des psaumes en tant que livre, les suivants en exposent différents modes de sa réception : la lecture augustinienne, à la recherche du visage du Christ ; le Moyen-Âge (psaumes et culture courtoise ; psaumes utilisée comme outils de l’antijudaïsme croissant ; insertion dans les rituels magiques) ; le rôle des psaumes dans la consolidation des identités confessionnelles au moment de la Réforme ; la multiplication des paraphrases comme genre littéraire à part entière au XVIIe ; la volonté de redorer l’image de la poésie religieuse par le biais de nouvelles traductions à l’heure de la Révolution française ; ou encore, la manière dont les poètes maudits du XIXe ont cherché à légitimer leur propre identité créatrice et le mixte de bénédiction/malédiction qui l’entoure. – S. DEHORTER, prêtre de l’Emmanuel.

RÉGENT B., L’énigme des invités aux noces, Paris, Vie chrétienne, 2017, 15 x 22 cm, 120 p., 12 €.
La lecture de la parabole énigmatique des invités aux noces (Mt 22,1-14) offerte par B. Régent est une réédition, revue et corrigée, d’une première version sortie en 2011. L’ouvrage est composé de trois parties. Tout d’abord, à la suite d’une traduction littérale vient « une lecture au fil du texte » grâce à laquelle les éléments obscurs de cette parabole difficile reçoivent des éclairages bienfaisants, qu’il s’agisse de la réaction violente du roi, du vêtement à porter sans que cela semble avoir été spécifié dans l’invitation, de l’image manipulatrice du roi que semble ainsi véhiculée la parabole, ou encore de la question de la gratuité de l’invitation et de la liberté de la réponse. Cette lecture minutieuse sert alors de fondement à des « prolongements » pour animer un groupe biblique et pour prier avant que ne soient exposées « quelques interprétations des Pères de l’Église » (avec une introduction de M. Fédou). En conclusion, l’A. montre que la vraie question est la suivante : « les invités sont-ils assez libres pour répondre à l’appel ? ». En effet, l’appel, dans la gratuité qui l’anime, tout orienté vers le plaisir et la joie d’un autre, met en lumière l’esclavage de ceux qui le refusent, ce qui est sans doute insupportable pour notre ego, d’où la pulsion pour tuer la parole qui opère ce dévoilement. Pourtant la victoire du roi sur les meurtriers est le signe que le mensonge en nous sera vaincu jusqu’en sa racine et qu’alors l’appel apparaîtra sous son vrai jouir : nous réjouir pour la vie qui se donne, entrer dans la joie d’un autre, devenir des vivants (cf. p. 66-67). Libérant ! – S. DEHORTER, prêtre de l’Emmanuel.

FONDEMENTS

BONFILS J., Je crois à la Sainte Église Catholique, Paris, Parole et Silence (Fondements), 2018, 11,5 x 22 cm, 155 p., 12 €.
Docteur en théologie, membre de la Société des Missions Africaines dont il a été le supérieur général, longtemps secrétaire à la Congrégation des Instituts de vie consacrée et des Sociétés de vie apostolique, Mgr Jean Bonfils a également été évêque de Viviers, évêque de Nice et administrateur apostolique d’Ajaccio. C’est dire que le Cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon où est née cette société de vie apostolique était fondé, dans sa remarquable préface, à écrire : « Le mystère de l’Église présenté par l’un de ses fils qui lui doit tout, avec la merveilleuse clarté d’un pédagogue expérimenté !... Dans un exposé clair, simple et bien fondé, animé par un authentique souffle prophétique, il (l’auteur) contemple l’Église. Il la présente comme une Fraternité appelée à être pauvre, évangélique, ardemment missionnaire, toujours plus proche du Christ dont elle prolonge et poursuit la mission dans le monde, depuis vingt siècles ». Et on consonne aussi avec lui, quand il conclut : « Je sors de cette lecture heureux, réveillé et désireux de vivre plus intensément avec mes frères et sœurs la mission qui nous est confiée par le Seigneur au moment de son départ : Vous allez recevoir une force… Vous serez mes témoins ! (Ac 1,8) ». – N. DENIÉ.

TENACE M., On ne naît pas chrétien, on le devient. Dogme et vie durant les trois premiers conciles, Namur, Lessius - Éditions Jésuites (Donner raison - Théologie 63), 2017, 14 x 21 cm, 192 p., 19 €.
Un livre d’anthropologie théologique qui veut « relier le dogme et la vie chrétienne, la théologie et la spiritualité » en partant de « la tradition qui parle de l’homme à partir de sa création à l’image et à la ressemblance de Dieu » (173), un phylum grec que l’on retrouve, de Cassien à saint Thomas, jusqu’à Philippe Néri et Ignace de Loyola : « la grâce et la liberté sont dès lors des coordonnées théologiques et anthropologiques qui manifestent toujours et en même temps un don et un engagement » (177). Ces citations finales disent le brio d’une démonstration par un parcours des premiers siècles : le Dieu-homme (Nicée) ; l’homme divinisé (Antoine) ; la divinité de l’Esprit saint qui engendre à la vie divine ; les béatitudes, œuvre de l’Esprit (Basile, Grégoire et leur lignée), la logique thématique qui relie les trois premiers Conciles (la créature, l’Esprit-saint et le Fils de Dieu) ; Marie, splendeur de la créature (Éphrem, Éphèse, Palamas et les autres). Le chapitre VII s’attache à Cassien, « pont entre les deux mondes » et risque un tableau de correspondance entre les béatitudes et les vices, puis le don de la grâce, le signe afférent et le combat spirituel requis. Un livre fondateur, pétri d’Orient, ou plutôt, de la tradition indivise de l’Église apostolique. – N. HAUSMAN, s.c.m.

SPIRITUALITÉ

KOELHER P., Sainte-Odile. Le Mont et les grâces, Paris, Cerf, 2018, 13,5 x 21 cm, 230 p., 18 €.
C’est en prévision du Jubilé de 2020, où l’on fêtera les 700 ans du Mont Sainte-Odile dans les Vosges alsaciennes, que le recteur du sanctuaire nous propose plus qu’un ouvrage hagiographique de plus, une méditation exemplaire, via la tapisserie et les récits de sa Vitae, de l’histoire d’une sainte transcrite en forme de pèlerinage pour le temps présent. Ces pages forment un mélange délicieux de grande et petites histoires, d’anecdotes locales et d’invitations spirituelles profondes. Les chapitres sont disposés chronologiquement et commencent toujours par des citations scripturaires, que suivent des illustrations reprises à la tapisserie du XVe siècle et des fragments de la Vitae sanctae Odiliae virginis (le plus ancien récit, du Xe siècle) ; après quoi sont revisités le sens du pèlerinage, l’aveuglement et la cécité dont sainte Odile peut nous guérir, et ce qu’elle est pour nous, « surplombant la plaine d’Alsace, étendant sa main vers Strasbourg l’européenne » (p. 216). La jeune noble rejetée par son père devint moniale et abbesse de Hohenbourg, et fit construire son hospice Niedermunster (aujourd’hui en ruine) ; elle veille toujours aujourd’hui sur la source où beaucoup viennent se soigner – N. HAUSMAN, s.c.m.

TÉMOINS

MENVIELLE D., Sacrée Léonie, cancre sur le banc des saints, Paris, Éditions de l’Emmanuel (Spiritualité), 2018, 15 x 22 cm, p. 260, 17 €.
Née en 1863, Léonie est la troisième fille de Louis et Zélie Martin. Enfant fragile, à la scolarité difficile, doutant d’elle-même, capricieuse, elle est maltraitée en secret par sa bonne, et un sujet d’inquiétude pour ses parents. Face au parcours sans faute de ses sœurs, qui entreront toutes au Carmel de Lisieux, Léonie a essuyé de nombreux échecs, dont trois essais ratés au couvent, avant de pouvoir entrer définitivement chez les Sœurs de la Visitation de Caen. Elle a 36 ans. En luttant de tout son cœur pour devenir « une vraie religieuse » malgré les doutes de son entourage, Léonie est parvenue à un degré de sainteté dont témoignent tous ceux qui l’ont connue. Elle meurt en 1941. Son procès de béatification a été ouvert en 2015.
Léonie, figure d’humilité et de charité bouleversante, fut le premier disciple de sa petite sœur Thérèse de Lisieux. Avec elle, tous ceux qui peinent à réussir et qui doutent d’eux-mêmes peuvent trouver leur modèle de sainteté sur la « voie de l’enfance spirituelle ». L’auteur, Dominique Menvielle, est membre de l’Institut Notre-Dame de Vie. – N. DENIÉ.

NOIR M. R., Fleur d’un jour. Petite vie de Satoko Kitahara, Bruyères-le-Châtel, Nouvelle Cité (Récit), 2018, 13 x 20 cm, 180 p., 17 €.
Fleur d’un jour est la biographie bouleversante d’une jeune japonaise, Satoko Kitahara, issue d’une famille aristocratique aisée, profondément ancrée dans la religion shinthô. Après ses études universitaires, la découverte de l’Évangile la conduira jusqu’au baptême et la poussera à ouvrir les yeux sur sa ville, Tokyo, où la pauvreté et l’exclusion, à cette époque de l’après-guerre, sont flagrantes. Satoko fait une rencontre providentielle avec un franciscain polonais, le Frère Zéno, qui l’aide à découvrir le bidonville « la Cité des Fourmis ». Elle s’y consacrera avec une générosité sans borne. Elle sera chiffonnière avec les chiffonniers et se chargera de l’éducation des enfants. Elle puise sa force dans une spiritualité toute simple, proche de celle de Thérèse de Lisieux et comme elle, meurt de la tuberculose, à l’âge de 29 ans, en 1958. Le pape François, en 2015, reconnaîtra le dévouement exceptionnel et l’amour sans limite de Satoko Kitahara en la déclarant vénérable. Jusqu’à présent l’Eglise catholique a seulement béatifié et canonisé, en grand nombre, des martyrs japonais. Élisabeth-Marie Satoko Kitahara est la première laïque japonaise déclarée vénérable et peut-être canonisée un jour. À l’occasion des 31e Journées Mondiales de la Jeunesse en 2016 en Pologne, le Pape François a lancé un appel qui rejoint la ligne de vie de Satoko. Ce livre est à lire et à faire lire, pour sa simplicité, sa beauté, et ce qu’il nous fait découvrir d’une vie toute donnée comme laïque chrétienne au cœur du monde. – N. DENIÉ.

MOURAD J., Un moine en otage. Le combat pour la paix d’un prisonnier des djihadistes, Paris, Éditions de l’Emmanuel, 2018, 14,5 x 19,5 cm, 220 p., 17,90 €.
Un prêtre de rite syriaque-catholique, originaire d’Alep. Un moine, membre de la communauté de Mar Moussa, fondée par le jésuite italien Paolo Dall’Oglio dont on est sans nouvelles depuis 2013. Un homme de prière attaché au dialogue islamo-chrétien. Un réfugié en Irak, avec ses anciens paroissiens. Il est tout cela, le P. Jacques Mourad, enlevé le 21 mai 2015, dans la cour de son monastère par deux djihadistes, qui raconte, sans forcer le ton mais sans rien édulcorer, ses mois de captivité : les privations et l’enfermement, les tortures psychiques et physiques qui lui font parfois entrevoir « la perspective de la mort comme une grâce », la colère et la dépression, l’angoisse pour tous ceux qu’il a laissés derrière lui ; mais aussi la force de la prière qui lui rend la paix et la liberté en toutes circonstances, la présence sensible de Dieu qui lui permet peu à peu de voir en ses geôliers des êtres humains, eux aussi parfois déchirés, et d’en éprouver pour eux de la compassion. Un témoignage qui vaut moins par ses qualités littéraires que par son poids d’humanité – la vie des chrétiens d’Orient, leurs relations avec leurs voisins musulmans, la tragédie de la guerre réfractée en la multiplicité des déchirements individuels – et par la leçon spirituelle autant que politique qui s’en dégage : la violence – qu’elle soit le fait de Daech ou des politiques occidentales fermement critiquées – ne peut engendrer que la violence ; le seul chemin qui ouvre l’avenir est celui du pardon à la suite du Christ crucifié – SŒUR MARIE-LAURE, f.m.j.

MAGDELEINE DE JÉSUS, Un témoignage vivant pour aujourd’hui. Testament spirituel, Paris, Parole et Silence, 2018, 14 x 21 cm, 168 p., 15 €.
Postulateur actuel de la cause de béatification de Petite Sœur Magdeleine de Jésus, le père Andrea Mandonico, s.m.a., prend le relais des premières postulatrices pour présenter le « Bulletin vert », sorti des mains de celle qui se mit à la suite du Frère Charles de Foucauld pour une vie contemplative dans le monde, particulièrement celui des pauvres. Après la préface du Cardinal G. Cottier, o.p., et la présentation du père Mandonico, c’est Michel Lafon, successeur du père A. Peyriguère, qui situe historiquement l’affaire de la première publication, à l’insu de l’auteur, d’une partie de l’opuscule, intitulée « Testament ». Petite Sœur Annunziata de Jésus (+ 2013) explique, en 45 pages, le « Bulletin vert » dont l’intégralité est ensuite publiée (47 pages). Petite Sœur Mariam-Nour de Jésus commente le « Dieu m’a prise par la main » (« Plus tu seras parfaitement et totalement humaine, plus tu pourras être parfaitement et totalement religieuse »), et Petite Sœur Annie de Jésus « Le levain dans la pâte » (« L’absolu d’une vie contemplative et le partage de la condition ouvrière devenait donc possible… »). Un cahier de photos de 8 pages permet d’entrevoir la nouveauté d’un tel charisme, hier et aujourd’hui. – N. HAUSMAN, s.c.m.

SŒUR MARIE MADELEINE, La marche à la mort, Toulouse, Éditions du Carmel (Carmelight), 2018, 11 x 18 cm, 204 p., 7 €.
En 1939, cinq carmélites françaises et belges originaires du Carmel d’Aire sur l’Adour partent en Corée pour fonder un Carmel à Séoul. En 1950, les forces militaires de la Corée du Nord, sous régime communiste, envahissent la Corée du Sud. C’est le début d’une guerre qui va durer 3 ans. Les cinq carmélites, fondatrices du Carmel de Séoul, sont prises dans la tourmente de ce conflit. Pendant trois ans, elles vont marcher, avec d’autres étrangers, à travers la Corée du Nord. Deux d’entre elles mourront d’épuisement. Sœur Marie-Madeleine, bien qu’alors presque entièrement aveugle, a consigné les chroniques du périple qu’elle a vécu avec ses compagnes. Elle y donne un témoignage courageux d’une foi vive et d’une charité sans faille. C’est ce texte qui est publié aujourd’hui. Ce récit constitue non seulement un témoignage de vie spirituelle, mais aussi un plaidoyer pour la paix entre les peuples. – N. DENIÉ.

HARDY O., Au nom de la foi chrétienne. Maurice Zundel apologète de la foi chrétienne, Paris, Parole et Silence, 2017, 15,2 x 23,5 cm, 274 p., 24 €.
Sous ce titre un peu provocant, tant le prêtre suisse fut longtemps suspecté et tenu à l’écart, est publiée une thèse soutenue à l’Institut Catholique de Toulouse par une religieuse xavière. Le propos en est clairement exposé dès l’introduction : au-delà du maître spirituel reconnu, il y a aussi en Maurice Zundel un théologien dont l’œuvre apporte une contribution intéressante aux questions traversant aujourd’hui la foi chrétienne. Elle part cependant du « commencement » en analysant longuement, dans une première partie, la thèse de philosophie soutenue par Zundel à Rome en 1927, L’influence du nominalisme sur la pensée chrétienne, qui, en termes encore empruntés au thomisme, affronte des questions restées pour lui centrales : comment avoir une juste vision de l’homme ? comment réhabiliter la foi chrétienne ? La deuxième partie étudie, de façon plus transversale, la problématique du mal pour montrer comment, à travers ce questionnement difficile, Zundel établit les conditions de possibilité de l’existence de Dieu pour l’homme. La troisième partie revient à une approche chronologique de ses écrits pour dégager son « approche originale de la foi chrétienne », voulant répondre au « paganisme latent qui veille au cœur de tout homme » (p. 24). Approche originale, parce que fondée sur la relation et dévoilant une pensée profondément existentielle, centrée sur l’homme dans sa grandeur et sa fragilité. On appréciera l’effort pour penser une œuvre qui, de l’aveu même de l’auteur, se refuse à la conceptualisation et préfère procéder par intuitions et fulgurances – effort auquel le choix d’analyser les écrits les plus philosophiques de Zundel, sa thèse et un autre inédit de 1932, Le mystère de la connaissance, confère parfois quelque aridité et n’honore peut-être pas tout à fait la liberté d’allure et la beauté de l’expression de l’auteur étudié. Il est en outre regrettable que l’édition de cette thèse soit entachée de quelques coquilles, omissions de mots, et doublons (cf. p. 130 : même citation biblique dans le corps du texte et en note). Mais il demeure intéressant de comprendre quels concepts philosophiques et dogmatiques ont formé le soubassement de la pensée de celui qui désirait rendre le mystère chrétien accessible à tout homme et le dévoiler comme un chemin de bonheur. – SŒUR MARIE-LAURE, f.m.j.

ROTHEVAL G., Prier 15 jours avec... Marie Noël, Bruyères-le-Châtel, Nouvelle Cité (Prier 15 jours avec... 5), 2017, 11,5 x 19,5 cm, 128 p., 12,90 €.
Pour nourrir une foi passionnée et fragile, quelle grâce de prier quinze jours durant avec Marie Noël, cette femme d’une exquise sensibilité, souvent rongée par la maladie, passant de l’impuissance à l’exaltation dans un élan d’amour qui la comble et la torture ! Les âmes souffrant de leurs limites sauront trouver ici consolation et persévérance. Dans le sillage de Marie Noël, l’A., prêtre à N.-D. de Fourvière (Lyon), guide notre prière d’abandon avec douceur et réalisme sur les chemins difficiles d’une pauvreté baignée de joie. – J. RADERMAKERS, s.j.

DESJOBERT E., Prier 15 jours avec… Claire de Castelbajac, Bruyères-le-Châtel, Nouvelle Cité (Prier 15 jours avec… 203), 2018, 11,5 x 19,5 cm, 124 p., 12,90 €.
Claire de Castelbajac est née à Paris le 26 octobre 1953, dernière d’une famille de 5 enfants. D’un tempérament joyeux et passionné, elle a dès son plus jeune âge une profonde conscience de la proximité de Dieu. Elle révèle alors une nature contemplative et pleine de délicatesse face à la souffrance humaine. Toujours tournée vers les autres, elle veut faire de sa vie un chant de louange et d’action de grâce et emporter dans son sillage ceux qui l’entourent. Sa vocation : le bonheur. En 1972, elle écrit : « La sainteté, c’est l’amour à vivre les choses ordinaires, pour Dieu et avec Dieu, avec sa grâce et sa force ». En 1971, Claire part pour Rome où elle fait des études de restauratrice d’œuvres d’art à l’Institut de Restauration. Elle exerce ses compétences professionnelles en Italie, entre autre à Assise. Début janvier 1975, une méningo-encéphalite se déclare et elle mourra le 22 janvier 1975, à l’âge de 21 ans. Son procès de béatification est en cours. L’auteure, Mère Emmanuelle Desjobert, est abbesse de l’Abbaye cistercienne de Sainte Marie de Boulaur (Gers), postulatrice diocésaine de la cause de béatification de Claire jusqu’en 2008 – N. DENIÉ.

GALINIER-PALLEROLA J.-F. (dir.), Sainte Germaine de Pibrac. 150e anniversaire de la canonisation, Paris, Parole et Silence (Les Presses Universitaires), 2018, 15 x 23,5 cm, 188 p., 22 €.
Germaine Cousin (1579-1601) connut une vie pauvre, simple et méprisée, dans tous les sens du terme, entre autres du fait de ses infirmités qui causèrent son rejet de la part de sa famille comme de son village. Elle n’en fut pas moins proche du Seigneur et finit par conquérir le cœur des générations suivantes, grâce à ses nombreux miracles. Toutefois, ce n’est qu’au XIXe siècle qu’elle fut vraiment connue, étant béatifiée puis canonisée par Pie IX en 1854 et 1867 ! À cette époque pour le moins tourmentée au point de vue religieux, elle fut reconnue comme ayant vécu pleinement la radicalité et la saveur de l’Évangile, qui finalement seules comptent vraiment.
Les communications du colloque organisé à l’occasion du 150e anniversaire de sa canonisation ont été rédigées par des spécialistes et permettent de mieux connaître l’époque où précisément Germaine fut enfin « appréciée ». Mais derrière leur caractère proprement scientifique, elles permettent de percevoir que la vocation à la sainteté est de toutes les époques et est proposée à tout un chacun, à condition précisément qu’on s’appuie sur le socle intangible de la foi, à savoir l’Évangile lui-même – B. JOASSART, s.j.

QUESTIONS

MARTIN J., Bâtir un pont. L’Église et la communauté LGBT, Paris, Cerf, 2018, 13,5 x 21 cm, 236 p., 19 €.
Voici, traduite par un dominicain, la deuxième édition de l’ouvrage qu’il fallait pour aborder avec respect la question que posent à l’Église les LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres), catholiques ou non. Le ministère qui destine à ces personnes concerne, affirme le jésuite qui tient la plume, « et de plus en plus », l’Église tout entière (p. 13). De plus, le travail de dialogue et de réconciliation à mener incombe au premier chef à « l’Église institutionnelle car c’est elle qui a causé chez les personnes LGBT ce sentiment de mise à l’écart, et non l’inverse » (p. 14, cf. p. 37, 46, etc.). Le livre, qui omet volontairement de considérer les positions prises de part et d’autre quant aux relations homosexuelles et s’en explique (cf. p. 15-16) « traite d’abord de dialogue et de prière » (p. 17). Il vise, comme le dit son titre, à « bâtir un pont », et appelle chacun à se souvenir que la « conversion » est un appel adressé à tous (« Les LGBT sont appelés à être des saints, comme chacun de nous », p. 64). L’ouvrage n’est encore qu’une esquisse de ce « pont à double sens » (p. 44) : de l’Église vers les catholiques LGBT (p. 49-105) ; de la communauté catholique LGBT vers l’Église (p. 107-144) ; et puisque nous sommes « ensemble sur ce pont » (« Car ce pont, c’est l’Église », p. 146), ces deux parties se déclinent de manière identique : respect, compassion, délicatesse. Dans un second moment, l’ouvrage propose des passages bibliques pour réfléchir et méditer (p. 150-210), « une prière pour quand je me sens rejeté » (p. 213-215) et, avant quelques remerciements, des pistes « pour continuer la réflexion » (p. 217-230). À lire et à faire lire, car sur ces exemples qu’on croit lointains se joue la miséricorde envers les plus proches – N. HAUSMAN, s.c.m.