FONDEMENTS

TENACE M. et al. (éd.), Dal chiodo alla chiave. La teologia fondamentale di papa Francesco, Città del Vaticano, Libreria Editrice Vaticana, 2017, 12 x 19 cm, 152 p., 10 €.

Sous ce titre quelque peu énigmatique (« Du clou à la clé »), les neuf (excusez du peu !) professeurs du département de théologie fondamentale de la Faculté de théologie de l’Université Grégorienne proposent, sous la houlette de M. Tenace, un bien intéressant ouvrage collectif de réflexion sur la théologie fondamentale du pape François. Comparant le magistère actuel à celui des papes précédents (hors la troisième intervention), chaque enseignant offre autant de points de vue complémentaires sur la nouveauté qu’il apporte : pour Michelina Tenace, la tension entre le « clou qui ferme » et la « clé qui ouvre », c’est-à-dire une théologie ouverte à la prière et à la vie des hommes ; pour Joseph Xavier, s.j., la foi comme réponse à Dieu, chemin du peuple de Dieu et appel à la mission ; pour M. C. Aparicio Valls, la Parole de Dieu ; pour Ferenc Patsch, s.j., la logique contextualisée, donc la méthode inductive ; pour Stella Mora, l’intégration de la pastorale dans la théologie, par une vision collective, donc ecclésiale, de la personne ; pour Andrew Downing, s.j., l’inscription de la foi dans une vision historique elle-même ouverte à l’avenir ; pour Nicolas Steeves, s.j., une théologie imaginative, c’est-à-dire l’image comme locus theologicus ; pour Gerard Whelan, s.j., une méthode théologique caractérisée par trois traits, le discernement, la méthode inductive et l’option préférentielle pour les pauvres ; pour James Corkery, sj, par la continuité avec les quatre papes post-conciliaires et une quadruple innovation (notamment dans l’équilibre entre Lumen gentium et Gaudium et spes, c’est-à-dire entre la communion de l’Église ad intra et son dialogue avec le monde ad extra).
Le volume n’évite pas quelques répétitions, ni les herméneutiques de la rupture (F. Patsch) ou de l’auto-référence, par nature absolutisée (M. C. Aparicio Valls), mais l’ensemble, de bonne tenue, est le premier travail permettant de penser théologiquement l’approche inédite d’un « évêque de Rome » (titre que le pape François préfère) jésuite et sud-américain – P. IDE, prêtre de l’Emmanuel.

PRIÈRE ET LITURGIE

RATZINGER J., Enseigner et apprendre l’amour de Dieu, Paris, Parole et Silence, 2017, 14 x 21 cm, 160 p., 15 €.

Le présent volume rassemble des homélies du cardinal Ratzinger, prononcées pour la plupart lorsqu’il était archevêque de Munich, lors de grandes célébrations : messes chrismales, ordinations, célébrations jubilaires. Page après page se dessine non seulement une théologie du ministère, mais la vision ecclésiale de Joseph Ratzinger. Dans chaque homélie, il déploie ses talents de pédagogue ; développe un regard lucide sur l’Église et ses difficultés, sans jamais se départir d’un regard d’espérance, profondément théologal, sur l’œuvre du Seigneur vivant dans son Église. Une lecture théologique et spirituelle apte à nourrir non seulement ministres et séminaristes, mais chaque membre du peuple de Dieu – G. DE LONGCAMP, c.s.j.

SPIRITUALITÉ

STANDAERT B., Journal de l’humilité, Paris, Salvator, 2017, 14 x 21 cm, 240 p., 22 €.

Ce livre est un hymne à l’humilité et un texte magistral sur la vertu cardinale du christianisme. L’A., moine bénédictin de l’Abbaye de Saint-André de Bruges, est aujourd’hui ermite près de Malmédy en Belgique. Il est fasciné depuis l’âge de 15-16 ans par l’humilité. Depuis août 2007 jusqu’au 1er mai 2017, Frère Benoît a consigné dans un cahier les réflexions et les expériences que sa quête de l’humilité lui permet de découvrir. Il a de très belles pages sur l’humilité du cœur, humilité et douceur, humilité et pauvreté, humilité et patience, humilité et transparence, humilité et sagesse, humilité et silence, humilité et proximité divine, humilité et… Il cite abondamment les Pères de l’Eglise et ne craint pas de faire référence à d’autres spiritualités, telles que le bouddhisme et le taoïsme. Il reprend et commente certains textes de Louis Lavelle (La dialectique de l’éternel présent). Pour l’A., « l’humilité est un de ces lieux mystérieux où, dans l’humain, Dieu et l’homme se touchent ». Livre à lire, à relire et à méditer – N. DENIÉ.

DUCROCQ A., Le choix de la simplicité. Anthologie de textes d’Éloi Leclerc, textes rassemblés et présentés par A. Ducrocq, Paris, Desclée de Brouwer, 2017, 12 x 19 cm, 134 p., 11 €.

Un livre qui parle au cœur, avec des mots simples. Des extraits de l’œuvre du Père Éloi Leclerc, franciscain, voilà ce que nous présente et nous commente Anne Ducrocq. L’intuition du Père Éloi Leclerc, fils spirituel de saint François d’Assise, est que l’humilité, la pauvreté et le service sont des choix de Dieu. Ces choix, si nous les faisons nôtres, ont le pouvoir de transformer le monde et de conduire à la joie parfaite et à la paix qui viennent de Dieu, même dans les circonstances les plus pénibles. En fin de compte, ils conduisent à une désappropriation de nous-même et à un abandon entre les mains de Dieu, de tout ce que nous sommes et de tout ce que nous avons. Notre œuvre peut devenir ainsi l’œuvre de Dieu. Mais le chemin est encore long et parfois douloureux.
« Si le chant de François a la couleur du soleil et de la splendeur du matin, c’est parce qu’il s’élève au bout de la nuit. S’il a quelque chose de la sérénité de l’azur, c’est pour avoir traversé l’orage le plus violent. Il est le chant de toutes les créatures, parce qu’il est celui de la plus grande solitude : le chant du pèlerin en marche, la nuit, vers une étoile unique ». Le Père Éloi Leclerc en donne un témoignage personnel confirmé – N. DENIÉ

DEBAINS J., Le Trèfle bleu, Namur, Fidélité (Roman jeunesse), 2016, 13,5 x 19,5 cm, 408 p., 15,90 €.

Issu d’une histoire improvisée lors de veillées avec des jeunes, ce roman volumineux nous entraîne à la suite de Yann, jeune garçon vivant seul avec son père sur un rivage isolé. Quittant son « royaume », il vivra de nombreuses rencontres qui le mèneront loin de son bout de terre et surtout qui le feront grandir… On le voit rapidement : l’auteur ne ménage pas ses descriptions de l’état émotionnel de notre héros, qui sont finalement le nœud de son histoire : celle de la maturité qui vient. S’ajoutent à cela de discrètes mais insistantes découvertes de la foi catholique. Les relations humaines sont mises en exergue : le lien avec le père, qui se transmute en passant par plusieurs figures bienveillantes et aboutit à la révélation progressive de la maternité, absente une bonne partie du récit. Et aussi et surtout la fraternité qui se retrouve dans de solides amitiés, essentielles à la psychologie de l’adolescent. La trame de l’intrigue nous a paru plus accessoire : davantage un prétexte à la mise en avant de la personnalité du héros. Ce qui est la force du roman est aussi un défaut : le récit est ralenti régulièrement par l’analyse des états d’âme de Yann. Le monde où évolue celui-ci est volontairement – sans doute – peu décrit : on est probablement au XXe siècle, mais le but est de rester vague pour accentuer le climat de « conte » donné à l’histoire. Le style est aussi un peu « suranné » : il rappelle la narration des romans pour jeunes des années 60… Mais retrouver cette manière d’écrire peut plaire – G. KIRSCH.

DARTIGE DU FOURNET A., L’épée ou l’épreuve de la liberté, Namur, Fidélité (Roman jeunesse), 2017, 13,5 x 19,5 cm, 229 p., 12,90 €.

L’épée est un objet bien à sa place au sein d’une épopée. Et c’est bien ici un récit épique, mais loin d’Homère, l’auteur s’inspire plutôt de Chateaubriand, dans un registre hagiographique ou apologétique. A l’instar de reliques légendaires comme la lance de Longin, l’épée du roman est celle qui décapita les saints Jacques et Paul. Elle continue son œuvre sinistre dans la première partie de l’ouvrage (Les Martyrs), où est contée la persécution de l’empire romain contre les premiers chrétiens. Elle devient arme de guerre entre Alexandrie et Poitiers dans la deuxième partie (Les Sarrasins). Elle finit comme relique protectrice de la France dans la dernière section (Les Francs). L’auteur relate ainsi presque 2000 ans de chrétienté par l’entremise de grandes figures (sainte Catherine, Jeanne d’Arc, etc.) et sous l’angle particulier de l’arme qui tua tant des chrétiens que leurs ennemis. A l’ambiguïté du rapport entre violence et religion, s’ajoute la question du nationalisme – français – dans la dernière partie, qui va de Charles Martel à la guerre de 1870. Le propos est certes nuancé, mais l’auteur maintient une tension sans vraiment résoudre dans un sens ou l’autre les questions graves qu’il a soulevées. Le style nous paraît inégal : de nombreux dialogues, parfois bien rythmés, parfois franchement pompeux ; des scènes très proches de la pure hagiographie édifiante et d’autres (surtout dans la seconde partie) avec un vrai souffle épique – G. KIRSCH.

TÉMOINS

GALIZZIA B., Charles Balley (1751-1817). Maître du curé d’Ars, Paris, Salvator, 2016, 13 x 20 cm, 128 p., 15,90 €.

Quiconque s’est penché sur la vie du curé d’Ars a entendu parler de l’abbé Balley. Mais aurait-il pris vraiment la mesure de l’immense stature spirituelle et pastorale de cet homme qui a exercé son ministère dans la période troublée de la Révolution française ? L’auteur nous replonge avec pudeur et précision dans les affres de la tourmente révolutionnaire, durant lesquelles se dégage l’éminente figure de l’abbé. Originaire d’une nombreuse famille lyonnaise, il entre dans la Congrégation des génovéfains et sera, en 1785, curé dans le diocèse de Blois dont il sera chassé pour sa fidélité à l’Église romaine. Ainsi retournera-t-il dans le diocèse de Lyon où il sera curé d’Écully de 1805 à 1817. Au fil des pages, on comprend de mieux en mieux combien ce prêtre fidèle, passionnément donné à l’Église et à son ministère sera un réel maître pour le curé d’Ars. Il se sera effacé pour que rayonne la sainteté de son disciple, mais nul doute qu’il puisse être un éloquent modèle de pasteur. Un ouvrage court, simple à lire, au style tout ensemble sobre et haletant – G. DE LONGCAMP, c.s.j.

BARUT S., Je rentrerai avant la nuit, Paris, Éditions Nouvelle Cité, 2018, 13 x 20 cm, 180 p., 17 €.

Sophie (l’auteur) et Cédric sont jeunes mariés. Un soir, Cédric part faire une promenade en vélo en disant : « je rentrerai avant la nuit. » Cédric a un accident, le pronostic vital est engagé. Dans ce livre, Sophie nous donne à lire des « Morceaux choisis de mon Journal destinés à ma famille et mes amis, à ceux qui ont vécu de près ou de loin une épreuve qui a changé leur vie et à ceux qui osent croire que le bonheur est possible au milieu des difficultés ». Cédric revient lentement à la vie, une vie d’handicapé, avec l’attente, l’angoisse, les doutes, la colère, l’incompréhension, les rêves et surtout l’amour. Et Dieu ? Colère, supplications pour elle et pour Cédric, jeûne et prière, jusqu’à l’abandon entre les mains de Dieu : elle remet tout entre les mains de Jésus. Le Christ la rejoint dans sa détresse : « Le Christ souffrait en moi et ne m’avait pas abandonnée. » Elle garde sa main dans la sienne. L’auteur nous livre le récit d’une famille – ils ont quatre enfants – qui évolue sous nos yeux, et le témoignage bouleversant d’un couple que la souffrance rend perméable à son humanité profonde – N. DENIÉ.

VIE DE L’ÉGLISE

FYOT J.-F., Une règle pour les laïcs. La Règle de Saint Benoît pour des laïcs cisterciens, Paris, L’Harmattan (Religions et spiritualité), 2016, 13,5 x 21,5 cm, 84 p., 11,50 €.

Dans la préface de ce livre, le père abbé de l’Abbaye cistercienne Notre-Dame de Lérins et Président de l’ARCCIS (Association pour le Rayonnement de la Culture CIStercienne), écrit : « Cet ouvrage montre de manière intéressante comment la pratique de la Règle de Saint Benoît et la tradition cistercienne peuvent éclairer et donner un sens à une vie de laïcs dans le monde ». Il ajoute : « Ce petit livre montre dans ses différents chapitres comment la Règle de saint Benoît avec les engagements qu’elle propose dans la tradition cistercienne peut servir à animer, au sens spirituel de ce mot, la vie d’un groupe de chrétiens car elle est un appel à une vie communautaire chrétienne. C’est d’ailleurs cet aspect communautaire dans un monde de plus en plus éclaté qui séduit. L’auteur essaie ensuite de montrer ce que peut être une vie cistercienne dans le monde en précisant les notions de spiritualité et de charisme pour une vie laïque, en définissant la vie cistercienne comme une vie contemplative et en essayant de définir notamment au niveau canonique ce que peut signifier être laïc cistercien ». Ce livre peut concerner à la fois des personnes qui se sentent appelées à cette vocation ainsi que celles qui désirent mener une réflexion spirituelle, théologique et sociologique sur ce type d’engagement particulier - N. DENIÉ.